{"id":3996,"date":"2023-12-02T15:50:52","date_gmt":"2023-12-02T15:50:52","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=3996"},"modified":"2023-12-03T16:10:47","modified_gmt":"2023-12-03T16:10:47","slug":"ses-fans-le-pleurent-encore-amar-ezzahi-lame-du-chaabi","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/algeriepresse.dz\/?p=3996","title":{"rendered":"Ses fans le pleurent encore:  Amar Ezzahi, l&rsquo;\u00e2me du Cha\u00e2bi"},"content":{"rendered":"<p>Figure embl\u00e9matique du Cha\u00e2bi alg\u00e9rois, Amar Ezzahi, de son vrai nom, Amar Ait Zai, l&rsquo;homme \u00e0 la grandeur d&rsquo;\u00e2me exceptionnelle et l&rsquo;artiste au talent ind\u00e9niable aurait eu 82 ans aujourd&rsquo;hui. Disparu le 30 novembre 2016, \u201cCheikh Leblad\u201d, comme le surnomme encore son public, aura r\u00e9volutionn\u00e9 la chanson cha\u00e2bie en l&rsquo;\u00e9levant aux sommets de l&rsquo;inventivit\u00e9 artistique et du symbolisme spirituel.<\/p>\n<p>Son large r\u00e9pertoire, aux m\u00e9lodies novatrices, faisait la joie des f\u00eates priv\u00e9es et familiales et anime jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, un bon nombre de soir\u00e9es mondaines, repris par les nouveaux chanteurs et interpr\u00e8tes de cette musique ancestrale.<br \/>\nN\u00e9 en 1941, \u00e0 A\u00efn El Hammam, Amimar a v\u00e9cu toute sa vie \u00e0 Alger, entre la Casbah et Bab El Oued, dans le m\u00eame vieil appartement d&rsquo;un immeuble v\u00e9tuste mitoyen du lyc\u00e9e Soummam de Bab-el-Oued, et y mena une vie d&rsquo;asc\u00e8te, d\u00e9tach\u00e9 des pr\u00e9occupations mat\u00e9rielles de la vie et de ses attaches superficielles. Orphelin de m\u00e8re et de p\u00e8re, il fut accueilli par sa tante avant de se retrouver de nouveau seul apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de celle qui f\u00fbt sa famille. Il souffrait depuis longtemps d&rsquo;une \u00e9prouvante solitude, bien qu&rsquo;entour\u00e9 de ses voisins et amis. Il n&rsquo;avait ni femme, ni enfants et se contentait de peu de vivre, pourvu que son existence soit paisible, un peu comme un ermite, un \u00ab\u00a0wahdani\u00a0\u00bb au milieu de ses \u00ab\u00a0ahbab\u00a0\u00bb qu&rsquo;il aimait fr\u00e9quenter au caf\u00e9 l&rsquo;Etoile ou au jardin de Prague (ex- Marengo).<br \/>\nAutodidacte, il a appris seul \u00e0 jouer du banjo et \u00e0 la mandoline, et a rapidement d\u00e9velopp\u00e9 un style unique, m\u00ealant tradition et modernit\u00e9.<br \/>\nModeste et r\u00e9serv\u00e9, il se confiait tr\u00e8s peu et fuyait les projecteurs depuis ses d\u00e9buts d\u00e9j\u00e0, dans les ann\u00e9es 1960. Brillant interpr\u00e8te \u00e0 la personnalit\u00e9 tr\u00e8s singuli\u00e8re, il avait choisi de se retirer de la sc\u00e8ne artistique \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980, en ayant toujours refus\u00e9 d\u2019encaisser ses droits d\u2019auteur et ne r\u00e9apparut qu&rsquo;une seule fois sur sc\u00e8ne, le 10 f\u00e9vrier 1987, pour animer son c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9cital \u00e0 la salle Ibn Khaldoun \u00e0 Alger.