Gel des avoirs algériens en France : La réponse cinglante d’Alger à Retailleau

La gestion par la France officielle de ses relations avec l’Algérie a atteint un nouveau seuil de bassesse. Selon une fuite organisée dans le magazine français L’Express, média de propagande gouvernementale, les ministères français de l’Économie (Bercy) et de l’Intérieur (Beauvau) préparent des mesures qui consistent en le gel des avoirs et l’interdiction d’accès aux propriétés de hauts responsables algériens possédant des biens en France.
Cette manœuvre médiatique, présentée comme « une réponse au refus d’Alger de reprendre ses ressortissants sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) », a déclenché une réaction cinglante de l’Agence de presse officielle algérienne (APS), dénonçant une diplomatie française au plus bas. Cette opération médiatique, orchestrée par la place Beauvau, s’inscrit logiquement dans une dégradation historique des relations bilatérales. En réaction, l’APS a formulé un véritable réquisitoire contre l’« amateurisme » et la « duplicité » française. A cet effet, elle a publié, ce jeudi, un commentaire cinglant, assorti d’une charge sans précédent contre les méthodes françaises.
Des fuites « malhabile », une gestion des relations bilatérales « jamais descendue aussi bas », « amateurisme », « manque de sérieux », la terminologie de l’APS est sans pitié avec cette nouvelle affaire. Ce média public rejette radicalement la logique des « menaces » qui ne provoqueraient en Algérie que « du mépris et de l’indifférence ». Elle accuse les responsables français de s’adresser non à « l’Algérie réelle », mais à une « Algérie fantasmée », réduite à des termes méprisants (« régime », « nomenklatura »).
L’APS lance alors un défi : « Chiche. Passez à l’acte ! ». À travers cette réponse, Alger retourne l’accusation : c’est la France qui est la véritable « complice » de la corruption. L’article en question opère un renversement accusatoire majeur, pointant les refus judiciaires français face à 51 demandes algériennes portant sous forme de commissions rogatoires ignorées. L’Algérie affirme avoir saisi la justice française dans le cadre d’enquêtes pour « biens mal acquis », « vols », «dilapidations » ou « corruption »… sans jamais obtenir de réponse. Malgré des demandes formelles pour traquer les détournements de fonds publics, l’Algérie dénonce un mur de silence notamment dans l’affaire Bouchouareb, sans la citer nommément. La France a refusé d’extrader en mars 2025 l’ex-ministre algérien de l’Industrie, pourtant condamné pour corruption en Algérie. « Par de tels manquements, les autorités françaises concernées se désignent elles-mêmes comme complices de toutes ces pratiques et comportements hors la loi.
Les écuries d’Augias
S’il s’agit de nettoyer les écuries d’Augias que la France commence par celles-ci », souligne l’APS qui ajoute que « ces figures […] jouissent de l’hospitalité française depuis des années ».
Paris instrumentalise la thématique de la corruption. Alger riposte en déplaçant le blâme sur la complicité systémique française, soulignant son inaction sur ses propres territoires financiers. L’APS vise explicitement le ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau « qui n’a que l’Algérie pour viatique politique », l’accusant d’exploiter la crise à des fins électorales.
Son rôle sur l’origine de cette fuite dans L’Express est central. Le ministre français de l’Intérieur a été le premier à évoquer publiquement en janvier dernier l’idée de « sanctions patrimoniales contre de hauts responsables algériens ». Dans une interview à ce magasine, il mentionnait des « mesures individuelles visant de hauts responsables algériens » en réponse au refus d’Alger de reprendre ses ressortissants sous OQTF.
Cette fuite s’inscrit dans sa stratégie de diversion médiatique contre Alger. Le gel des avoirs relève conjointement des ministères de l’Intérieur (Beauvau) et de l’Économie (Bercy), dont Retailleau pilote un des volets. Sa posture belliqueuse intervient suite à ses récentes déclarations accusant l’Algérie d’ « agression » et plaidant pour une « réponse graduée ». Voici les indices de son implication directe dans la fuite : Il y a d’abord la proximité médiatique : L’Express est un média auquel Retailleau a accordé des interviews exclusives sur ce sujet, renforçant les liens entre le ministre et la rédaction. Il y a ensuite le timing stratégique : cette fuite survient après l’expulsion mutuelle de diplomates et la suspension de l’accord sur les passeports diplomatiques (16 mai 2025), dans un contexte où Retailleau pousse au pourrissement à des fins électoralistes. L’objectif politique s’inscrit dans sa méthode conforme à la rhétorique de Retailleau qui utilise les médias comme levier pour s’attaquer à l’Algérie pour gagner l’électorat xénophobe et anti-algérien. L’Express cite une «source gouvernementale » anonyme, qui ne pourrait émaner que de Retailleau ou de son cabinet.
Le conseil de l’APS « nettoyer ses écuries d’Augias » résume le cœur du contentieux : sans coopération judiciaire crédible de la France contre la corruption, toute manœuvre perd sa légitimité aux yeux d’Alger.
G. Salima
