{"id":18312,"date":"2025-12-16T18:30:37","date_gmt":"2025-12-16T17:30:37","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=18312"},"modified":"2025-12-16T18:30:37","modified_gmt":"2025-12-16T17:30:37","slug":"kaouther-arinas-dernouni-cineaste-a-algerie-presse-transmettre-les-histoires-avant-leur-disparition","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/algeriepresse.dz\/?p=18312","title":{"rendered":"Kaouther Arinas Dernouni, cin\u00e9aste, \u00e0 Alg\u00e9rie Presse : \u00ab Transmettre les histoires avant leur disparition \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Dans le paysage du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant alg\u00e9rien, rares sont les \u0153uvres qui parviennent \u00e0 saisir \u00e0 la fois la douceur d\u2019un territoire, la force de ses femmes et l\u2019absolu n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server une m\u00e9moire. Avec \u00ab Taazrit \u00bb, Kaouther Arinas Dernouni inscrit son nom parmi celles et ceux qui filment l\u2019\u00e2me plut\u00f4t que les images.<br \/>\nLe film retrace le quotidien de Habiba, une femme chaouie originaire de Ghassira, dans les Aur\u00e8s. A travers son lien intime \u00e0 la terre, le r\u00e9cit fait \u00e9merger une m\u00e9moire collective f\u00e9minine, loin des st\u00e9r\u00e9otypes et des r\u00e9cits officiels. Partag\u00e9e entre h\u00e9ritage ancestral et d\u00e9sir de se r\u00e9inventer, Habiba interroge les notions de libert\u00e9, d\u2019appartenance et d\u2019identit\u00e9. Son parcours r\u00e9v\u00e8le une r\u00e9sistance discr\u00e8te mais profonde, par laquelle elle se r\u00e9approprie son corps, son territoire et sa vie, red\u00e9finissant ainsi son rapport \u00e0 l\u2019histoire et \u00e0 elle-m\u00eame.<br \/>\nDans cet entretien, la jeune r\u00e9alisatrice revient sur la gen\u00e8se de son film, son attachement aux Aur\u00e8s, les d\u00e9fis du documentaire ind\u00e9pendant et les voix f\u00e9minines qu\u2019elle s\u2019engage \u00e0 pr\u00e9server \u00e0 travers son \u0153uvre.<\/p>\n<p><strong>Alg\u00e9rie Presse : Qu\u2019est-ce qui vous a motiv\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser \u00ab Taazrit \u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Kaouther Arinas Dernouni : C\u2019est d\u2019abord le sujet en lui-m\u00eame. Le mot \u00ab ta\u2019\u1e93rit \u00bb a toujours fait partie de mon quotidien : je l\u2019ai entendu toute mon enfance, dans ma famille, dans mon entourage. C\u2019est un terme qui porte en lui une m\u00e9moire, un v\u00e9cu, une r\u00e9alit\u00e9 qui a toujours exist\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>Lorsque j\u2019ai rencontr\u00e9 Habiba, tout est devenu \u00e9vident. J\u2019avais un autre projet en t\u00eate \u00e0 ce moment-l\u00e0, mais sa personnalit\u00e9 m\u2019a profond\u00e9ment inspir\u00e9e et m\u2019a fait changer de direction. Son parcours, sa mani\u00e8re d\u2019exister, son sens de l\u2019humour, sa maison, son univers, sa fa\u00e7on de s\u2019imposer dans la soci\u00e9t\u00e9\u2026 Tout en elle m\u2019a convaincue que c\u2019\u00e9tait son histoire que je devais filmer. \u00ab Taazrit \u00bb est n\u00e9 de cette rencontre.<\/em><\/p>\n<p><strong>Comment votre origine et votre culture influencent-elles votre regard ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Je suis profond\u00e9ment attach\u00e9e aux Aur\u00e8s, \u00e0 cette terre et \u00e0 mon identit\u00e9 chaouie. Les couleurs des Aur\u00e8s, la lumi\u00e8re, l\u2019\u00e9nergie de cette r\u00e9gion me donnent de la force. J\u2019ai un lien presque spirituel avec cette terre : j\u2019ai le sentiment qu\u2019elle a une \u00e2me, qu\u2019elle porte encore les voix et les pas des femmes qui l\u2019ont habit\u00e9e.