{"id":11022,"date":"2024-12-15T18:19:11","date_gmt":"2024-12-15T17:19:11","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=11022"},"modified":"2024-12-15T18:19:11","modified_gmt":"2024-12-15T17:19:11","slug":"les-hopitaux-oublies-doran-des-ruines-memorielles-a-sauvegarder","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=11022","title":{"rendered":"Les h\u00f4pitaux oubli\u00e9s d\u2019Oran:  Des ruines m\u00e9morielles \u00e0 sauvegarder"},"content":{"rendered":"<p>Oran, la deuxi\u00e8me plus grande ville d\u2019Alg\u00e9rie, est aujourd\u2019hui un centre de la culture et de l\u2019\u00e9conomie m\u00e9diterran\u00e9enne. Mais derri\u00e8re ses fa\u00e7ades modernes et son essor urbanistique, la ville garde encore les traces de son pass\u00e9 colonial, notamment \u00e0 travers ses h\u00f4pitaux oubli\u00e9s.<br \/>\nCes institutions de sant\u00e9, n\u00e9es sous la colonisation fran\u00e7aise, t\u00e9moignent de l\u2019histoire complexe de la ville et de ses habitants. Aujourd\u2019hui, ces \u00e9tablissements, souvent laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon ou mal entretenus, sont un h\u00e9ritage oubli\u00e9, porteur d\u2019une m\u00e9moire douloureuse, mais aussi d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9volution du syst\u00e8me de sant\u00e9 alg\u00e9rien.<br \/>\nLes premiers h\u00f4pitaux modernes d&rsquo;Oran ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, dans un contexte colonial marqu\u00e9 par un apartheid sanitaire. Le syst\u00e8me de sant\u00e9 \u00e9tait s\u00e9par\u00e9 entre les colons fran\u00e7ais et les populations alg\u00e9riennes, qui \u00e9taient souvent rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 des structures de sant\u00e9 de moindre qualit\u00e9, voire ignor\u00e9es dans certaines r\u00e9gions. Par exemple, l\u2019h\u00f4pital M\u00e9dical de la Marine, fond\u00e9 en 1835, \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux colons, tandis que les Alg\u00e9riens devaient se contenter de structures plus rudimentaires, souvent situ\u00e9es en p\u00e9riph\u00e9rie de la ville. Ces h\u00f4pitaux \u00e9taient \u00e0 la fois des instruments de domination et de contr\u00f4le, et des symboles de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 structurelle qui traversait la soci\u00e9t\u00e9 coloniale.<br \/>\nL\u2019un des b\u00e2timents les plus repr\u00e9sentatifs de cet h\u00e9ritage est l\u2019H\u00f4pital Civil d&rsquo;Oran, inaugur\u00e9 en 1905. Con\u00e7u dans un style architectural imposant, il servait \u00e0 la fois de centre m\u00e9dical et de lieu de contr\u00f4le social. Bien que sa fonction soit, en th\u00e9orie, de r\u00e9pondre aux besoins de la population, il \u00e9tait avant tout destin\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite coloniale, et son acc\u00e8s \u00e9tait limit\u00e9 pour les Alg\u00e9riens, souvent rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 des soins de moindre qualit\u00e9 dans des \u00e9tablissements plus modestes.<br \/>\nApr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance, ces h\u00f4pitaux coloniaux ont vu leur fonction \u00e9voluer, mais beaucoup ont aussi souffert de l&rsquo;abandon et de la d\u00e9gradation. Les r\u00e9formes sanitaires mises en place ont entra\u00een\u00e9 une red\u00e9finition du syst\u00e8me de sant\u00e9 national, mais beaucoup de ces anciennes institutions sont rest\u00e9es sous-utilis\u00e9es ou n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9es \u00e0 la hauteur de leurs besoins.<br \/>\nL&rsquo;H\u00f4pital Civil d&rsquo;Oran, par exemple, a vu sa fonction se r\u00e9duire au fil des ann\u00e9es. Au lieu de faire l\u2019objet d\u2019une restauration patrimoniale, il est tomb\u00e9 dans un \u00e9tat de d\u00e9labrement avanc\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre compl\u00e8tement ferm\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990. De m\u00eame, l\u2019H\u00f4pital Saint \u00c9loi, autrefois un mod\u00e8le d\u2019infrastructure de sant\u00e9 coloniale, est aujourd\u2019hui en ruines, malgr\u00e9 les promesses de r\u00e9habilitation qui ont \u00e9merg\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Histoire complexe<\/h3>\n<p>Ces \u00abh\u00f4pitaux oubli\u00e9s\u00bb ne sont pas seulement des b\u00e2timents en d\u00e9composition ; ils sont aussi porteurs d\u2019une histoire complexe. Ils sont le t\u00e9moignage d\u2019un syst\u00e8me sanitaire qui, tout en apportant des avanc\u00e9es m\u00e9dicales en termes de technologies et d\u2019infrastructures, a aussi accentu\u00e9 les fractures sociales et raciales entre les colons et les Alg\u00e9riens. A Oran, la m\u00e9moire de cette s\u00e9gr\u00e9gation sanitaire est toujours pr\u00e9sente, m\u00eame si elle est rarement discut\u00e9e publiquement.