« Glaçons tièdes » : L’émancipation chez Akram El Kebir

Par Adnan Hadj Mouri

Le journaliste Akram El Kebir, fidèle à sa manie, sème la loufoquerie dans chaque phrase, explorant les labyrinthes d’une vie singulière embourbée dans un imaginaire trompeur. Son écriture laisse l’imagination créatrice se pavaner, croyant pouvoir tout supplanter, mais révèle surtout une énergie qui échappe aux contraintes ordinaires.

Le désir d’émancipation se fait ici hymne de résistance. A travers quelques personnages, l’auteur déambule anarchiquement sur ce désir, explorant la possibilité d’aimer sans céder à la fabrique de la servitude. Sa rage de vivre refuse de se consumer dans la conformité. Dans chaque nouvelle, l’étincelle transgressive nourrit le fil narratif, donnant à l’ensemble une cohérence vibrante et subversive.
L’auteur magnifie, ne serait-ce qu’un instant, le délice délirant d’une jeunesse avide de vivre.
Il conserve la mémoire subjective des expériences et anecdotes qui jalonnent l’existence de chacun, pris dans l’impétuosité d’un désir de vivre, tout simplement.
Pourtant, au fil de la lecture, plusieurs questions surgissent. Comment interpréter cet élan d’écriture, presque pulsion dionysiaque ? Son style, nourri de Brassens, lui permet-il de se libérer de l’identification sociale et d’atteindre une nudité psychique ?La magnificence de l’imagination peut-elle aussi devenir maîtresse d’illusion ? L’imaginaire social, même magnifiquement romancé, se heurte souvent aux contraintes biologiques et sociales. Comment alors déjouer l’énigme de la subjectivité face aux sujets abordés ?
Akram, par son élan créatif, pourrait-il devancer la neutralisation de la dimension subjective par le neuronal ? L’intensité des situations décrites transforme-t-elle l’écriture en véritable acte psychique, permettant de se poser la question centrale : « A quoi vais-je me soumettre pour mieux m’insoumettre ? »Ecrire pour se libérer du tabou exige de distinguer symptôme organique et symptôme subjectif.
Cette distinction permet de construire une trame narrative plus exigeante qui esquisse la matière descriptive tout en évitant de se noyer dans le souffle prophétique de la résistance. Ainsi, « Glaçon tiède » nous rappelle que l’écriture peut être à la fois exploration du désir et affirmation d’une liberté singulière.
Adnan Hadj Mouri

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