<br \/>\nAdul\u00e9 pour son immense talent et son grand c\u0153ur, le Cheikh \u00e9tait un homme humble et un artiste d&rsquo;une grande sensibilit\u00e9. Po\u00e8te et sage, il avait toujours l&rsquo;air pensif, perdu dans son monde de r\u00eave et de raison. Il se d\u00e9finissait comme un interpr\u00e8te populaire, en qu\u00eate d&rsquo;apprentissage.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Solitude et asc\u00e9tisme<\/strong><\/p>\n<p>Sa voix, son style et ses sensibilit\u00e9s artistiques n\u2019appartenaient qu\u2019\u00e0 lui, le \u00ab\u00a0khelwi\u00a0\u00bb, \u00e9tait de ceux qui provoquent la chair de poule et r\u00e9veillent les sens et les \u00e9motions \u00e0 chaque note. Nostalgique lui-m\u00eame et tr\u00e8s spirituel, sa virtuosit\u00e9 pourrait presque \u00eatre touch\u00e9e des doigts, tant sa musique est profonde.<br \/>\nIl \u00e9tait et restera \u00e0 jamais \u00ab\u00a0Habib Al-Khater\u00a0\u00bb des m\u00e9lomanes et fervents admirateurs qui louent encore son \u00e9locution et la dext\u00e9rit\u00e9 de son jeu exceptionnel au banjo. Il s\u2019amusait \u00e0 chacune de ses prestations, r\u00e9v\u00e9lant de nouvelles facettes de lui \u00e0 travers ses prouesses musicales, ses improvisations et cette fa\u00e7on tr\u00e8s particuli\u00e8re qu&rsquo;il avait de rattraper \u00ab\u00a0ses erreurs\u00a0\u00bb jamais \u00e9gal\u00e9es.<br \/>\nDe la chansonnette jusqu\u2019aux longs morceaux du melhoun, le Chardonneret de la Rampe Vall\u00e9e a chant\u00e9 de tout, composant de cette alchimie merveilleuse n\u00e9e de la po\u00e9sie populaire en arabe maghr\u00e9bin, et sa transcription litt\u00e9raire peu conforme \u00e0 la structure m\u00e9trique de la po\u00e9sie classique, une nouvelle prose po\u00e9tique riche, sensuelle et mystique.<br \/>\nUne synth\u00e8se artistique toute en couleur, servie en cinquante ann\u00e9es de carri\u00e8re et un r\u00e9pertoire impressionnant qui se transmet de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration et qui ne peut r\u00e9solument pas laisser de place \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence.<br \/>\nR\u00e9\u00e9couter Amar Ezzahi chanter, c&rsquo;est rentrer dans son monde avec sa voix chaude et envo\u00fbtante : Esmaa Nousik Ya Inssan, EL Haraz, Youm El Djemaa, El Kaoui, Yal Wahdani, Maychali, Ana A\u00e2chqi Adraoui, Sellem Ya Men Lem Fel H\u2019wa, Ya Bdour Ezine El Meknoune, Youm El Khemis Wach Eddani, Oueld Ettir, Aadrouni Yahli, Sali Trach, El Djafi, M\u2019dhebel L\u00e2ayan et Sidi Men Yssel Aala Kahl El Aayn. Wahd El Gh\u2019zal Rit El Youm, Char\u00e2a Allah Ya Lahbab et Ya Dhaou Aayani, Yal Adra, Zinouba, El Maqn\u00eene Ezz\u00eene, Falastine, &#8230;<br \/>\nAmar Ezzahi transcrivait phon\u00e9tiquement des po\u00e8mes complexes de qssidat en lettres latines pour mieux les d\u00e9clamer en arabe maghr\u00e9bin ou en dardja alg\u00e9roise, avec une clart\u00e9 et une pr\u00e9cision \u00e9poustouflantes ! Un g\u00e9nie qui a su impos\u00e9 son style et r\u00e9volutionn\u00e9 le Cha\u00e2bi par son charisme et son talent.<br \/>\nIl avait ce don incroyable de m\u00ealer tendresse et sensibilit\u00e9 dans ses inflexions de voix qui font que chacune de ses interpr\u00e9tations sont uniques.