Transformation industrielle: Un projet panafricain piloté depuis Alger
L’Afrique doit impérativement accroître ses investissements dans la recherche et le développement (R&D) si elle veut réussir sa transformation industrielle et renforcer son autonomie technologique. Cet appel a été lancé par Yemi Kale, économiste en chef et directeur général de la recherche à la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), lors du lancement du Centre africain de recherche et d’innovation (ARIH), en marge de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), organisée à Alger.
« L’Afrique représente moins de 3 % de la production mondiale de recherche, alors qu’elle supporte une part disproportionnée des défis mondiaux », a relevé M. Kale.
Le continent n’investit en moyenne que 0,5 % de son PIB en R&D, contre 2,2 % au niveau mondial. À titre de comparaison, des pays comme la Corée du Sud dépassent les 4 %, ce qui leur a permis d’accéder au rang de puissances technologiques.
Pour l’économiste, l’Afrique doit rompre avec ce retard. « L’histoire prouve que l’investissement volontaire dans la recherche a toujours été le socle des grandes transformations industrielles. Sans innovation, il n’y a pas de compétitivité durable », a-t-il insisté.
L’ARIH, initiative conjointe d’Afreximbank, de l’Union Africaine et du Secrétariat de la ZLECAf, vise à promouvoir et à commercialiser l’innovation africaine. Mais son lancement à Alger n’est pas anodin : l’Algérie se place désormais au cœur de ce dispositif stratégique.
En effet, le ministère algérien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique assure la coordination technique des travaux, preuve de la volonté d’Alger de faire de la recherche un levier économique autant qu’un outil diplomatique.
Pour les organisateurs, la capitale algérienne, dotée d’un réseau dense d’universités et de centres de recherche, constitue un point d’ancrage idéal pour un projet continental.
Au cours des sessions de l’IATF, plusieurs chercheurs et startups algériens ont présenté leurs innovations, notamment dans l’agriculture intelligente, la production pharmaceutique et les technologies numériques.
L’Algérie mise sur la valorisation de ses compétences locales pour nourrir des partenariats africains. Le gouvernement a, ces dernières années, lancé plusieurs incubateurs et zones technologiques, favorisant l’émergence d’un tissu entrepreneurial orienté vers les marchés continentaux.
« L’Algérie a une double ambition : garantir sa propre sécurité technologique et jouer le rôle de catalyseur pour la coopération africaine », explique un cadre du ministère.
Selon Afreximbank, si l’Afrique parvient à doubler ses investissements en R&D d’ici 2030, atteignant 1 % du PIB, elle pourrait générer 60 à 70 milliards de dollars supplémentaires chaque année dans des secteurs clés : agriculture, numérique, énergie renouvelable et industrie manufacturière.
Cette dynamique pourrait réduire la dépendance aux importations, améliorer la compétitivité des entreprises locales et renforcer le poids de l’Afrique dans le commerce mondial.
Au-delà des chiffres, le message central reste clair : la recherche ne doit plus être perçue comme un luxe mais comme un investissement stratégique.
Pour l’Algérie, ce choix s’inscrit dans une politique plus large : celle de se positionner comme hub de la coopération scientifique et industrielle africaine. En accueillant l’ARIH, Alger confirme sa volonté d’être le laboratoire des solutions africaines, au moment où le continent cherche à bâtir sa souveraineté technologique et industrielle.
Ch.G
