Barrage vert, reboisement, restauration pastorale: L’offensive algérienne contre la désertification

Le ministère de l’Agriculture, du développement rural et de la pêche organise aujourd’hui une série d’activités à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse (17 juin), célébrée chaque année à l’initiative des Nations Unies. La manifestation officielle se tient dans la wilaya de Laghouat — région emblématique de la steppe algérienne —, tandis que des événements similaires sont prévus à travers l’ensemble du territoire national par les conservations des forêts.
L’édition 2026, placée sous le thème retenu par le Secrétariat de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), «Parcours pastoraux : reconnaître, respecter, restaurer», met en lumière le rôle central que jouent les espaces pastoraux dans la résilience climatique, la sécurité alimentaire et hydrique, ainsi que la préservation de la biodiversité et de l’identité culturelle des communautés pastorales. L’appel à mieux valoriser les pâturages, à reconnaître leurs gestionnaires traditionnels et à renforcer les investissements dans la restauration des terres dégradées résonne avec une acuité particulière en Algérie.
En effet, la steppe algérienne s’étend sur 32 millions d’hectares, représentant environ 14 % de la superficie du pays, et concerne 25 wilayas. Elle abrite un cheptel de plus de 23 millions de têtes ovines et près de 4 millions de têtes caprines, garantissant une fonction socio-économique fondamentale pour les populations rurales. Mais plus de 15,3 millions d’hectares de ces parcours sont classés comme très dégradés, soit 57,75 % de la superficie steppique totale, nécessitant des opérations de restauration urgentes.
Face à ces défis, l’Algérie a engagé des programmes ambitieux sur plusieurs fronts. La Direction générale des Forêts (DGF) a prévu la plantation de 40 millions de plants forestiers, fruitiers et pastoraux sur la période 2023-2025, dans l’objectif de reconstituer les écosystèmes dégradés par les facteurs climatiques et anthropiques, notamment les incendies répétés. Sur le volet du Barrage vert, plus de 26 millions de plants ont été mis en terre sur une superficie de 43 558 hectares dans les zones du Barrage vert dans le cadre du programme 2020-2023. Depuis la reprise opérationnelle du projet en octobre 2023, 26 000 hectares supplémentaires auraient déjà été reboisés selon la DGF.
Sur le plan institutionnel, un décret exécutif publié en novembre 2024 fixe les missions et la composition d’un organe de coordination chargé spécifiquement de la lutte contre la désertification et de la relance du Barrage vert. En décembre de la même année, Sonatrach et la DGF ont signé un accord visant à réaliser un projet forestier pour la création de puits de carbone naturels certifiés.
Les activités de ce mercredi associeront société civile, médias, établissements éducatifs, collectivités locales et administrations. Au programme : expositions, conférences thématiques, distributions de supports de sensibilisation, projections de films et émissions radiophoniques locales à travers l’ensemble des wilayas.
Cette mobilisation traduit l’ancrage de la lutte contre la désertification comme priorité nationale, à l’heure où l’Algérie s’affirme comme point focal de l’UNCCD dans la région et poursuit, jusqu’à 2030, un programme de reboisement et de restauration des terres dont dépend l’avenir de millions de ruraux et d’éleveurs nomades.
T. Feriel
