{"id":14756,"date":"2025-06-29T19:04:10","date_gmt":"2025-06-29T18:04:10","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=14756"},"modified":"2025-06-29T19:04:10","modified_gmt":"2025-06-29T18:04:10","slug":"laps-de-temps-le-recit-du-surgissement-de-soi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=14756","title":{"rendered":"Laps de temps  : Le r\u00e9cit du surgissement de soi"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 la Maison Po\u00e9tique, mardi dernier, les \u00e9changes ont gagn\u00e9 en densit\u00e9 et en intensit\u00e9 autour d\u2019un moment rare et chaleureux : une rencontre avec l\u2019\u00e9crivain Khaled Boudaoui, venu pr\u00e9senter son dernier r\u00e9cit, Laps de temps.<\/p>\n<p>Un texte qui, au-del\u00e0 du simple t\u00e9moignage de la maladie, explore en profondeur ce que signifie \u00e9crire depuis un corps travers\u00e9 par \u00ab l\u2019\u00e9preuve \u00bb, revenir \u00e0 soi dans un moment suspendu, faire du langage un \u00ab abri contre le chaos \u00bb. Dans cette perspective, on pourrait dire que l\u2019\u00e9criture, depuis toujours, affronte l\u2019\u00e9nigme humaine en r\u00e9v\u00e9lant le sympt\u00f4me du sujet.<br \/>\nCette phrase pourrait ouvrir Laps de temps, tant ce r\u00e9cit semble faire de l\u2019\u00e9criture non une catharsis, mais un\u00a0\u00bb travail subjectif de narration\u00a0\u00bb. Le sympt\u00f4me, ici agit comme une encre manquante, ce qui fait d\u00e9faut dans le corps se reforme \u00ab\u00a0dans la langue.\u00a0\u00bb C\u2019est cette part absente, cette lacune qui ouvre un espace pour dire autrement, pour m\u00e9tamorphoser le v\u00e9cu, pour transformer la blessure en rythme, en forme.<br \/>\nCette densit\u00e9 ne fait pas dispara\u00eetre la plaie de la maladie. Elle ne soigne pas au sens m\u00e9dical, mais donne forme au \u00ab chaos int\u00e9rieur \u00bb. En faisant de la maladie un lien de parole, l\u2019\u00e9criture permet de \u00ab d\u00e9jouer l\u2019affection dans son \u00eatre-au-monde \u00bb. Elle r\u00e9inscrit le sujet dans un r\u00e9cit, en recousant le \u00ab fil fragile du sens \u00bbpar un travail symbolique, vital autant qu\u2019intime.<br \/>\nDans cette optique, le champ de la r\u00e9silience se concentre sur le \u00ab je \u00bb log\u00e9 dans une \u00ab chair vacillante \u00bb. C\u2019est dans cette configuration que l\u2019\u00e9crivain a partag\u00e9, avec pudeur et lucidit\u00e9, ses r\u00e9ponses aux questions d\u2019un public attentif. Chacun ressentait que ce r\u00e9cit n\u2019\u00e9tait pas une r\u00e9ponse \u00e0 la maladie, mais un chemin de r\u00e9sistance, o\u00f9 gymnastique mentale et exercice physique se sont accord\u00e9s au travail d\u2019\u00e9criture.<br \/>\n\u00c0 la lumi\u00e8re de Georges Canguilhem, on comprend que le sympt\u00f4me ne se r\u00e9duit pas \u00e0 \u00ab un signal objectif \u00bb, comme le suppose trop souvent la m\u00e9decine. Il tisse un lien avec une exp\u00e9rience v\u00e9cue du d\u00e9r\u00e8glement, il fait sens pour le sujet, et c\u2019est en cela qu\u2019il doit \u00eatre \u00e9cout\u00e9 comme une parole, et non comme un simple dysfonctionnement.<br \/>\nAinsi, l\u2019\u00e9criture devient \u00ab un organe de survie \u00bb. Elle r\u00e9organise ce que la maladie a d\u00e9sorganis\u00e9. Comme l\u2019\u00e9crivait Canguilhem : \u00ab \u00catre malade, ce n\u2019est pas \u00eatre priv\u00e9 de normes, mais vivre sous une autre norme \u00bb. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Laps de temps met en sc\u00e8ne : \u00ab la fabrique d\u2019une normativit\u00e9 \u00bb nouvelle, o\u00f9 le sujet, travers\u00e9 par la maladie, ne s\u2019efface pas, mais s\u2019invente \u00e0 nouveau dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un dire.<br \/>\nCar la d\u00e9r\u00e9liction li\u00e9e au cancer n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Elle a trouv\u00e9 en elle \u00ab un soin \u00e9thique \u00bb, un espace d\u2019invention o\u00f9 \u00ab le langage fait corps avec le trouble \u00bb, non pour le nier, mais pour le transformer en forme vivable. Ce soin n\u2019est pas m\u00e9dical, mais existentiel : un geste de r\u00e9sistance po\u00e9tique, un acte fragile, mais tenace, de vie.<br \/>\n\u00c0 l\u2019image du champ po\u00e9tique de Brel, l\u2019\u00e9criture de Khaled Boudaoui s\u2019est \u00ab cr\u00e9olis\u00e9e \u00bb m\u00eal\u00e9e, brass\u00e9e, travers\u00e9e par le chemin de lutte. Elle d\u00e9joue la fl\u00e8che du fatalisme, non en l\u2019annulant, mais en la d\u00e9tournant.<br \/>\nEt l\u2019on pourrait dire, en fin de compte, que ce laps de temps suspendu au seuil de sa vie est ce que la maladie a fait advenir : par le un surgissement de soi, dans et par langage.<br \/>\n<strong>Adnan Hadj Mouri<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la Maison Po\u00e9tique, mardi dernier, les \u00e9changes ont gagn\u00e9 en densit\u00e9 et en intensit\u00e9 autour d\u2019un moment rare et chaleureux : une rencontre avec l\u2019\u00e9crivain Khaled Boudaoui, venu pr\u00e9senter son dernier r\u00e9cit, Laps de temps. 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