Ce que j’en pense: Lettre au président de la République française
Par Rabeh Sebaa
Monsieur le Président,
Les accrocs de l’histoire, ou plus précisément ses funestes contingences, ont fait que nous sommes, ma génération et celles qui suivirent, nourris des classiques de la littérature française.
Nous apprîmes, tout en les partageant, les valeurs d’humanité et de générosité qui habitaient fébrilement ces œuvres. Bien avant le triptyque, quelque peu figé, Liberté, Egalité Fraternité. Ces œuvres demeurent des monuments littéraires et philosophiques d’une proverbiale et indicible beauté.
Certaines des valeurs, portées par ces œuvres, résonnent encore en nous, aujourd’hui, comme d’authentiques et palpitants repères de créativité, d’imaginativité et de poéticité. Ce que le monde entier reconnut, en son temps, au génie littéraire français, qui sustentait activement et pleinement la plus banale des quotidiennetés de votre beau pays. Forcément, Monsieur le Président, avec des noms comme Montaigne, Pascal, Voltaire, Hugo, Rimbaud, Baudelaire, Musset, Sartre ou Foucault…
Mais que sont-ils, aujourd’hui, devenus, Monsieur le Président, toutes ces valeurs, ces honneurs et ces bonheurs qu’ils portaient en eux tout en les semant prodigieusement ? Où sont parties ces valeurs mirifiques qu’ils cultivaient en les disséminant universellement ? Par quelle infortune désespérée toutes ces pépites de l’Esprit et du génie humain ont-elles cédé la place à une indigence intellectuelle qui confine à la laideur, à la hideur voire à l’horreur dans votre pays ?
Au point d’ériger la haine de l’Algérie en sacerdoce. Au point d’en faire le miroir inversé de toutes vos infortunes inassumées. Le point focal de fixation et le lieu fatal de l’exutoire d’une pathologique exultation. Une forme singulière de violence institutionnalisée et politiquement orientée contre un pays, qui a appris, pourtant, patiemment mais dignement, à tourner loyalement la page, encore sanguinolente, de la nuit coloniale délétère.
Sachez, Monsieur le Président, que tous ces feux déchaînés, chez vous, ou ailleurs, à l’endroit de mon pays, ne feront qu’attiser sa flamme inextinguible qui danse frénétiquement au sein de son ADN, irrévocablement insubordonné. Insurgé, rebelle et insoumis. Une flamme qui danse tout en faisant jaillir, puis fleurir, splendidement, tous les possibles d’un monde apaisé. Y compris dans des possibles qui ne sont même pas encore formulés.
Monsieur le Président,
Mon pays a appris à regarder, de loin, mais avec gravité, les miasmes évanouis de tous les prédateurs, de tous les dévastateurs et de tous les ravageurs. A domestiquer toutes les félonies et les ignominies des écornifleurs vivotant lamentablement dans tous les nauséabonds ailleurs. Pour cultiver voracement l’illusion fatale de voir l’Algérie sombrer dans la trappe hypnotique d’un recroquevillement mortifère.
Monsieur le Président,
Cette Algérie qui vous fait douter de vos propres doutes, est résolue à porter sa dignité en guise de poitrail. S’émerveillant devant les floraisons les plus colorées. S’extasiant devant les nouaisons les plus éthérées. Tout en semant des étoiles qui valsent frénétiquement sur les visages livides de toutes les velléités de son enténèbrement. Y compris ces ténèbres blafardes qui s’efforcent de naître, laborieusement mais tapageusement, chez vous. Jour après jour. Ciblant une Algérie inondée de lumière. De rayons et de sillons à faire pâlir tous les astres et tous les soleils.
Monsieur le Président,
Cette Algérie est celle de toutes les convictions, de toutes les insoumissions, et de toutes les insubordinations, Celle des résistances, des endurances, des résiliences et des désobéissances.
Dans cette Algérie altière, cette Algérie fière, sachez, Monsieur le Président, que vous ne serez jamais traité en ennemi si vous respectez ses valeurs inaltérables et ses principes inaltérés.
Recevez, Monsieur Le Président, l’expression de ma franche déférence