Mohamed Harbi n’est plus : Pour une mémoire conscientisée

L’historien et chercheur Mohamed Harbi tire sa révérence à l’âge de 92 ans, laissant derrière lui des travaux qui nous permettent de penser l’histoire autrement. « Aborder l’histoire, ce n’est pas simplement raconter le passé, mais mettre en lumière un matériau concret permettant d’analyser l’historicité de la condition humaine. Comme le rappelait Marc Bloch : « L’histoire est le miroir où l’homme se découvre lui-même. »

Le parcours de Mohamed Harbi oscille entre engagement militant et rigueur scientifique. Militant du FLN, conseiller de Ben Bella, puis opposant critique au régime de Boumediène, il a très tôt compris la nécessité de la distance critique. Son travail s’est construit contre le colportage idéologique qui écrase les faits, déforme la mémoire et transforme l’histoire en récit officiel figé.
L’hommage que nous lui rendons doit nous permettre de penser l’histoire dans toute sa complexité, loin des récits partisans et des idéologies simplificatrices. Comme le soulignait Marc Bloch, la mémoire est un souvenir vivant mais subjectif, tandis que l’histoire est un travail critique visant à comprendre les faits dans leur épaisseur. Dans cette optique, Harbi analysait : « La mémoire est oubliée, imposée, manipulée… alors que l’histoire suppose la distance et la reconstruction des faits. »
Son enseignement montre que seule l’analyse rigoureuse des faits permet une véritable quête dialectique, fondée sur la contextualisation, plutôt que sur la mythification ou la » réduction idéologique »des événements. Comme il le rappelait lucidement : « On est dans le présent. L’histoire est instrumentalisée pour traiter des problèmes actuels. » D’où l’exigence, pour l’historien, de préserver l’autonomie du travail critique face aux usages politiques du passé.
Pour Harbi, faire de l’histoire consiste à « reconstituer méthodiquement les faits », en dépassant les manipulations mémorielles et les assignations idéologiques. Cet engagement intellectuel n’est pas une posture neutre : il est une condition de maturation historique et une voie pour qu’une société se tienne debout. Comme le rappelait encore Bloch : « L’histoire est le miroir où l’homme se découvre lui-même. »
Mais, pour que cette recherche ne se poursuive pas dans le déchirement, il faut accepter le conflit des interprétations, la pluralité des récits et la mise à l’épreuve des certitudes. Conscientiser la mémoire, ce n’est ni la sacraliser ni l’effacer : c’est la soumettre au travail critique, afin que le passé cesse d’être une blessure instrumentalisée et devienne une ressource lucide pour penser le présent et ouvrir « le champ des possibles. » »
Adnan Hadj Mouri

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