Comédiens, figurants et techniciens : Les cachets au noir

À Oran, sur les plateaux improvisés des séries locales, des courts-métrages indépendants et des productions télévisuelles tournées entre Canastel, M’dina J’dida et Bir El Djir, une phrase circule avec une étonnante régularité et adressée aux gens du métier : « T’es déjà assuré ailleurs, on n’a pas besoin de te déclarer». Cette affirmation, répétée comme une règle tacite du métier, est pourtant fausse au regard du droit algérien.

Dans la wilaya d’Oran, comme partout ailleurs dans le pays, un cachet artistique versé à un acteur, un figurant ou un technicien constitue un salaire. À ce titre, il doit obligatoirement être déclaré à la Caisse nationale des assurances sociales.
Peu importe que l’artiste dispose déjà d’une carte Chifa via un autre emploi ou qu’il soit salarié dans un secteur totalement différent.
Chaque journée de tournage correspond à une relation de travail distincte, ouvrant droit à des cotisations sociales spécifiques.
Le principe de pluriactivité est reconnu par la législation algérienne. Il permet à un travailleur d’exercer plusieurs emplois en parallèle, à condition que chaque employeur respecte ses obligations. À Oran, pourtant, certains producteurs invoquent l’assurance existante de l’acteur pour éviter la déclaration. Cette pratique, souvent présentée comme un simple arrangement, prive en réalité les artistes de droits sociaux essentiels, notamment en matière de retraite et de couverture en cas d’accident.
Sur certains plateaux oranais, le risque est bien réel. Tournages rapides, matériel parfois artisanal, déplacements constants : un accident peut survenir à tout moment.
Sans déclaration préalable à la CNAS, l’acteur se retrouve sans protection sociale, tandis que le producteur s’expose à des sanctions lourdes. En cas de contrôle ou d’incident, l’absence de DAEM peut entraîner des amendes, le paiement rétroactif des cotisations et le remboursement des frais médicaux engagés.
Les acteurs oranais ne sont pourtant pas démunis. Le contrat de travail artistique, même conclu pour une seule journée, constitue une preuve légale de la relation salariale. Présenté à la CNAS d’Oran, il peut permettre une régularisation d’office, obligeant l’employeur à déclarer le travail et à s’acquitter des cotisations dues.
Ce mécanisme, encore peu connu, reste l’un des rares leviers pour lutter contre le travail dissimulé dans le secteur audiovisuel local.
En 2026, alors que les tournages se multiplient à Oran et que la ville s’impose comme un pôle de production régional, cette zone grise juridique persiste. Entre pratiques héritées de l’informel et exigences légales claires, le fossé demeure. Pourtant, la règle est simple : à Oran comme ailleurs, un cachet n’est jamais invisible. Il engage des droits, des devoirs et une responsabilité juridique pleine et entière.
O.A Nadir

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