{"id":14679,"date":"2025-06-25T18:24:29","date_gmt":"2025-06-25T17:24:29","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=14679"},"modified":"2025-06-25T18:24:29","modified_gmt":"2025-06-25T17:24:29","slug":"hommage-a-mohamed-shaba-la-poesie-cette-voix-de-linteriorite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=14679","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Mohamed Shaba  : La po\u00e9sie, cette voix de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Lundi dernier, la Maison Po\u00e9tique, en partenariat avec le Caf\u00e9 Bel Oran, a rendu hommage au po\u00e8te Mohamed Shaba lors d\u2019une soir\u00e9e litt\u00e9raire dense, habit\u00e9e, travers\u00e9e par la parole vive.<\/p>\n<p>Autour de son \u0153uvre, \u00e9crivains, chercheurs et psychologue ont crois\u00e9 leurs regards pour \u00e9clairer une po\u00e9sie o\u00f9 l\u2019imaginaire social rencontre la question du sujet.<br \/>\nL\u2019\u00e9crivain Benziane a ouvert la rencontre en saluant une \u0153uvre affranchie des querelles identitaires. Pour lui, Mohamed Shaba a refus\u00e9 les clivages st\u00e9riles entre francophonie et arabophonie. \u00ab\u00a0Il a d\u00e9pass\u00e9 les assignations linguistiques \u00ab\u00a0pour inscrire sa langue dans un geste d\u2019\u00e9mancipation, a-t-il d\u00e9clar\u00e9. Chez lui, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ne s\u2019impose pas de l\u2019ext\u00e9rieur, elle surgit de la langue elle-m\u00eame, dans sa puissance \u00e0 creuser l\u2019\u00e9nigme du monde.Enseignant-chercheur et traducteur, Mouloud Hakim a ensuite propos\u00e9 une lecture inspir\u00e9e, \u00e9voquant une \u00ab pulsion dionysiaque \u00bb qui innerve l\u2019\u00e9criture du po\u00e8te.<br \/>\nUne langue libre, insoumise, \u00e9chappant aux carcans stylistiques pour inventer ses propres formes par une cr\u00e9olisation conqu\u00e9rante, o\u00f9 les langues se rencontrent, se traversent, s\u2019inventent.La parole s\u2019est ensuite dirig\u00e9e vers une psychologue qui a interrog\u00e9 l\u2019\u0153uvre sous l\u2019angle psychanalytique. S\u2019appuyant sur les notions de sublimation et de vacillement du moi, elle a soulign\u00e9 combien l\u2019\u00e9criture de Shaba permettait au sujet d\u2019advenir. \u00ab L\u00e0 o\u00f9 \u00ab\u00a0le moi fl\u00e9chit\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9criture ouvre une dimension psychique profonde \u00bb, a-t-elle expliqu\u00e9, \u00e9voquant une langue \u00e0 la fois th\u00e9rapeutique et subversive.Enfin, l\u2019\u00e9crivaine Bouabssi est venue inscrire son propre geste d\u2019\u00e9criture dans le sillage de cette \u0153uvre. Pour elle, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas un motif, mais une condition fondatrice. \u00ab \u00c9crire, c\u2019est se transformer et transformer le monde \u00bb, a-t-elle affirm\u00e9. Loin de tout esth\u00e9tisme, l\u2019acte d\u2019\u00e9crire devient ici puissance d\u2019agir et prise de conscience Plus qu\u2019un hommage, cette soir\u00e9e fut l\u2019affirmation d\u2019une po\u00e9sie vivante, incarn\u00e9e, ancr\u00e9e dans l\u2019histoire des subjectivations. Une mani\u00e8re de rappeler, en creux, que le po\u00e8me reste l\u2019un des rares lieux o\u00f9 la parole ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l\u2019information, mais s\u2019ouvre \u00e0 une \u00a0\u00bb \u00e9thique de la contingence \u2018\u2019.<br \/>\nOutre la dimension de la rencontre po\u00e9tique, qui rend l\u2019\u00e9change convivial \u00e0 travers le cri de Rimbaud \u00ab Je est un autre \u00bb, je crois que l\u2019effet \u00e9clairant du dire po\u00e9tique devrait aujourd\u2019hui s\u2019intensifier, se conscientiser davantage dans ce corps qui discord, ce corps que la langue travaille, que la langue au sens lacanien vient suppl\u00e9er, l\u00e0 o\u00f9 le sens chancelle.<br \/>\nCar ce corps, travers\u00e9 de divisions, ne peut \u00eatre abord\u00e9 sans affronter la subjectivit\u00e9, sans pointer ce d\u00e9faut du rapport sexuel tel que Lacan l\u2019\u00e9nonce qui pr\u00e9cis\u00e9ment soutient la consistance du dire po\u00e9tique. Tenter de forclore cette dimension, c\u2019est \u00e0 notre insu cadenasser la singularit\u00e9, la r\u00e9duire \u00e0 une illusion d\u2019unit\u00e9, alors qu\u2019elle vacille au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9.<br \/>\nDans cette d\u00e9ambulation po\u00e9tique, une question ne cesse de me hanter : pourquoi, \u00e0 chaque lecture, la faille du sujet s\u2019\u00e9clipse-t-elle, comme si la po\u00e9sie \u00e9tait convoqu\u00e9e pour masquer l\u2019ab\u00eeme, au profit d\u2019une ma\u00eetrise suppos\u00e9e, d\u2019un savoir totalisant ?<br \/>\nMais la po\u00e9sie, justement, ne se consume pas dans la beaut\u00e9 du verbe. Elle ne se r\u00e9duit pas \u00e0 l\u2019ornement. Elle br\u00fble \u00ab\u00a0d\u2019un lyrisme incandescent\u00a0\u00bb, l\u00e0 o\u00f9 le sujet vacille, l\u00e0 o\u00f9 le langage tr\u00e9buche sur ce qu\u2019il ne peut dire. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side sa force : dans l\u2019\u00e9clat d\u2019un dire qui ne s\u2019ach\u00e8ve pas, qui ne comble pas, mais qui, en se tenant au bord du gouffre, nous rend \u00e0 notre propre \u00ab\u00a0incompl\u00e9tude et \u00e0 notre d\u00e9sir\u00a0\u00bb.<br \/>\n<strong>Hadj Adnan Mouri<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi dernier, la Maison Po\u00e9tique, en partenariat avec le Caf\u00e9 Bel Oran, a rendu hommage au po\u00e8te Mohamed Shaba lors d\u2019une soir\u00e9e litt\u00e9raire dense, habit\u00e9e, travers\u00e9e par la parole vive. Autour de son \u0153uvre, \u00e9crivains, chercheurs et psychologue ont crois\u00e9 leurs regards pour \u00e9clairer une po\u00e9sie o\u00f9 l\u2019imaginaire social rencontre la question du sujet. 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