Ce que j’en pense: Dialogue de cœurs
Par Saïd Adel
Mon cœur est encombré comme l’estuaire d’un fleuve qui a fini de charrier des immondices accumulés depuis si loin, depuis si longtemps avec la certitude de pouvoir les déposer dans une mer finalement saturée qui lui demande d’attendre. Encombré comme l’estuaire d’un fleuve né d’une eau claire quittant des monts enneigés, isolés et combien calmes pour s’engouffrer dans le tumulte de vallées mal habitées. Encombré comme l’estuaire d’un fleuve regrettant son amont et implorant cette même mer de laver sa grisaille en le mêlant à son bleu immense.
Ton cœur est libre, enfin libre comme ce ruisseau naissant qui frétille à l’aube et chante sa joie à l’oreille des oiseaux. Libre comme ce ruisseau fluet qui dans sa marche caresse pierres, herbes et terre avec la douceur et l’inquiétude d’un premier baiser. Libre comme ce ruisseau naissant, fluet et surtout impatient de rejoindre d’autres ruisseaux aussi naïfs et danser avec eux sur le rythme du bruissement d’une descente sinueuse dont la destination reste à découvrir.
Mon cœur attend devant l’immensité de ce ciel bleu qui ne veut rien savoir du passé, des souvenirs amassés jusque là et encore moins des regrets de ces rencontres faites dans l’aveuglement de la confiance. Mon cœur attend mais n’espère pas. Mon cœur attend et s’imagine battre encore quelques temps non pour le bleu du ciel et de la mer, non pour le rouge flamboyant d’un soleil au zénith mais pour les rires aux éclats d’enfants qui pourtant n’écoutent déjà plus son battement feutré.
Ton cœur attend aussi, mais devant un destin où les couleurs ne sont qu’accessoires tant l’espoir de devenir est palpable, tant l’envie de changer est encore possible, tant les lueurs de l’aube sur un nouveau jour restent prometteuses et aguichantes. Ton cœur attend et son battement est si fort qu’au loin déjà son écho est ressenti par d’autres cœurs aussi solitaires, aussi meurtris mais habités par ce désir instinctif d’entendre le tien de plus près.
Et si nos cœurs se rencontraient, et si nos cœurs se connaissaient, tu me dirais certainement l’encombrement du tien et la liberté du mien et…je te croirais.