Location spéciale « saison estivale » : C’est déjà hors de prix !

À Oran, alors que le mois d’avril touche à sa fin, la saison estivale semble avoir pris plusieurs semaines d’avance sur le calendrier. Dans les cités côtières comme Aïn El Turck, Cap Falcon ou les Andalouses, villas et appartements destinés à la location saisonnière affichent déjà des tarifs qui donnent le ton d’un été sous tension. Sur les réseaux sociaux, notamment sur les groupes locaux de location, les annonces se multiplient, avec des prix parfois jugés excessifs.
Selon plusieurs plateformes informelles et observations de terrain, une villa avec piscine à Aïn El Turck se négocie entre 25 000 et 60 000 dinars la nuit dès le mois de mai, avec des pics annoncés à plus de 80 000 dinars en juillet-août. Pour des appartements F2 ou F3 situés à proximité de la mer, les tarifs oscillent entre 8 000 et 20 000 dinars la nuit, en fonction de l’emplacement, de l’état du bien et de la vue. Dans certaines résidences récentes ou sécurisées, les prix dépassent déjà les 25 000 dinars, même hors haute saison.
« L’année dernière, on trouvait encore des F2 à 5 000 ou 6 000 dinars en avril. Cette année, tout a doublé », témoigne Sofiane, 34 ans, habitué à louer pour sa famille chaque été. Du côté des propriétaires, la justification est souvent la même : inflation, coûts d’entretien, hausse des charges et forte demande.
Agent immobilier depuis plus de dix ans à Oran, Kader dresse un constat sans détour. Dans son témoignage à Algérie Presse, il décrit une mutation rapide du marché local : « Ce qu’on observe depuis deux ou trois ans, ce n’est plus une simple hausse saisonnière. C’est un basculement complet vers un modèle de rentabilité rapide. Des propriétaires qui louaient à l’année ont retiré leurs biens pour les réserver uniquement à l’été. Sur deux mois, ils peuvent gagner l’équivalent d’une année de location classique, parfois plus. »
Il insiste également sur le rôle déterminant des réseaux sociaux : « Avant, les clients passaient par les agences, il y avait une certaine régulation, au moins dans les prix et les conditions. Aujourd’hui, tout passe par Facebook ou le bouche-à-oreille. Un propriétaire voit une villa affichée à 50 000 dinars la nuit, il va s’aligner ou même dépasser. Il n’y a plus de référence claire. »
Kader évoque aussi une pression croissante de la demande : « On a une clientèle locale, mais aussi des familles venant de l’intérieur du pays, de Sidi Bel Abbès, Mascara, voire Alger. Et puis il y a la diaspora qui revient en été avec un pouvoir d’achat plus élevé. Forcément, ça tire les prix vers le haut. » Selon lui, certaines villas sont déjà entièrement réservées pour juillet et août dès la fin avril, malgré des tarifs très élevés.

Halte au marché informel

Sur le terrain, il observe des situations de plus en plus tendues : « Des familles viennent nous voir avec un budget de 40 000 dinars pour une semaine. Aujourd’hui, c’est quasiment impossible, même pour un petit appartement. On est obligé de leur dire la vérité : soit vous augmentez le budget, soit vous vous éloignez de la mer. »
L’agent immobilier met également en garde contre les dérives du marché informel : « Il y a des annonces frauduleuses, des avances encaissées sans garantie, des biens loués à plusieurs personnes en même temps. L’absence de régulation ouvre la porte à tous les abus. Nous, en agence, on essaie de sécuriser les transactions, mais beaucoup de gens préfèrent passer en direct pour payer moins cher… et prennent des risques. »
Une estimation basée sur les prix actuels montre qu’un séjour de 7 nuits dans un appartement moyen peut coûter entre 70 000 et 140 000 dinars, soit l’équivalent de plusieurs mois de salaire pour de nombreux ménages. Pour une villa, la facture peut facilement dépasser les 300 000 dinars la semaine en haute saison.
Sur le plan légal, la location saisonnière en Algérie ne dispose pas d’un cadre juridique spécifique clairement défini comme dans d’autres pays, mais elle s’inscrit dans les dispositions générales du Code civil relatives au contrat de location ainsi que dans la législation fiscale en vigueur. En théorie, les revenus issus de la location, même de courte durée, doivent être déclarés à l’administration fiscale au titre de l’impôt sur le revenu global (IRG).
Toutefois, en l’absence de réglementation détaillée dédiée à la location touristique entre particuliers, les modalités pratiques (contrat, durée, conditions) restent largement laissées à l’appréciation des parties. Plusieurs professionnels du secteur immobilier et analyses relayées par la presse nationale soulignent ainsi que ce marché fonctionne en grande partie de manière informelle, avec peu de contrôle effectif sur le terrain.
Les données issues de plateformes d’annonces, croisées avec les observations d’acteurs immobiliers locaux, confirment une hausse significative de la demande ces dernières années. Le tourisme intérieur, en forte progression, combiné aux coûts élevés des voyages à l’étranger, contribue à concentrer la pression sur le littoral oranais.

Opter pour le partage des frais

Une autre solution qui s’impose progressivement chez les Oranais consiste à s’éloigner des zones les plus prisées du littoral, où la pression sur les prix est la plus forte. Dans des localités légèrement en retrait ou moins exposées, les tarifs peuvent descendre entre 6 000 et 12 000 dinars la nuit pour un appartement, contre 10 000 à 20 000 dinars en bord de mer. Par ailleurs, certains vacanciers adaptent leur organisation en optant pour des séjours plus courts ou en semaine, où les prix peuvent baisser de 20 à 30 %, avec des nuitées autour de 7 000 à 9 000 dinars hors week-end.
Le partage des frais devient également une alternative courante : la location d’une villa affichée entre 40 000 et 70 000 dinars la nuit peut ainsi être divisée entre plusieurs familles, réduisant le coût individuel à moins de 10 000 dinars par personne. Enfin, une partie des habitants privilégie des alternatives à la location classique, comme les sorties à la journée vers les plages, dont le budget global dépasse rarement 2 000 à 4 000 dinars par personne, ou l’accès à des piscines privées et espaces de loisirs, généralement facturé entre 1 500 et 3 500 dinars la journée.
Dans ce marché largement informel, les règles restent floues. Peu de contrats officiels, absence de plafonnement des tarifs, paiements en espèces : les locataires comme les propriétaires évoluent dans une zone grise. À quelques semaines de l’été, une chose semble déjà certaine : pour profiter du littoral oranais en 2026, il faudra payer le prix fort, ou renoncer.
O.A Nadir

 

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