Manel-Zahia Benchouk, écrivaine, à Algérie Presse: «La mémoire au fil des mots»

Entretien réalisé par O.A Nadir

 

Dans le paysage littéraire algérien, rares sont les voix capables de conjuguer sensibilité, finesse et profondeur. Manel-Zahia Benchouk en fait incontestablement partie. Après la parution remarquée de «Sans l’ombre d’un remords», un roman salué par les lecteurs pour sa justesse émotionnelle et son écriture poétique, l’auteure poursuit son chemin avec «L’Héritage du silence», publié aux éditions Dalimen.

Avec son écriture subtile et introspective, Manel-Zahia Benchouk confirme qu’elle est l’une des voix les plus prometteuses de la littérature algérienne contemporaine. Entre mémoire, émotion et poésie, elle construit des récits où l’intime rejoint l’universel, avec un mélange de délicatesse et de puissance narrative qui impose le respect et l’admiration.Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, ses sources d’inspiration et son regard sur la littérature algérienne contemporaine.

Algérie Presse : Comment est née l’idée de votre roman Sans l’ombre d’un remords ?

Manel-Zahia Benchouk : L’idée du roman a germé au cours du confinement, lors de la pandémie de la Covid-19. Je voulais raconter l’histoire des expatriés algériens qui n’ont pas pu retourner au pays, ainsi que la tragédie vécue par certains, incapables de faire leurs adieux à leurs proches emportés par la maladie. Peu à peu, le personnage principal, Adam, s’est imposé, et je me suis laissée guider par lui pour tracer le reste du chemin.

Quelle part de vous-même se retrouve dans l’histoire et les personnages ?

Il y a une part de moi-même dans Adam. Sa sensibilité, ses doutes, et sa manière d’appréhender le monde font écho à ma propre personnalité. Là où il trouve refuge dans la peinture, je le trouve dans la musique et mon instrument, le kanoune. Cela a permis de rendre le personnage plus vivant, plus humain.

Comment percevez-vous la place de la femme dans la littérature algérienne actuelle ?

La femme occupe une place centrale dans la littérature contemporaine. Son regard, souvent ancré dans l’intime et la mémoire, apporte une profondeur singulière à la représentation de la société. Des écrivaines comme Assia Djebar m’inspirent profondément : sa plume me permet d’aller à la rencontre d’une Algérie que je n’ai pas connue directement, mais dont la voix traverse le temps et continue de résonner.

Quels sont vos projets d’écriture ou de publication à venir ?

J’ai achevé l’écriture de mon deuxième roman, «L’Héritage du silence», qui est paru aux éditions Dalimen. C’est un récit où mémoire, transmission et secrets de famille se croisent.
Rym veille sur sa grand-mère Zhor, atteinte d’Alzheimer. Alors que ses souvenirs s’effacent, d’autres refont surface, fragments d’un passé troublant que Rym tente de reconstituer. De Tlemcen dans les années 1970 aux rivages de Stidia en 2025, leurs voix s’entrelacent pour raconter une histoire de passions, de silences et d’amours contrariés. Porté par la poésie du Hawfi et les traditions tlemcéniennes, le roman interroge la fragilité de la mémoire et la force de l’amour.

Quelles difficultés rencontrez-vous en tant que jeune auteure ?

Cette question est essentielle et mérite une réflexion profonde. La littérature exige patience et persévérance. Il n’est pas toujours facile de trouver un équilibre entre la création, les obligations professionnelles et la visibilité médiatique, surtout lorsqu’on souhaite rester fidèle à sa voix et à son univers.

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