{"id":14371,"date":"2025-06-11T18:49:06","date_gmt":"2025-06-11T17:49:06","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=14371"},"modified":"2025-06-11T18:49:06","modified_gmt":"2025-06-11T17:49:06","slug":"cafe-litteraire-beloran-peut-il-penser-dans-la-faille-du-sujet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=14371","title":{"rendered":"Caf\u00e9 litt\u00e9raire : Bel\u2019Oran peut-il penser dans la faille du sujet ?"},"content":{"rendered":"<p>Le caf\u00e9 culturel enracine sa raison d\u2019\u00eatre dans la dynamique des \u00e9changes, qui permet de donner sens au d\u00e9bat dans une structure sociale peinant \u00e0 faire \u00e9clore un esprit critique.<br \/>\nDans cette d\u00e9marche balbutiante, qui allie un tant soit peu l\u2019action \u00e0 la r\u00e9flexion, la phrase \u00e9clair\u00e9e de Gramsci, souvent cit\u00e9e par la fondatrice de l\u2019action Bel\u2019Oran, tente d\u2019articuler \u00ab\u00a0le pessimisme de la raison \u00e0 l\u2019optimisme de la volont\u00e9\u00a0\u00bb. Et pour ne pas figer cette citation dans le creuset des slogans, je voudrais renforcer la r\u00e9flexivit\u00e9 gramscienne par sa d\u00e9finition de la culture comme zone de conflit et de pouvoir, d\u00e9terminante dans la reproduction ou \u00ab\u00a0la subversion des rapports sociaux.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00a0\u00bb Ce d\u00e9placement est n\u00e9cessaire pour questionner, voire subvertir, l\u2019action culturelle elle-m\u00eame, afin d\u2019en d\u00e9gager le conatus, au sens de Spinoza : cette force d\u2019exister qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019inertie sociale.<br \/>\nConflictualiser le d\u00e9bat permet \u00e0 la culture de se comprendre comme une \u00e9laboration de la sexualit\u00e9 psychique, autrement dit comme une structure subjective n\u00e9e du refoulement, qui met en jeu et en valeur la division du sujet.<br \/>\nC\u2019est dans la magnificence de cette dynamique que je pourrai saisir l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de cette alt\u00e9rit\u00e9, qui ne \u00ab\u00a0d\u00e9gouline\u00a0\u00bb pas de bons sentiments ni de messages humanistes attendus. Dans cette optique, cet agir \u00e9mancipateur, au demeurant balbutiant, tente de subjectiver, voire de faire sortir la pens\u00e9e de l\u2019orni\u00e8re o\u00f9 elle est dogmatis\u00e9e.<br \/>\nOn le voit avec la question de la langue maternelle, trop souvent maintenue, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, dans les langes d\u2019une logique conservatrice qui spolie la subjectivit\u00e9, et de l\u2019autre, dans un modernisme qui se compla\u00eet dans la nasse de l\u2019id\u00e9ologie neuronale : on s\u2019arc-boute au cerveau pour ne pas se heurter \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 du dire alors que seule une rationalit\u00e9 psychique peut nous permettre de penser contre le cerveau puisque, comme le rappelle G\u00e9rard Pommier, le cerveau n\u2019est qu\u2019un outil, et c\u2019est l\u2019homme qui sculpte son cerveau par le biais du langage. Et ce langage, loin d\u2019\u00eatre un simple code, est pour G. Pommier une \u00ab mise en acte du d\u00e9sir \u00bb, un lieu de subjectivation, d\u2019ouverture \u00e0 l\u2019inconscient et de conflit int\u00e9rieur.<br \/>\nC\u2019est dans cette configuration que des sociologues et linguistes tentent d\u2019appr\u00e9hender la question de la langue maternelle pour subvertir la logique qui consiste \u00e0 l\u2019enliser uniquement dans le dialectal, comme le soulignait Rabah Sebaa, ou bien \u00e0 la dissoudre dans une politique de glottopocide, telle que d\u00e9crite par Abdou Elimam. \u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019analyse du linguiste Douari, qui sera l\u2019invit\u00e9 du caf\u00e9 Bel\u2019Oran, le samedi 14 juin pour animer une conf\u00e9rence \u00e0 ce sujet.