<br \/>\nMalgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9gradation, certains b\u00e2timents t\u00e9moignent encore d&rsquo;une \u00e9poque o\u00f9 Oran \u00e9tait le centre d\u2019un empire colonial. Par exemple, des d\u00e9tails architecturaux tels que des balcons en fer forg\u00e9, des fresques murales ou des chambres spacieuses t\u00e9moignent d\u2019un certain luxe r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la classe dominante. Toutefois, cette beaut\u00e9 architecturale n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la douleur li\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage colonial. Le traitement des Alg\u00e9riens dans ces h\u00f4pitaux est un souvenir lourd de racisme syst\u00e9mique et d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s profondes.<br \/>\nAujourd\u2019hui, des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour rappeler l\u2019importance de conserver ces institutions en tant que t\u00e9moignages historiques. Certaines associations de d\u00e9fense du patrimoine, comme \u00abOran, Patrimoine et M\u00e9moire\u00bb, militent pour la r\u00e9habilitation de ces h\u00f4pitaux, non seulement pour leur valeur architecturale, mais aussi pour l\u2019importance de pr\u00e9server la m\u00e9moire de cette p\u00e9riode difficile.<br \/>\nCependant, la r\u00e9habilitation de ces b\u00e2timents n\u2019est pas sans poser de questions. Que faire de l&rsquo;h\u00e9ritage colonial lorsque ce dernier est porteur d\u2019une histoire de domination ? Des projets existent, comme celui de transformer certains b\u00e2timents en mus\u00e9es de la m\u00e9moire, une id\u00e9e \u00e0 creuser s\u00e9rieusement.<br \/>\nAujourd\u2019hui, Oran, comme l\u2019ensemble du pays, lutte pour am\u00e9liorer son syst\u00e8me de sant\u00e9. Si la situation s\u2019est am\u00e9lior\u00e9e avec la construction de nouveaux \u00e9tablissements modernes, le pass\u00e9 colonial de la ville laisse encore des cicatrices visibles dans ses infrastructures. La question reste donc ouverte : comment honorer l\u2019h\u00e9ritage des anciens h\u00f4pitaux coloniaux tout en construisant un avenir plus \u00e9galitaire pour la sant\u00e9 publique en Alg\u00e9rie ?<br \/>\nLes \u00abh\u00f4pitaux oubli\u00e9s\u00bb d&rsquo;Oran sont bien plus que de simples b\u00e2timents en ruines. Ils sont un miroir de la complexit\u00e9 de l\u2019histoire de la ville, un symbole de l\u2019\u00e9volution de son syst\u00e8me de sant\u00e9 et un t\u00e9moignage de la n\u00e9cessit\u00e9 de concilier m\u00e9moire et r\u00e9formes modernes. Leur r\u00e9habilitation, tant sur le plan physique qu&rsquo;historique, pourrait offrir \u00e0 la ville une opportunit\u00e9 unique de surmonter ses h\u00e9ritages coloniaux et de b\u00e2tir un avenir plus inclusif et juste.<br \/>\n<strong>O.A Nadir<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oran, la deuxi\u00e8me plus grande ville d\u2019Alg\u00e9rie, est aujourd\u2019hui un centre de la culture et de l\u2019\u00e9conomie m\u00e9diterran\u00e9enne. Mais derri\u00e8re ses fa\u00e7ades modernes et son essor urbanistique, la ville garde encore les traces de son pass\u00e9 colonial, notamment \u00e0 travers ses h\u00f4pitaux oubli\u00e9s. Ces institutions de sant\u00e9, n\u00e9es sous la colonisation fran\u00e7aise, t\u00e9moignent de l\u2019histoire &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":11023,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[],"class_list":["post-11022","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-a-la-une","category-oran"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11022","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11022"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11022\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11024,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11022\/revisions\/11024"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11023"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11022"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11022"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11022"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}