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Un homme du peuple<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">On a beau chercher du c\u00f4t\u00e9 des autres ma\u00eetres du Cha\u00e2bi, aucun ne poss\u00e8de cette petite touche insaisissable, cette partie de lui qui sublime chacune de ses chansons comme une marque d\u00e9pos\u00e9e de la grandeur de l&rsquo;homme, une grandeur dans la simplicit\u00e9, la discr\u00e9tion et la modestie.<br \/>\n\u00ab\u00a0Soltane El Hwa\u00a0\u00bb avait cette aisance d\u2019improviser de nouveaux arrangements, son timbre de voix s&rsquo;allier magnifiquement bien aux changements de rythme. Il avait une facult\u00e9 d&rsquo;adaptation musicale exceptionnelle et savait s&rsquo;ouvrir \u00e0 d&rsquo;autres styles : Musique classique (Ennio Morricone), bandes originales de films (Le parrain) et chansons de vari\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise (Esmeralda).<br \/>\nSi sa discographie officielle se limite \u00e0 une cassette et \u00e0 quelques vinyles, ses cinquante ans de carri\u00e8re sont disponibles sur le net. En quelques clics, l\u2019\u0153uvre de la l\u00e9gende du Cha\u00e2bi s&rsquo;affiche sur plusieurs vid\u00e9os compil\u00e9es par une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de fans amateurs qui se partagent ses bijoux sur les r\u00e9seaux sociaux.<br \/>\nIl est mort dans l\u2019apr\u00e8s-midi du mercredi 30 novembre \u00e0 son domicile, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 75 ans. Ses obs\u00e8ques, au cimeti\u00e8re d\u2019El Kettar, sur les hauteurs de la ville, le lendemain, ont provoqu\u00e9 un gigantesque raz-de-mar\u00e9e humain. Une st\u00e8le en cuivre a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en sa m\u00e9moire, le 17 janvier 2019 au jardin \u00ab Prague \u00bb (ex-Marengo), l\u00e0 o\u00f9 le ma\u00eetre grattait souvent son mandole sur les bancs du jardin mythique.<br \/>\nEnfant du peuple, Amar Ezzahi \u00e9tait l\u2019incarnation de valeurs humaines.<br \/>\nConnu pour son humanisme et sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, \u00ab\u00a0El Ghali\u00a0\u00bb fuyait syst\u00e9matiquement toutes les discussions malsaines et les pesanteurs provoqu\u00e9es par les feux de la rampe.<br \/>\nSes convictions et ses grands principes l&rsquo;\u00e9loignaient de l&rsquo;hypocrisie humaine et de la cupidit\u00e9. Ami des pauvres et des d\u00e9munis, il chantait pour le peuple. Un cha\u00e2bi passionn\u00e9 de la chanson Cha\u00e2bie et un maestro qui aimait la musique et la faisait aimer.<br \/>\n\u00abCheikhna\u00bb (notre ma\u00eetre), symbole affectueux d\u2019attachement par lequel son orchestre et ses amis aiment l&rsquo;\u00e9voquer, demeure dans les c\u0153urs et les esprits comme cette bougie \u00abDik Echema\u00e2 \u00bb qui continuera \u00e0 briller pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<br \/>\nPaix \u00e0 l&rsquo;\u00e2me du Cha\u00e2bi.<br \/>\n<strong>B. Mira<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Figure embl\u00e9matique du Cha\u00e2bi alg\u00e9rois, Amar Ezzahi, de son vrai nom, Amar Ait Zai, l&rsquo;homme \u00e0 la grandeur d&rsquo;\u00e2me exceptionnelle et l&rsquo;artiste au talent ind\u00e9niable aurait eu 82 ans aujourd&rsquo;hui. 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