{"id":14328,"date":"2025-06-09T19:37:21","date_gmt":"2025-06-09T18:37:21","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=14328"},"modified":"2025-06-09T20:08:38","modified_gmt":"2025-06-09T19:08:38","slug":"trafic-de-drogue-le-silence-des-victimes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=14328","title":{"rendered":"Trafic de drogue : Le silence des victimes"},"content":{"rendered":"<p>Il flotte un silence \u00e9trange dans les ruelles d\u2019Oran, dans les faubourgs de Blida, les art\u00e8res br\u00fblantes de Batna, les venelles poussi\u00e9reuses de Relizane. Ce n\u2019est pas le silence de la paix, non. C\u2019est celui, pesant, d\u2019une jeunesse qui s\u2019\u00e9teint doucement. Une jeunesse qui glisse hors du cadre, happ\u00e9e par de petites pilules sucr\u00e9es, aux noms qui sonnent comme celles des confiseries : Dobel Sinyatour, Qaws Qozah, Pinki, Rainbow. Pastels \u00e0 l\u2019\u0153il, poisons pour l\u2019\u00e2me.<br \/>\nOran, jadis sir\u00e8ne de lumi\u00e8re, muse des po\u00e8tes et capitale du ra\u00ef, vacille. Dans ses quartiers autrefois pleins de rires \u2013 Yaghmoracen, Derb, El Hamri \u2013 les regards se vident, les corps se tra\u00eenent, les m\u00e2choires se figent. Les \u00e9coles regardent ailleurs. Les familles se taisent, honteuses ou perdues. Au CHU d\u2019Oran, les blouses blanches murmurent des r\u00e9cits d\u2019horreur : des ados \u00e9vanouis dans des comas toxiques, victimes de m\u00e9langes funestes \u2013 psychotropes et alcool frelat\u00e9. \u00c0 Es-Seddikia, la cellule d\u2019\u00e9coute de l\u2019association Nass El Kheir a enregistr\u00e9 une hausse de 23 % des appels li\u00e9s \u00e0 la drogue dans les lyc\u00e9es entre 2023 et 2024. Ce n\u2019est plus une alerte. C\u2019est un signal de d\u00e9tresse.<br \/>\nLes chiffres, eux, parlent avec la froideur des cimeti\u00e8res. 8,5 tonnes de kif, 570 kilos de coca\u00efne, pr\u00e8s de 11 millions de comprim\u00e9s psychotropes saisis en 2024 sur l\u2019ensemble du territoire. \u00c0 Oran seulement, durant le troisi\u00e8me trimestre, 407 000 comprim\u00e9s intercept\u00e9s, 3,5 kilos de coca\u00efne et dix arrestations. C\u2019est la Direction r\u00e9gionale des Douanes qui le dit.<br \/>\nMais derri\u00e8re chaque statistique, il y a des mains, des visages, des itin\u00e9raires bris\u00e9s. Faouzi Moualek, commissaire divisionnaire \u00e0 la police judiciaire, tire le voile : 90 % des psychotropes saisis en Alg\u00e9rie viennent de Libye, souvent fabriqu\u00e9s clandestinement en Inde, avant de traverser le Niger pour atteindre nos poches. Une route mortelle. Et les dealers d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019usent plus de ruelles sombres. Ils se connectent. Les r\u00e9seaux sociaux \u2013 Instagram, Snapchat \u2013 sont devenus des supermarch\u00e9s de la came, au vu et au su de tous.<br \/>\nCe sont des vies qu\u2019on broie. Des gamins de 16 ans, perdus, arrach\u00e9s \u00e0 leur famille, \u00e0 leur avenir. Nadia, m\u00e8re oranaise, livre son cauchemar : \u00ab Mon fils a commenc\u00e9 avec une pilule offerte par un ami. Aujourd\u2019hui, il ne parle plus. Il ne mange plus. Il est ailleurs \u00bb.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Un pseudonyme discret, un hashtag maquill\u00e9\u2026<\/h3>\n<p style=\"text-align: left;\">Alors, l\u2019\u00c9tat se r\u00e9veille. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Abdelmadjid Tebboune, d\u00e9nonce une \u00ab guerre invisible contre la jeunesse \u00bb. Le g\u00e9n\u00e9ral Sa\u00efd Chenagriha promet de traquer les barons de la drogue, sans tr\u00eave. Le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, \u00e9voque m\u00eame le retour de la peine de mort pour les trafiquants. Mais peut-on vraiment \u00e9teindre un incendie avec la seule r\u00e9pression ?<br \/>\nLe docteur Karim B., psychiatre engag\u00e9, insiste : \u00ab Il nous faut des centres, de vrais lieux de d\u00e9sintoxication. Il faut des campagnes de sensibilisation. Des espaces de vie pour les jeunes\u00bb. Lui, comme d\u2019autres, sait que la guerre ne se gagnera pas avec des matraques, mais avec de l\u2019\u00e9coute, de l\u2019\u00e9ducation, du sens.<br \/>\n\u00c0 Oran, des poches de r\u00e9sistance civile se dressent. Des associations comme El Amel pour la Jeunesse, Nass El Kheir, El Hayat Addidaniya. Elles bricolent l\u2019espoir, organisent des ateliers de th\u00e9\u00e2tre-th\u00e9rapie, accueillent les jeunes caboss\u00e9s. En mars 2024, au Centre Pierre Claverie, un forum sur la toxicomanie a r\u00e9uni \u00e9ducateurs et soignants. Tous d\u00e9noncent l\u2019absence criante de structures publiques, en dehors des h\u00f4pitaux psychiatriques \u2013 trop lourds, trop stigmatisant.<br \/>\nEt partout, encore, les \u00e9crans. L\u2019autre guerre se joue l\u00e0, dans le creux des pouces. Instagram, TikTok, Snapchat : un pseudonyme discret, un hashtag maquill\u00e9, et voil\u00e0 la drogue livr\u00e9e comme une pizza. En f\u00e9vrier 2024, \u00e0 Tiaret, la Gendarmerie a d\u00e9mantel\u00e9 un r\u00e9seau de vente en ligne \u2013 g\u00e9r\u00e9 par des mineurs, via TikTok. Un adolescent oranais, sous anonymat, nous confie : \u00ab J\u2019ai tout trouv\u00e9 sur Insta. Le tarif, le point de rencontre. Je payais en crypto ou en recharge t\u00e9l\u00e9phonique. C\u2019\u00e9tait simple, trop simple. \u00bb<br \/>\nIl est minuit moins une, et les pilules color\u00e9es continuent de faire tomber des vies. Il ne suffit plus de punir. Il faut pr\u00e9venir. Il faut aimer. Il faut reconstruire. Car si l\u2019on d\u00e9tourne encore le regard, si l\u2019on continue de maquiller les chiffres et de fermer les classes, ce n\u2019est pas seulement une jeunesse qu\u2019on perd. C\u2019est tout un avenir qu\u2019on assassine.<br \/>\n<strong>O.A. Nadir<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il flotte un silence \u00e9trange dans les ruelles d\u2019Oran, dans les faubourgs de Blida, les art\u00e8res br\u00fblantes de Batna, les venelles poussi\u00e9reuses de Relizane. Ce n\u2019est pas le silence de la paix, non. C\u2019est celui, pesant, d\u2019une jeunesse qui s\u2019\u00e9teint doucement. 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