Drame dans un orphelinat d’Alger: La nuit qui a coûté la vie à 10 enfants

11 personnes sont mortes, dont 10 enfants et une éducatrice de 52 ans, et 19 autres ont été blessées dans l’incendie qui a ravagé, dans la nuit de mercredi à jeudi, l’Établissement de l’enfance assistée de Mohammadia, dans la banlieue est d’Alger — un bilan qui fait de ce sinistre l’une des tragédies institutionnelles les plus lourdes qu’ait connues le pays ces dernières années, survenue, funeste coïncidence, le jour même de la Journée nationale de l’enfance.
Le feu s’est déclaré vers 3h30 du matin dans cet établissement à deux étages de la commune de Mohammadia, daïra d’El Harrach, qui accueille des nourrissons et de jeunes enfants sans famille ou en situation de vulnérabilité, pris en charge par les services de l’État. La Protection civile a été alertée à 3h32 et a immédiatement dépêché des équipes sur place pour maîtriser les flammes qui ravageaient l’établissement.
L’ampleur du sinistre a nécessité un déploiement exceptionnel : 10 camions anti-incendie, 16 ambulances, une équipe spécialisée dans les interventions en zones difficiles d’accès, deux camions équipés d’échelles mécaniques et un renfort de l’Unité nationale de formation et d’intervention ont été mobilisés. Selon la Protection civile, parmi les 19 blessés, 10 souffrent de brûlures de différents degrés, deux de difficultés respiratoires et sept sont dans un état de choc. Cinq enfants à mobilité réduite ont pu être évacués sains et saufs. Le feu a été totalement maîtrisé aux alentours de midi.
Le Premier ministre Sifi Ghrieb, accompagné du ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud, s’était rendu dans la matinée à l’Hôpital des grands brûlés de Zéralda puis au CHU Mustapha-Pacha pour s’enquérir de l’état des blessés. De son côté, le président du Conseil de la nation, Azouz Nasri, avait rendu hommage aux victimes lors de la séance de clôture de la session parlementaire. La ministre de la Solidarité nationale a annoncé des mesures d’accompagnement pour les familles des victimes.
La cause de l’incendie connue
Le Dr Mohamed Bechari, médecin généraliste en chef à l’Hôpital des grands brûlés de Zéralda, a précisé que l’établissement hospitalier avait accueilli 14 blessés, dont six ont été admis pour recevoir des soins et bénéficier d’un suivi médical au sein de l’établissement, parmi lesquels 3 cas au service de réanimation, 2 cas au service de gynécologie et un cas au service de pédiatrie.
Pour sa part, la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a indiqué, hier vendredi dans un communiqué, que « les experts de la police scientifique et les techniciens de la scène de crime de la Sûreté nationale ont conclu que l’origine de l’incendie était une étincelle électrique provenant d’un climatiseur installé dans une chambre du premier étage, résultant du fonctionnement continu de l’appareil, en raison des fortes températures enregistrées », précisant que « l’enquête se poursuit ».
Le drame est survenu alors que l’Algérie traverse une vague de chaleur exceptionnelle, à l’origine de près de 1000 incendies ces derniers jours à travers le pays.
Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’un établissement accueillant des populations vulnérables est frappé par un incendie meurtrier en Algérie. En septembre 2019, huit nourrissons avaient péri dans l’incendie de l’hôpital mère-enfant d’Oued Souf, dans la wilaya d’El Oued, un sinistre déclenché à 3h50 du matin et dont l’enquête avait établi qu’il était dû à un court-circuit survenu sur un appareil anti-moustique. 76 personnes, dont 11 nouveau-nés, avaient alors pu être secourues. La même année, un incendie survenu dans un hôpital psychiatrique près de Tiaret avait également causé la mort de plusieurs patients, suscitant une vive émotion.
La récurrence de ce type de drame — toujours nocturne, toujours dans des structures hébergeant des personnes dépendantes de l’assistance d’autrui — relance inévitablement le débat sur l’état des normes de construction, la maintenance des installations électriques et l’existence de protocoles d’évacuation d’urgence dans les établissements publics algériens accueillant enfants, malades ou personnes âgées.
G. Salima
