Sayoud attendu en France: Le dégel se confirme

Après plusieurs années de tensions diplomatiques, les signaux de réchauffement entre Alger et Paris se multiplient. Le ministre de l’Intérieur algérien, Saïd Sayoud, effectuera prochainement une visite officielle en France, a annoncé son homologue français, Laurent Nuñez, dans une interview accordée à La Tribune Dimanche.
Ce déplacement est présenté comme un “signal très positif” et confirme la volonté des deux capitales de relancer une coopération sécuritaire longtemps gelée.
Cette annonce intervient dans la continuité de la visite de Laurent Nuñez à Alger, en février dernier, qui avait marqué une première étape dans la reprise du dialogue bilatéral. À l’époque, le ministre français avait été reçu par Saïd Sayoud, scellant une amorce de détente après des mois de crispations. Ce déplacement avait ouvert la voie à une série de rencontres de haut niveau, dont celle attendue aujourd’hui à Alger avec le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, venu discuter de la coopération judiciaire et de dossiers sensibles, notamment le cas du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en Algérie pour “apologie du terrorisme”.
Laurent Nuñez insiste sur la nécessité de rétablir un échange d’informations bilatéral concernant la lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée. “La collaboration se fait dans les deux sens”, a-t-il affirmé, soulignant le savoir-faire de l’Algérie en matière de renseignement et de sécurité. Pour lui, “avoir des échanges avec un grand pays comme l’Algérie est nécessaire”, rejetant l’idée d’un bras de fer diplomatique. “Quel est l’intérêt d’avoir un rapport de force dans ces conditions ?”, s’interroge-t-il, rappelant que plusieurs millions de personnes de part et d’autre de la Méditerranée vivent directement cette relation.
Ce discours tranche avec la ligne de son prédécesseur Bruno Retailleau, qui prônait une approche plus dure vis-à-vis d’Alger. Nuñez défend, au contraire, une logique de coopération pragmatique, estimant que ceux qui cherchent à “braquer l’Algérie” privilégient des calculs électoraux au détriment des intérêts de la France.
Du côté algérien, cette reprise du dialogue est perçue comme une reconnaissance du rôle stratégique du pays dans la région. Alger, qui avait longtemps dénoncé l’absence de réciprocité dans la coopération judiciaire, notamment concernant les fugitifs algériens protégés en France, voit dans ces visites successives un début de rééquilibrage. La venue de Darmanin, après celle de Nuñez, confirme que Paris souhaite rouvrir un canal de discussion sur des dossiers sensibles, allant de la sécurité intérieure à la justice.
G. Salima
