Gaâda ciné : «The witch» à la cinémathèque

Pour ce samedi 7 février, le ciné club d’Oran «Gaâda ciné» a annoncé, après le choix du public, la projection, à partir de 15 h, «The witch» de Robert Eggers, un film indépendant, sorti en 2015.
L’histoire se déroule à la Nouvelle-Angleterre en 1630 dans une colonie anglaise installée en Amérique dans les prémices de la colonisation européenne sur le continent. Une famille modeste et pieuse se fait alors exclure par leur communauté pour hérésie. S’exilant loin des colonies britanniques, à la lisière d’une forêt, ils mènent une vie stricte et religieuse dans une ferme avant que des événements étranges vinrent perturber leur nouvelle vie.
Il s’agit du premier film de Robert Eggers qui a rencontré un grand succès à sa sortie, à la fois auprès des critiques et des spectateurs. Réalisé pour plus de 4 millions dollars, le jeune Eggers s’est inspiré de sa fascination pour les sorcières et des contes folkloriques locaux.
Après avoir écrit le film, il l’a proposé aux producteurs, mais son scénario a, alors, été qualifié de «sombre et de bizarre », ce qui l’a obligé à le modifier pour l’édulcorer quelque peu et le rendre «conventionnel ». A partir de là, il est parvenu à séduire les investisseurs avant d’être, enfin, accepté par des studios indépendants.
Le film est centré dans un contexte de l’Amérique puritaine du 17e siècle, après les événements des sorcières de Salem, et cela dans le but d’installer, dans le long-métrage, un climat de paranoïa, avec un rythme long et serré, axé sur la psychologie et la violence teinté d’une ambiance ésotérique et mystique que fantaisiste.
Certains plans du film reprennent même les célèbres tableaux artistiques, comme celui de Goya.
«The witch» n’est pas une simple relecture de la sorcellerie au cinéma, mais l’exposition d’un regard patriarcal paranoïaque, nourri d’une peur façonnée par la haine du féminin. Dans ce cadre d’oppression, la transgression n’apparaît pas comme une corruption morale mais comme la seule voie d’émancipation féminine. Le cinéma avait déjà sa propre vision du phénomène avant Eggers.
Dans ses premiers âges, la sorcière était vue comme une menace morale née de l’hystérie collective, la projetant comme superstition racontée à travers le point de vue majoritairement masculin, et c’est dans ce mécanisme destructeur que le documentaire norvégien de Benjamin Christensen, sorti en 1922, intitulé «Haxan, la Sorcellerie à travers les âges» expose la manière dont la misogynie transforme le féminin comme un objet du mal.
Walid Mehenni
