Après la baisse du prix de l’or: Ruée sur les bijouteries

À Oran, les vitrines brillent toujours autant, mais depuis quelques jours, ce sont surtout les regards qui scintillent. Dans plusieurs bijouteries du centre-ville, de Mdina Jdida à Akid Lotfi, la scène se répète : des clients serrés autour des comptoirs, des discussions animées, et une même question qui revient sans cesse :
« le prix a vraiment baissé ? ».
Après des mois de flambée historique, où le gramme d’or avait atteint des sommets jamais vus en Algérie, la tendance s’est brusquement inversée sur le marché mondial. Résultat immédiat, ou presque, dans certaines boutiques oranaises : une baisse d’environ 5.000 dinars le gramme commence à se faire sentir, même si tous les bijoutiers ne l’ont pas encore totalement répercutée.
Dans une bijouterie bien connue du centre-ville, difficile de circuler en pleine après-midi. Des familles, des couples, mais aussi de simples curieux viennent «prendre la température». Les vendeurs enchaînent les pesées, sortent des parures, rangent, expliquent. L’ambiance rappelle presque celle des jours précédant l’Aïd.
Certains professionnels restent prudents. Beaucoup expliquent que leurs stocks ont été achetés à des prix élevés ces derniers mois, ce qui limite leur marge de manœuvre pour baisser immédiatement les tarifs. D’autres, en revanche, ont déjà ajusté leurs prix pour attirer une clientèle redevenue attentive à cette valeur refuge.
Parmi les visiteurs, Samir, 32 ans, venu spécialement pour se renseigner après avoir entendu parler de la baisse, partage un sentiment mitigé : «Franchement, quand j’ai vu qu’il y avait une baisse, je me suis dit que c’était le bon moment. Mais en réalité, ça reste cher… On parle de 5.000 dinars en moins, mais après une hausse énorme. Disons que ça soulage un peu, sans vraiment changer la donne»
Ce léger recul agit néanmoins comme un déclencheur psychologique. Beaucoup craignent déjà une nouvelle remontée des prix, liée aux tensions internationales et aux fluctuations du dollar. Résultat : certains préfèrent acheter maintenant, quitte à anticiper.
Pour information, il faut savoir que l’or a inscrit un record historique de 5 602 dollars (4 873 euros) fin janvier et semblait bien parti pour aller encore plus haut début mars, mais il a depuis chuté de près de 25 %, jusqu’à un plus bas de 4 100 dollars (3 567 euros), et se négocie autour de 4 500 dollars (3 915 euros) au moment où cet article est mis sous presse. Ce recul marque un net retournement par rapport à l’extraordinaire performance de l’or l’an dernier.
En 2025, le métal jaune a signé l’une de ses meilleures performances annuelles depuis des décennies, gagnant plus de 60 % et atteignant des niveaux record, alors que les banques centrales accumulaient des réserves et que les investisseurs cherchaient à se protéger dans un contexte d’incertitude économique.
Une chose est sûre : dans les ruelles commerçantes d’Oran, même en baisse, l’or continue d’attirer. Entre espoir de bonne affaire et peur de rater le bon moment, les bijouteries ne désemplissent pas. Et derrière chaque vitrine, une même incertitude plane : cette accalmie est-elle une opportunité… ou simplement une pause avant une nouvelle envolée ?
O.A Nadir

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