Arrêtés ces derniers jours en Algérie : Les deux caïds de la Mafia DZ écroués
En l’espace de quelques jours, deux des cibles les plus recherchées de la justice française dans le dossier de la DZ Mafia sont passées du simple contrôle judiciaire à la détention provisoire en Algérie, une bascule que le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncée hier 10 août sur X.
Mehdi Laribi et Djamel Djeha, tous deux interpellés ces dernières semaines par les autorités algériennes pour leurs liens présumés avec cette organisation criminelle qui domine le narcobanditisme marseillais, ont été placés en détention provisoire en Algérie à la demande du parquet d’Alger et ne sont donc plus sous simple contrôle judiciaire, a précisé le ministre.
Surnommé « Tic », Mehdi Laribi est considéré par les sources françaises comme l’un des fondateurs présumés de la DZ Mafia, organisation qui s’est imposée en quelques années comme l’une des principales structures du crime organisé à Marseille et dans le sud de la France. Selon les précisions apportées par le parquet de Marseille, Laribi est originaire du nord de Marseille et avait fait ses débuts par des rôles au cinéma avant de devenir l’une des figures majeures du milieu criminel, ayant notamment contribué en 2023 à la fondation de la DZ Mafia, qui a étendu son emprise sur le trafic de stupéfiants en France. Il avait été interpellé fin juillet en exécution d’un mandat d’arrêt délivré dans le cadre de l’enquête « Octopus », menée par la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, et poursuivi pour direction d’un groupement de trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment. Cette enquête avait déjà donné lieu, en mars 2026, à une opération de grande ampleur dans le sud de la France : environ 900 gendarmes avaient été mobilisés, aboutissant à l’interpellation d’une quarantaine de personnes, dont 26 ont été mises en examen.
Djamel Djeha, lui, a été interpellé puis placé sous contrôle judiciaire le 3 août avant ce nouveau placement en détention. Il est le frère de Mohamed Djeha, dit « Mimo », qui dirigeait le lucratif réseau de trafic de stupéfiants de la cité de la Castellane à Marseille avant son arrestation en Algérie en juin 2023, où il purge actuellement sa peine. Djamel Djeha est quant à lui visé par le dossier dit «Empire », qui avait donné lieu en avril 2025 à une vingtaine d’interpellations à Marseille.
Ces deux placements en détention interviennent dans un contexte de réchauffement de la coopération judiciaire entre Paris et Alger, quelques mois après une visite de Gérald Darmanin dans la capitale algérienne. Selon des sources sécuritaires françaises citées par la presse arabophone, Paris avait alors présenté à Alger une dizaine de demandes d’entraide judiciaire visant des personnes soupçonnées de se trouver sur le territoire algérien, dans un contexte où la DZ Mafia ne repose pas sur un commandement centralisé mais sur des groupes interconnectés agissant de manière relativement autonome. Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, avait d’ailleurs tenu à tempérer la portée de ces arrestations : l’interpellation de Laribi ne signifie pas la fin de l’activité de l’organisation, la DZ Mafia restant selon lui présente et solide, d’autres membres demeurant toujours recherchés.
Sur le plan juridique, une convention bilatérale entre la France et l’Algérie interdit à chacun des deux pays d’extrader ses propres ressortissants vers l’autre. Les deux hommes, des franco-algériens, ne pourront donc pas être remis à la justice française ; ils seront jugés en Algérie, à la demande des autorités françaises, pour les faits qui leur sont reprochés. Gérald Darmanin a salué sur X « la collaboration » avec les autorités judiciaires algériennes, qu’il a qualifiée de bénéfique pour la « lutte commune contre le narcotrafic », un satisfecit qui tranche avec les tensions diplomatiques ayant marqué les relations entre les deux pays ces derniers mois.
G. Salima
