Lazhar Zennou, chanteur interprète, à Algérie Presse: «Le souffle vivant du raï ancien»
Propos recueillis par O.A Nadir

Dans le tumulte des villes algériennes, rares sont les voix capables de traverser le temps et les générations. Lazhar Zennou est de celles-ci. Né à Bir Mourad Raïs, à Alger, dans le quartier populaire de la Cité La Concorde, il a grandi bercé par les chants et les mélodies qui faisaient vibrer son quotidien.
Très tôt, sa voix, exceptionnelle par sa pureté et son intensité, attire l’attention. Entre les rassemblements de quartier et les scènes scolaires, Lazhar se révèle comme un interprète sensible, porteur d’émotions que peu savent transmettre.
Sa rencontre avec Reda, ami d’Oran, marque un tournant décisif : cassettes de raï ancien en main, Reda ouvre à Lazhar un monde sonore où se mêlent révolte et tendresse, nostalgie et liberté. Fasciné, il s’immerge dans ce patrimoine musical classé par l’UNESCO, jusqu’à en faire sa voie et sa mission. Pour Lazhar Zennou, le raï ancien n’est pas seulement une musique : c’est une mémoire, une langue populaire, un miroir de la société et un souffle d’émotion intemporel.
Algérie presse : Pourquoi le raï ancien ?
Lazhar Zennou : Le raï ancien, c’est une école de sincérité. Il parle sans filtre, avec des mots simples, mais chargés d’une vérité populaire. J’ai grandi avec ces voix — celles de Blaoui Houari, Ahmed Wahby, ou encore Cheikh Ma Goug — et j’ai compris très tôt que cette musique n’était pas seulement un divertissement : c’était une mémoire, un langage du peuple. Mon attachement vient de là : préserver une authenticité qui résiste à la superficialité du moment.
Que dit le raï aujourd’hui sur la jeunesse ?
Même si les rythmes ont changé, l’esprit du raï reste le même : dire ce que les autres taisent. La jeunesse algérienne vit des contradictions fortes — entre espoir et désillusion, ouverture et enfermement. Le raï, quand il est vrai, raconte encore tout cela. Il garde cette fonction de miroir et de libération.
Alger et Oran : deux sensibilités ?
Je suis né à Alger, une ville de poésie et de pudeur, mais j’ai découvert le raï à Oran, capitale de la liberté musicale. Cette rencontre a façonné mon identité artistique : Alger m’a appris la rigueur, Oran m’a donné l’audace. Dans mon chant, j’essaie de faire dialoguer ces deux âmes : la nostalgie et la révolte.
Comment préserver le raï ancien ?
Il faut d’abord écouter avec respect. Avant de créer des écoles ou des institutions, il faut redonner de la valeur à ce que nos anciens ont laissé. Mais bien sûr, il faut aussi des scènes pour faire vivre cette musique, des archives pour la transmettre, et surtout une jeunesse curieuse qui s’en empare sans la trahir.
