Ce que j’en pense: La marche des rampants
>> Par Moncef Wafi
Comme à chaque 11 Novembre, la France a célébré l’Armistice de la Première Guerre mondiale. 24 heures plus tard, la France a célébré, lors de la marche de la honte, l’assassinat de près de 12.000 Palestiniens dont plus de la moitié des enfants massacrés à Ghaza.
Les poubelles de Paris ont débordé pour offrir au monde le visage abject d’une démocratie coloniale qui soutient un Etat négationniste et raciste. Il n’y a qu’en France occupée où les sionistes se sentent chez eux, protégés par la police de Moussa Darmanin, faisant claquer le fouet du Crif lorsqu’un Jean Moulin ose protester.
Alors que des dizaines de milliers de Palestiniens sont assassinés et que des centaines de milliers d’autres portent leurs linceuls sur l’épaule, la France, fidèle à ses principes d’Etat vassal, courbe un peu plus l’échine, la langue bien pendante, pour satisfaire les ordres de ses maîtres de Tel-Aviv. Se bousculant pour être visibles aux premiers rangs, on a pu assister à un défilé de péripatéticiennes, la bouche en cul de poule et les yeux pleins de compassion avec les assassins d’enfants.
La marche suintait la haine du basané, de sa religion et de ses origines. Elle exhalait une odeur infecte de charognes en chasse brandissant le faux prétexte de l’antisémitisme pour mieux étaler, au grand jour, leur islamophobie, véritable programme politique de la Ve République.
Vingt quatre heures plus tôt, la France célébrait le 11 Novembre, ça sonne un peu comme le 11 Septembre, mais c’est tout comme. Deux dates qui ont redistribué les cartes du monde sur nos fragiles corps en décomposition.
En effet, la Première Guerre mondiale n’a concerné ni de loin ni de près les pays que nous n’étions pas encore. Pire, de territoires ottomans de triste mémoire, les pays arabes sont devenus des territoires occupés par les armées occidentales, d’aussi triste mémoire, perdant au passage la Palestine à tout jamais. Enfin, tant que les Emiratis et les Saoudiens s’engagent à la libérer.
Comme à pareille occasion, on célèbre un peu partout dans le monde, aux abords des cimetières, à côté des tombes muettes, cet armistice en veillant bien à mettre en évidence l’Allemagne, l’ennemi d’hier, le grand perdant de cette guerre de 14-18 comme pour l’humilier un peu plus. Le message est clair : on vous a battus, c’est à nous d’écrire l’histoire.
Et l’histoire, on la connaît, elle a été écrite avec le sang des colonies françaises et anglaises. Le scribe a trempé sa plume dans les veines des soldats maghrébins, africains et indiens pour raconter sa version de la guerre. Nous, on n’existait même pas. On était de l’infanterie, des soldats à pied, les premiers à être fauchés par les mitrailleuses allemandes au sortir des tranchées. Il fallait courir, zigzaguer, se jeter à plat ventre pour ne pas se prendre une bastos, mais ça on ne le faisait pas.
Nous étions droits, la tête haute et le regard altier. Nous ne voulions ramper devant aucun homme, soldat du Kaiser fût-il. Puis, les frères tombaient aussi drus que la pluie à Verdun car nous étions toujours les premiers à être envoyés au casse-pipe. La France, notre patrie d’alors, a mobilisé près de 300.000 frères nord-africains avant d’enrôler, sans leur demander leur avis, les Sénégalais, Maliens, Tchadiens et Centrafricains. Frères de colonies mais aussi de sang et de Coran.
«Mourez pour la France et vous aurez les mêmes droits que les blancs», c’était la devise de Georges Clemenceau et de tous les Clemenceau de France, sauf qu’ils avaient oublié de nous dire qu’il fallait attendre un peu de l’autre côté du rideau, parce que là-bas, les droits n’étaient pas en option.
Ils nous ont menti, menés en bateau sur la Seine pour mieux noyer notre race et on a cru en leurs promesses comme nous le ferons vingt et un ans plus tard. Et pour mieux nous berner, ils ont importé nos tapis de prière jusqu’en France. Et, aujourd’hui, ils osent se demander qui a ramené l’islam sous leur ciel bleu, blanc, rouge.