<\/em><br \/>\n<em>Ce qui m\u2019inspire le plus, ce sont les femmes aur\u00e9siennes et leur m\u00e9moire. Beaucoup d\u2019histoires n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 racont\u00e9es et risquent de dispara\u00eetre si nous ne les transmettons pas. A travers mes films, j\u2019essaie de rendre hommage \u00e0 ces femmes invisibilis\u00e9es, \u00e0 celles qui sont l\u00e0, qui ont \u00e9t\u00e9 l\u00e0, et dont la trace est en train de s\u2019effacer. Ma culture influence donc fortement mon regard : elle guide mes choix, ma sensibilit\u00e9, mes sujets, et ma volont\u00e9 de montrer un visage des Aur\u00e8s que l\u2019on ne voit presque jamais.<\/em><\/p>\n<p><strong>Selon vous, quel r\u00f4le le cin\u00e9ma documentaire peut-il jouer pour donner une voix aux \u00abinvisibilis\u00e9s\u00bb?<\/strong><\/p>\n<p><em>Pour moi, le documentaire est aussi essentiel que la fiction. Il permet de regarder la r\u00e9alit\u00e9 avec un regard artistique, sensible, incarn\u00e9. C\u2019est \u00e0 la fois une mani\u00e8re de rendre hommage, de cr\u00e9er une m\u00e9moire, d\u2019archiver des moments r\u00e9els, forts, intenses, parfois tr\u00e8s fragiles qui pourraient dispara\u00eetre.Le documentaire donne une voix \u00e0 ceux qu\u2019on n\u2019entend pas, il rend visible ce que l\u2019on ne regarde plus. M\u00eame s\u2019il y a toujours une part subjective, il inscrit dans l\u2019image des r\u00e9alit\u00e9s qui existent bel et bien. C\u2019est un outil de transmission, mais aussi de r\u00e9sistance face \u00e0 l\u2019effacement.<\/em><\/p>\n<p><strong>Quelles difficult\u00e9s rencontrez-vous en tant que jeune r\u00e9alisatrice dans le circuit ind\u00e9pendant alg\u00e9rien ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Comme beaucoup de jeunes r\u00e9alisateurs, la premi\u00e8re difficult\u00e9 est le manque de moyens. Obtenir des financements, tourner dans de bonnes conditions, trouver le mat\u00e9riel\u2026 Tout cela reste compliqu\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>La deuxi\u00e8me difficult\u00e9 concerne la diffusion. Les festivals re\u00e7oivent \u00e9norm\u00e9ment de films, et m\u00eame si l\u2019on met tout son c\u0153ur dans un projet, il n\u2019est pas toujours s\u00e9lectionn\u00e9. Cela peut \u00eatre une d\u00e9ception, car un film repr\u00e9sente souvent des ann\u00e9es de travail, d\u2019\u00e9motions et d\u2019engagement.<\/em><\/p>\n<p><strong>Quels projets ou sujets souhaitez-vous explorer dans les prochaines ann\u00e9es ?<\/strong><\/p>\n<p>J<em>e veux continuer \u00e0 travailler autour des femmes, de la terre, de la m\u00e9moire, surtout dans les Aur\u00e8s. C\u2019est ma r\u00e9gion, ma source d\u2019inspiration principale. Le nord, l\u2019est, l\u2019ouest, le sud des Aur\u00e8s : chaque partie a une force visuelle, culturelle et humaine incroyable. Pour le moment, je ne me vois pas filmer ailleurs.<\/em><\/p>\n<p><em>Je suis tr\u00e8s sensible aux questions sociales, anthropologiques et historiques, mais tout revient toujours aux femmes et aux Aur\u00e8s. C\u2019est l\u00e0 que je me sens l\u00e9gitime, connect\u00e9e et inspir\u00e9e. Aujourd\u2019hui, je travaille principalement en documentaire, mais j\u2019aimerais aussi explorer d\u2019autres formes, comme l\u2019exp\u00e9rimental ou la fiction.<\/em><br \/>\n<em>Et pour vous donner un petit scoop : j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit mon prochain film, actuellement en cours de r\u00e9alisation. Il raconte, lui aussi, l\u2019histoire d\u2019une femme de la r\u00e9gion. J\u2019esp\u00e8re que nous pourrons en parler tr\u00e8s bient\u00f4t, peut-\u00eatre lors d\u2019une projection ou dans un festival.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le paysage du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant alg\u00e9rien, rares sont les \u0153uvres qui parviennent \u00e0 saisir \u00e0 la fois la douceur d\u2019un territoire, la force de ses femmes et l\u2019absolu n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server une m\u00e9moire. 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