Les artisans luttent pour préserver leurs métiers : Derrière les stands, l’inquiétude

Au Palais des Expositions de M’dina J’dida, la Foire de Yennayer bat son plein. Entre les stands colorés et les sourires des visiteurs, une réalité plus nuancée se dessine cependant : les artisans et commerçants font face à des défis multiples pour maintenir leurs activités. Trois exposants partagent leurs expériences et évoquent quelques-unes de difficultés auxquelles ils doivent faire pour essayer de garder la tête hors de l’eau.
Pour Ahmed, venu avec ses poteries traditionnelles depuis Skikda, le transport de ses marchandises a été une véritable épreuve. «Vous imaginez transporter des pots en terre cuite sur plus de 600 kilomètres ? Le moindre choc et c’est la casse assurée. Rien que cette semaine, j’ai perdu une dizaine de pièces. Sans oublier que j’ai dû payer 30 000 DA pour un stand de 9 m², ce qui n’est pas donné».
Mais au-delà de la logistique, c’est le coût des déplacements qui pèse. «Entre la location du camion, le carburant, je me demande si je vais vraiment rentrer dans mes frais. On est là pour représenter notre région, mais financièrement, c’est dur ».
Installée dans un coin bien décoré, Fatiha, créatrice de bijoux de Constantine, expose ses articles en argent finement gravés. Mais derrière son sourire accueillant se cache une inquiétude. «Les emplacements coûtent cher. Pour une petite artisane comme moi, payer pour une semaine, c’est énorme. Si on ne vend pas suffisamment, on repart avec un déficit».
Elle souligne également le manque de communication autour de l’événement. «Beaucoup de gens dans ma région n’étaient même pas au courant de cette foire. Avec une meilleure organisation, on aurait pu attirer plus de visiteurs. »
Pour Khaled, qui propose des épices et des produits agricoles locaux, le problème majeur est la concurrence. «Certains stands vendent des produits industriels en prétendant qu’ils sont artisanaux. Comment je peux rivaliser avec ça ? Moi, mes produits viennent directement des fermes. Eux, ils achètent en gros et cassent les prix».
Il regrette également le manque de régulation. «On devrait vérifier l’origine des produits pour garantir leur authenticité. C’est censé être une vitrine de notre patrimoine, pas un marché classique». Pour son emplacement, Khaled dit avoir déboursé plus de 25.000 DA.
Malgré ces défis, tous les exposants partagent une même détermination : faire connaître leur savoir-faire et préserver la culture amazighe. «On est là parce qu’on aime ce qu’on fait, et parce qu’on croit en nos traditions», conclut Fatiha.
O.A Nadir
