Accident de Boumerdès : Graves révélations de l’enquête

 

Un chauffeur sous l’emprise de plusieurs substances stupéfiantes, roulant à plus de 121 km/h dans une descente limitée à 60 km/h, au volant d’un autocar transportant 64 personnes pour une capacité autorisée de 51 places : c’est le tableau accablant dressé par les premières conclusions de l’enquête sur le renversement de l’autocar survenu vendredi 31 juillet à Boumerdès, dans un communiqué du parquet près la cour de Boumerdès diffusé hier dimanche.

Selon ce document, les analyses biologiques pratiquées sur la dépouille du chauffeur D. Oussama, 33 ans, ont confirmé sa consommation de produits stupéfiants de différentes catégories, tandis que deux comprimés de substances psychotropes ont été découverts dans ses vêtements.
Les premières conclusions de l’enquête indiquent également que le véhicule, assurant la liaison entre Sétif et Boumerdès, comptait 64 occupants à son bord, soit 13 personnes de plus que le nombre réglementairement autorisé, fixé à 51 passagers chauffeur compris. Le bus circulait par ailleurs à une vitesse de 121,63 km/h au moment des faits, alors que la vitesse est limitée à 60 km/h à cet endroit précis, une pente de la RN-24 au lieu-dit Karma, sur la voie de contournement de Rahmoun El Karma.
La même source précise que les services de la police judiciaire de la Gendarmerie nationale poursuivent, sous la direction du parquet, les investigations pour cerner l’ensemble des circonstances de l’accident et déterminer la responsabilité de chaque partie impliquée, assurant que des mesures judiciaires seront prises avec toute la rigueur et la fermeté nécessaires pour dissuader quiconque en serait à l’origine.
L’opinion publique sera informée, ajoute le communiqué, des résultats de l’enquête et des mesures prises en temps voulu.
L’accident, survenu vendredi vers 9h49 à environ 55 kilomètres à l’est d’Alger, s’était soldé par 28 décès et 36 blessés, dont les blessures sont de gravité variable et qui sont actuellement pris en charge médicalement. L’autocar assurait le transport de vacanciers partis d’El Eulma dès 4 heures du matin pour rejoindre une plage de Boumerdès, avant de quitter la chaussée dans la descente menant vers le littoral et de chuter dans un ravin.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a promis dans un message de condoléances aux familles des victimes, que la justice frapperait sans indulgence une fois les circonstances de l’accident établies.

Drogue, surcharge et vitesse

Sur l’ensemble de l’année écoulée, 3 838 personnes ont perdu la vie et plus de 37 000 autres ont été blessées dans près de 27 000 accidents de la route à l’échelle nationale, soit une hausse annuelle de 2,68 %, selon les données de la Délégation nationale à la sécurité routière – des chiffres qui replacent la question de la surcharge, de la vitesse excessive et de l’aptitude des chauffeurs de transport collectif au cœur des priorités des autorités.
Pour appel, et après la chute dans l’oued El Harrach d’un bus assurant la liaison entre Réghaïa et la place du 1er Mai à Alger, en août dernier, faisant 18 morts et 23 blessés, l’enquête avait révélé que le véhicule roulait en surcharge manifeste, et surtout qu’il faisait l’objet d’une décision administrative de mise à l’arrêt prononcée par la direction des transports, rendant son exploitation totalement illégale.
Le propriétaire du bus, jugé responsable d’avoir mis en circulation un véhicule sous le coup d’une interdiction administrative, avait écopé de cinq ans de prison ferme assortis d’une amende de 200 000 dinars. Le chauffeur et le contrôleur technique avaient chacun été condamnés à quatre ans de prison ferme et 100 000 dinars d’amende, ce dernier se voyant également infliger la fermeture de son agence de contrôle technique de Réghaïa pour deux ans et une interdiction d’exercer sur la même durée. Le receveur avait écopé de deux ans de prison, dont un avec sursis.
C’est également à la suite de ce drame que le président Tebboune avait ordonné le retrait, dans un délai de six mois, de tous les bus de transport de voyageurs âgés de plus de trente ans, et que les autorités avaient annoncé un renforcement des contrôles ainsi que l’importation de pneus et de véhicules neufs, dans la perspective d’un nouveau code de la route jugé plus dissuasif. 11 mois plus tard, le drame de Boumerdès – surcharge, vitesse excessive, chauffeur sous stupéfiants – ramène presque terme à terme les mêmes manquements au cœur de l’actualité nationale.
T. Feriel

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