Incendies inédits en Algérie : L’État promet d’indemniser, l’enquête s’ouvre

Depuis le 8 juillet dernier, le pays fait face à une vague d’incendies d’une ampleur inédite par son étendue géographique, avec des milliers d’hectares réduits en cendres. 1 555 feux de forêt ont été enregistrés depuis cette date, et la seule journée de mardi a vu 170 incendies se déclarer dans 19 wilayas, dont 104 maîtrisés et 66 toujours actifs en soirée.
Le porte-parole de la Protection civile, le colonel Nassim Bernaoui, avait déjà donné la mesure du phénomène en milieu de semaine : le pays fait face depuis environ deux semaines à une vague exceptionnelle d’incendies liée à une chaleur record, avec près de 1 460 incendies éteints depuis le 1er juillet, dont 85 à 90% maîtrisés. Sa comparaison avec l’an dernier est parlante : 3 719 incendies ont été recensés depuis le 1er mai, contre 1 501 sur la même période en 2025 — plus du double.
Le ministère de l’Intérieur, Saïd Sayoud, a confirmé ce mardi que six personnes ont perdu la vie dans les feux de forêt enregistrés ces derniers jours à travers plusieurs wilayas. Ce bilan s’ajoute à une victime déjà recensée plus tôt dans le mois : le 14 juillet, un pompier volontaire de 59 ans est mort en luttant contre un incendie dans la région de Beni Mouhli, wilaya de Sétif.
Mais l’épisode le plus spectaculaire s’est joué mardi soir à Séraidi, localité perchée à 850 mètres d’altitude sur les hauteurs boisées d’Annaba, dans le massif de l’Edough. Les flammes se sont approchées dangereusement des habitations et de l’hôpital de réduction fonctionnelle, contraignant à évacuer les habitants et les malades menacés. Le ministre de l’Intérieur s’est rendu sur place dans la nuit et a annoncé que 150 habitations ont été endommagées par les flammes à Séraidi et que 160 incendies ont été enregistrés dans les wilayas du nord depuis la fin du week-end. Il a assuré qu’une véritable catastrophe avait été évitée grâce à la rapidité de l’intervention, plus de 100 malades ayant été transférés vers l’hôpital d’El Bouni. Il a tenu à rassurer, hier à Annaba, sur l’état de santé « stable » de l’ensemble des patients transférés vers l’établissement hospitalier d’El Bouni.
Miracle à Annaba
Lors de sa visite aux personnes évacuées de l’hôpital de la commune de Seraïdi vers l’hôpital des urgences médico-chirurgicales de la commune d’El Bouni, dont le nombre dépasse les 100 patients, M. Sayoud a indiqué que ces derniers étaient « dans un état de santé rassurant et stable », ajoutant qu’il a été procédé « au suivi et à la prise en charge sur place de leur situation sanitaire ».
A cette occasion, il a précisé que la visite de la délégation ministérielle sur place intervenait « en exécution des instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a insisté sur la nécessité de s’enquérir de la situation des citoyens et de les accompagner, tout en engageant un recensement exhaustif et précis de l’ensemble des dégâts causés par les incendies, qu’il s’agisse des habitations ou des biens endommagés, en vue d’indemniser leurs propriétaires ». Il a également souligné que tous les moyens, y compris aériens, « resteront mobilisés jusqu’à l’extinction définitive des foyers d’incendie encore actifs et au retour de la situation à la normale ».
Sayoud a aussi annoncé la poursuite des enquêtes sécuritaires pour déterminer si ces incendies sont d’origine criminelle ou naturelle. La question ravive un débat récurrent en Algérie : en 2021, le gouvernement avait évoqué des « mains criminelles » avant de mettre en cause le MAK et le mouvement Rachad ; en novembre 2025 déjà, le président Tebboune avait ordonné une enquête après 55 incendies simultanés jugés inhabituels pour la saison, avec quatre suspects interpellés.
Pour rappel, le phénomène des incendies s’est installé progressivement. Le 21 juin, premier jour de l’été, 91 incendies avaient déjà été recensés, surtout des feux de moisson et d’arbres fruitiers, avec quelques départs de palmiers dans le Sud, tous maîtrisés dans la journée. La bascule s’opère à la mi-juillet : les 13 et 14 juillet, le gouvernement décrète la mobilisation générale sur le terrain, alors que 110 feux de forêt sont signalés en une seule journée, dont 83 éteints et 27 toujours actifs dans 15 wilayas, avec l’engagement de moyens aériens lourds, avions Beriev BE-200, hélicoptères MI-26 et avions AT-802.
Pertes humaines
Les 15 et 16 juillet, plus de 130 départs de feu sont comptabilisés en une seule journée et au moins une personne est tuée, avec des dégâts considérables pour les agriculteurs et les éleveurs, tandis que l’Office national de la météorologie place sept wilayas du nord-est et du centre, Relizane, Chlef, Aïn Defla, Skikda, Annaba, El Tarf et Guelma, en alerte rouge, avec des pointes à 48-49°C.
Les 17 et 18 juillet, 43 puis 59 incendies supplémentaires sont recensés en une journée, avec des foyers actifs dans une douzaine de wilayas et des évacuations préventives à Béjaïa, Blida, Skikda, Bouira et Boumerdès. Le 19 juillet, le cumul hebdomadaire confirme l’ampleur de la crise, avec 932 incendies enregistrés en une semaine, du 8 au 15 juillet, soit une moyenne de 116 feux par jour, pendant qu’en Kabylie, autour de Tizi Ouzou, la mobilisation citoyenne se distingue, des habitants combattant les flammes à mains nues ou avec de simples branches, en appui aux 19 000 pompiers, 700 camions, 12 bombardiers d’eau et 6 hélicoptères déployés à l’échelle nationale.
Au 16 juillet, 913 incendies avaient été recensés à travers 32 wilayas, se répartissant en 293 feux de forêts, broussailles et maquis, et 639 feux touchant les récoltes agricoles et les arbres fruitiers.
Face à l’ampleur des pertes, forêts, terres agricoles, habitations et cheptel, les autorités ont annoncé deux mesures. D’une part, un recensement général des dégâts, avec des instructions données aux walis pour dresser un inventaire complet sur la base des enquêtes de terrain des commissions de wilaya. D’autre part, l’engagement de l’État à indemniser rapidement l’ensemble des sinistrés, sinistrés de Séraidi en tête. Ce dispositif rappelle celui de 2021, avec son allocation d’un million de dinars aux familles de victimes et sa commission nationale d’évaluation et d’indemnisation, un cadre réactivé plus rapidement cette année.
G. Salima