Lutte anti-gangs : L’Algérie se dote d’une stratégie triennale

Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a présidé ce lundi au Palais du gouvernement une réunion de la Commission nationale de prévention et de lutte contre les bandes de quartiers, consacrée à l’examen du projet de stratégie nationale pour la période 2026-2029.
La réunion marque une étape charnière dans la politique sécuritaire urbaine du pays, six ans après la promulgation du cadre légal fondateur.
En effet, la lutte institutionnelle contre les gangs de quartiers repose sur l’ordonnance présidentielle n° 20-03, publiée au Journal officiel en août 2020. Ce texte définit la bande de quartiers comme tout groupe d’au moins deux personnes ayant pour but de créer un climat d’insécurité par la violence physique ou morale, avec port ou utilisation d’armes blanches. Les sanctions prévues sont sévères : la direction d’une bande est passible de dix à vingt ans de prison et d’une amende d’un à deux millions de dinars, tandis que la simple participation ou le recrutement est puni de trois à dix ans d’emprisonnement.
Le texte innove également en pénalisant la non-dénonciation et en protégeant explicitement victimes, témoins et informateurs contre toute forme de représailles.
Depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance, les résultats sur le terrain ont été tangibles. Plus de 420 bandes de quartier ont été démantelées et près de 2 000 individus arrêtés dans les 18 premiers mois d’application, avec plus de 10 000 personnes placées derrière les barreaux pour port d’armes blanches et agressions.
En 2024, la Sûreté nationale a réussi à démanteler 88 bandes de quartier et à arrêter 664 gangsters déférés devant les autorités judiciaires, dont 424 placés en détention provisoire. Ces résultats s’inscrivent néanmoins dans un contexte de persistance du phénomène, lié notamment à l’expansion du trafic de stupéfiants dans les milieux urbains.
Le projet examiné lundi adopte, selon le ministre Sayoud, une approche «alliant dissuasion et prévention» et traite «les racines du phénomène» plutôt que ses seules manifestations. Il repose sur quatre piliers articulés : sécurité, prévention, dimension sociale et volet éducatif.
Le ministre a insisté sur la nécessité d’un engagement coordonné de l’ensemble des acteurs — institutions étatiques, secteurs ministériels, société civile et élus locaux —, rappelant que «la lutte contre ce phénomène est une responsabilité collective». Il a également appelé au lancement immédiat de campagnes de sensibilisation à court terme, en parallèle avec la mise en œuvre progressive de la stratégie et le renforcement des mécanismes de suivi et d’évaluation.
Sayoud a conclu en réaffirmant que garantir la sécurité des citoyens dans leurs quartiers constitue «une priorité nationale constante», intimement liée au maintien de la cohésion et de la stabilité du front intérieur.
G. Salima
