Grippe saisonnière : Les détails d’une campagne de vaccination

Un milliard de cas de grippe saisonnière chaque année dans le monde, dont 3 à 5 millions de formes sévères, et entre 290 000 et 650 000 décès liés à des troubles respiratoires : c’est le fardeau que l’Organisation mondiale de la santé attribue à cette infection. Face à lui, l’Algérie a lancé mardi 27 octobre sa campagne nationale de vaccination 2026-2027, avec plus de deux millions de doses disponibles, dont 1,6 million déjà distribuées aux structures de santé de proximité et aux établissements hospitaliers, a annoncé le ministère de la Santé. L’opération se poursuivra jusqu’en mars 2027.
Le volume est comparable à celui de la saison précédente, lancée le 21 octobre 2025 avec deux millions de doses. Le directeur général de la prévention et de la promotion de la santé, Djamel Fourar, a présenté la campagne comme un moyen d’interrompre la chaîne de transmission, de protéger les plus exposés et d’éviter toute pression sur le système de soins. Il a insisté sur l’origine du vaccin, fabriqué localement dans le cadre d’un partenariat engagé depuis deux ans entre le groupe Saidal et les Laboratoires Abbott, qu’il a présenté comme une illustration du renforcement de la souveraineté pharmaceutique et sanitaire.
Le vaccin est entièrement gratuit pour les personnes ciblées, sa prise en charge étant assurée par l’État. Il est administré dans les établissements publics de santé de proximité, les structures hospitalières et les officines. Chaque établissement reçoit un quota, que des livraisons supplémentaires peuvent compléter selon la demande. Le docteur Nabil Miliani, représentant du ministère de la Santé, a fait état d’un afflux important dans certaines structures, dont les équipes ont dû réclamer des doses additionnelles.
La campagne vise en priorité les personnes de 65 ans et plus, les malades chroniques (diabète, hypertension, maladies respiratoires, cardiaques ou rénales), les enfants atteints de maladies chroniques, les personnes en situation d’obésité sévère, les patients immunodéprimés ou sous chimiothérapie, les personnes vivant avec le VIH, les femmes enceintes quel que soit le stade de la grossesse, les pèlerins et les professionnels de santé.
L’enjeu, a souligné le docteur Miliani lors de son passage à la Chaîne 2 de la Radio nationale, est de réduire les hospitalisations, les admissions en réanimation et les décompensations de maladies chroniques. Une grippe qui paraît banale chez un sujet jeune et en bonne santé peut provoquer des complications respiratoires graves, voire engager le pronostic vital des personnes fragiles. L’OMS relève d’ailleurs que, dans les pays industrialisés, la plupart des décès associés à la grippe concernent les 65 ans et plus.
Qui est concerné, quand et où se faire vacciner
Le moment de la vaccination est au cœur des recommandations. Le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar, a rappelé qu’il faut environ trois semaines au corps pour développer une immunité suffisante, et mis en garde contre le report à janvier, période qui coïncide avec le pic épidémique. Ce pic est bien identifié : la grippe atteint son maximum durant la dernière semaine de janvier, selon la direction de la prévention et de la lutte contre les maladies transmissibles.
Le vaccin n’est pas identique d’une année à l’autre. Le virus mute régulièrement, et la composition est actualisée chaque année en fonction des souches en circulation. Un réseau national sentinelle, mis en place depuis deux ans par le ministère avec l’Institut national de santé publique (INSP) et l’Institut Pasteur, couvre dix wilayas et fournit les données génétiques des virus circulants pour choisir le vaccin adéquat. Le docteur Miliani a insisté sur le recul scientifique dont bénéficie ce vaccin, utilisé depuis de nombreuses années. Une petite fièvre ou des symptômes passagers peuvent apparaître après l’injection, mais ils restent généralement bénins. Même chez une personne vaccinée qui contracte la grippe, le risque de complications graves est réduit.
La grippe, très contagieuse, est provoquée principalement par les virus influenza A et B et se transmet par les gouttelettes respiratoires. Elle se manifeste par une fièvre parfois élevée, des courbatures, des maux de tête, une toux sèche et une fatigue intense. Le rhume, lui, touche surtout les voies respiratoires supérieures, avec un écoulement nasal et des symptômes moins marqués. Chez un adulte en bonne santé, la phase aiguë dure quatre à cinq jours et la récupération peut prendre jusqu’à dix jours.
Le traitement reste essentiellement symptomatique : hydratation, alimentation équilibrée, repos. Le docteur Miliani met en garde contre l’automédication et la prise injustifiée d’antibiotiques, inefficaces contre les infections virales et réservés aux complications bactériennes diagnostiquées par un médecin. Il recommande le port du masque, le lavage fréquent des mains, les mouchoirs jetables et l’aération régulière des pièces, et demande aux malades d’éviter les contacts rapprochés avec les personnes âgées et vulnérables. Tout malade chronique dont l’état s’aggrave, par exemple par un déséquilibre du diabète, de la tension ou d’une maladie cardiaque, doit consulter rapidement.
Enfin, le représentant du ministère a appelé médecins, infirmiers et autres professionnels de santé à renforcer la sensibilisation dans un langage accessible, estimant que la mobilisation communautaire, notamment dans les mosquées et par les échanges de proximité, peut contribuer au succès de la campagne. Le directeur général de l’INSP, Yazid Aoudia, a de son côté salué le rôle des médias et rappelé que la réussite de l’opération repose sur le renforcement de l’immunité au sein de la société.
T. Feriel
