Importation des moutons pour l’Aïd : Tebboune ordonne une enquête

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a instruit dimanche 7 juin, lors du Conseil des ministres qu’il présidait, le ministre de l’Agriculture, Yacine Oualid, de remédier aux défaillances qui ont entaché l’opération d’importation de moutons de l’Aïd el-Adha 2026, portant notamment sur l’organisation et la distribution. Il a par ailleurs ordonné l’ouverture d’une enquête sur l’ensemble des insuffisances relevées, afin d’identifier les maillons défaillants de la chaîne en vue des prochaines campagnes similaires.
Cependant, le constat est paradoxal. Si l’objectif quantitatif a bien été atteint avec l’importation d’un million de têtes ovines, tous les moutons commandés ne sont pas arrivés avant le jour du sacrifice, laissant de nombreux citoyens sans accès aux bêtes à des prix subventionnés. Des insuffisances multiples ont été observées au cours de l’opération, nécessitant une évaluation approfondie. Le chef de l’État s’est montré intransigeant, face aux dysfonctionnements constatés sur le terrain.
Une décision qui a fait réagir l’économiste Dr Haidoussi au micro de la Chaîne 1 qui a salué l’initiative du président Tebboune d’ouvrir le dossier pour identifier les insuffisances et responsabiliser les acteurs impliqués. De son côté, sa consœur Dr Berrahou a reconnu que l’offre globale était au rendez-vous, mais que les dysfonctionnements observés relevaient surtout de problèmes d’organisation locale et de pratiques illicites. Elle a toutefois noté une amélioration par rapport à l’année précédente grâce à la plateforme numérique de commande, jugée « très satisfaisante ».
Bien avant la fête, les autorités avaient affiché des ambitions élevées en matière de qualité sanitaire. Le cahier des charges algérien imposait des moutons sains, vaccinés, âgés d’au moins six mois et pesant entre 40 et 45 kg de carcasse, selon le Dr Lotfi Gharnaout, enseignant-chercheur en économie agricole à l’université de Toulouse. Le ministère de l’Agriculture assurait que les moutons importés avaient été soigneusement sélectionnés et minutieusement examinés par des vétérinaires. Pourtant, la réalité du terrain a contredit ces assurances.

Un constat paradoxal

Des consommateurs ont critiqué la taille jugée insuffisante des moutons proposés lors des opérations de vente, des plaintes relayées massivement sur les réseaux sociaux. Plus grave : avant même la fête, le président Tebboune avait été contraint d’émettre, lors d’un précédent Conseil des ministres tenu en mai, une instruction interdisant l’abattage des agnelles importées, ordonnant leur orientation vers des espaces d’élevage dédiés afin de préserver le cheptel. Cet épisode a confirmé ce que dénonçaient les citoyens : une partie des animaux livrés aux points de vente étaient des femelles reproductrices, impropres au sacrifice selon les exigences religieuses et réglementaires.
Ces problèmes s’inscrivent dans une crise ovine profonde que l’Algérie tente de juguler à coups d’importations massives depuis 2025. Confrontée à la diminution de son cheptel et à la hausse des prix du bétail, l’Algérie a institué l’importation annuelle d’un million de têtes comme réponse d’urgence. Avec un cheptel évalué à 19 millions de têtes en 2024, dont 9,5 millions de brebis, la production nationale ne dépasse pas 7,6 millions d’agneaux par an, bien en deçà de la demande liée à l’Aïd. Cette raréfaction s’explique notamment par des années de sécheresse, l’abattage prématuré des femelles reproductrices et la hausse du coût de l’aliment pour bétail.
En 2025, l’annonce d’importations avait provoqué une brusque chute des prix sur le marché local, mais sans résoudre les fragilités structurelles de la filière ovine nationale. Les prix des animaux locaux oscillaient encore cette année entre 60 000 DA pour un agneau de taille en dessous de la moyenne et 200 000 DA pour les béliers de 45 kg avec des cornes imposantes, tandis que les moutons importés étaient plafonnés à 50 000 DA.
En parallèle à l’enquête sur la filière ovine, le Conseil des ministres a arrêté une décision complémentaire : le président a chargé le ministère du Commerce intérieur et le ministère de la Santé de créer des laboratoires de contrôle dans les ports et les aéroports, pour renforcer la surveillance sanitaire de l’ensemble des produits importés.
G. Salima

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