<br \/>\nDans cette modeste contribution, je souhaiterais rester dans cette veine critique, mais aussi aller en profondeur dans la subversion, en limitant les d\u00e9g\u00e2ts de \u00ab l\u2019impuissancialisme \u00bb que charrie le d\u00e9terminisme biologique, qui nous heurte \u00e0 une forme de spoliation subjective.<br \/>\n\u00c0 mon sens, et apr\u00e8s quelques \u00e9changes avec diff\u00e9rents interlocuteurs, il me para\u00eet opportun de d\u00e9boulonner les acc\u00e8s au cerveau, qui forment \u00e0 leur tour un totalitarisme vain. En cela, je rejoins la critique de Cornelius Castoriadis : \u00ab Ce que le cerveau produit, il ne le sait pas. Et ce que nous pensons, ce n\u2019est pas le cerveau qui le pense. \u00bb<br \/>\nCe n\u2019est qu\u2019en repla\u00e7ant le sujet dans le langage, dans la faille du symbolique, que la culture peut redevenir un champ de \u00ab\u00a0transformation r\u00e9elle\u00a0\u00bb non pas une vitrine, mais un terrain de luttes subjectives. En cela, je dirai avec Lacan que l\u2019expression \u00ab \u00eatres parlants \u00bb d\u00e9signe une d\u00e9pendance d\u00e9finitive et irr\u00e9versible au langage, une ali\u00e9nation fondatrice. Le langage, en instaurant un Autre, \u00ab\u00a0introduit une alt\u00e9rit\u00e9 au c\u0153ur du sujet, qui devient d\u00e8s lors partiellement \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame \u00ab\u00a0. Cette structure, que Lacan nomme \u00ab ordre symbolique \u00bb, surd\u00e9termine le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral et biologique, et rend possible toutes les constructions culturelles imaginables. Le langage permet de nommer les choses ; c\u2019est par cette nomination que l\u2019on entre dans la connaissance, laquelle peut \u00e0 son tour produire de nouvelles nominations. Mais la nature essentielle des choses nous \u00e9chappe toujours. \u00ab\u00a0C\u2019est cet \u00e9chappement qui constitue le moteur de la v\u00e9ritable science,\u00a0\u00bb celle qui ne pr\u00e9tend jamais combler l\u2019\u00e9cart entre nomination et cognition. Lacan l\u2019a nomm\u00e9e le r\u00e9el : la dimension de l\u2019impossible.<br \/>\nLes pseudosciences, elles, balayent cette impossibilit\u00e9 en r\u00e9duisant le langage \u00e0 des th\u00e9ories binaires, comme le font les partisans des neurosciences, pour qui le langage rel\u00e8verait du biologique et la langue du social. Cette conception est, \u00e0 mon sens, profond\u00e9ment r\u00e9actionnaire. Car la parole, quant \u00e0 elle, met en acte le langage et sa structure : parler, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 agir, c\u2019est affecter, produire du lien, et inscrire du sujet dans le monde.<br \/>\nEnfin, cet engouement r\u00e9flexif devra nous permettre de d\u00e9passer le souffle proph\u00e9tique de la nomination de la langue alg\u00e9rienne par cette alt\u00e9rit\u00e9 au sens de Canguilhem, pour la mettre en symbiose avec la rationalit\u00e9 psychique, en d\u00e9gageant la \u00ab haine de l\u2019inconscient \u00bb.<br \/>\nDans cette optique, la faille subjective pourra se concr\u00e9tiser dans le caf\u00e9 Bel\u2019Oran comme une \u00abcr\u00e9ativit\u00e9 qui fait porter en soi un chaos pour mettre une \u00e9toile dansante \u00ab\u00a0, Nietzsche.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le caf\u00e9 culturel enracine sa raison d\u2019\u00eatre dans la dynamique des \u00e9changes, qui permet de donner sens au d\u00e9bat dans une structure sociale peinant \u00e0 faire \u00e9clore un esprit critique. 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