{"id":15492,"date":"2025-08-08T18:12:31","date_gmt":"2025-08-08T17:12:31","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=15492"},"modified":"2025-08-08T18:12:31","modified_gmt":"2025-08-08T17:12:31","slug":"ce-que-jen-pense-oran-na-jamais-eu-besoin-de-tout-ca","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=15492","title":{"rendered":"Ce que j&rsquo;en pense: Oran n\u2019a jamais eu besoin de tout \u00e7a !"},"content":{"rendered":"<p><em>Le soleil ricoche sur les vitrines comme un vieux disque ray\u00e9 qu\u2019on ne change jamais. Les rideaux m\u00e9talliques s\u2019ouvrent en grin\u00e7ant, laissant place \u00e0 des n\u00e9ons criards, \u00e0 des mannequins sans \u00e2me et \u00e0 mille objets qu\u2019on ne d\u00e9sirait pas hier mais qu\u2019on nous persuade de convoiter aujourd\u2019hui.<\/em><br \/>\n<em>Il y a vingt ans, dans les ruelles de Delmonte ou de M\u2019dina J\u2019dida, on vivait de peu. Un pain chaud sous le bras, une poign\u00e9e de tomates du march\u00e9, un vieux transistor qui crachait du Ra\u00ef et les voix cass\u00e9es du journal de 20h. L\u2019essentiel, rien de plus.<\/em><br \/>\n<em>Aujourd\u2019hui, \u00e0 Akid Lotfi, chaque coin de rue est un temple \u00e0 la gloire de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Des enseignes qui vendent la m\u00eame robe en six couleurs, des sacs en plastique nomm\u00e9s \u201cexclusivit\u00e9\u201d et des promesses cousues de fils invisibles : sois belle, sois branch\u00e9, sois en manque. Toujours.<\/em><br \/>\n<em>Mais qui a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il nous fallait tout \u00e7a ?<\/em><br \/>\n<em>Une paire de baskets qui change selon l\u2019algorithme d\u2019un influenceur du Golfe, des montres connect\u00e9es qu\u2019on ne consulte m\u00eame plus, des produits de beaut\u00e9 fabriqu\u00e9s \u00e0 6.000 kilom\u00e8tres qui pr\u00e9tendent cacher nos rides et gommer nos fatigues.<\/em><br \/>\n<em>Et toujours cette injonction muette : \u00ab\u00a0Ach\u00e8te, donc tu existes.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\n<em>Les enfants d\u2019Oran naissent d\u00e9sormais avec un feed Instagram greff\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2me. A treize ans, ils r\u00eavent de sneakers rares, non de voyages int\u00e9rieurs. Le parfum du pain chaud a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 celui des centres commerciaux climatis\u00e9s o\u00f9 l\u2019on fl\u00e2ne comme dans un r\u00eave sous tranquillisants.<\/em><br \/>\n<em>Les anciens s\u2019assoient encore sur les marches, \u00e0 Maraval ou \u00e0 Planteurs, se demandant en silence pourquoi la jeunesse court sans savoir o\u00f9. Ils parlent peu, comme s\u2019ils savaient que leurs mots ne p\u00e8sent plus dans la balance de la modernit\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>Un vieil homme d&rsquo;Akid Lotfi m\u2019a dit l\u2019autre jour, en regardant les vitrines \u00e9clair\u00e9es m\u00eame \u00e0 midi : \u00ab\u00a0Avant, une boutique, c\u2019\u00e9tait pour servir. Aujourd\u2019hui, c\u2019est pour s\u00e9duire.\u00a0\u00bb Et il a d\u00e9tourn\u00e9 le regard, comme s\u2019il avait honte pour nous tous.<\/em><br \/>\n<em>L\u2019islam sunnite, dans sa sagesse ancienne, a toujours mis en garde contre l\u2019exc\u00e8s, l\u2019ostentation et la course au superflu. Le Proph\u00e8te Mohammed (paix et b\u00e9n\u00e9dictions sur lui) vivait simplement, dormait sur une natte et portait des habits modestes. Il disait : \u00ab\u00a0Ce qui est peu mais suffisant vaut mieux que ce qui est abondant mais distrayant.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\n<em>La consommation effr\u00e9n\u00e9e, lorsqu\u2019elle devient but de vie, \u00e9loigne l\u2019homme de sa spiritualit\u00e9, l\u2019enracine dans le terrestre et le vide du c\u00e9leste. Le Coran ne nous exhorte-t-il pas \u00e0 ne pas gaspiller, \u00e0 ne pas suivre ceux que l\u2019abondance rend aveugles ? Et pourtant, ici, \u00e0 Oran, on vend m\u00eame ce dont l\u2019\u00e2me ne veut pas, mais que l\u2019\u0153il convoite.<\/em><br \/>\n<em>On nous bombarde de publicit\u00e9s, sur nos \u00e9crans, nos murs, nos r\u00eaves. La soci\u00e9t\u00e9 de consommation n\u2019a pas simplement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 nos foyers : elle a colonis\u00e9 nos d\u00e9sirs. Ce n\u2019est plus ce dont on a besoin qu\u2019on cherche, c\u2019est ce dont on pense qu\u2019on manque.<\/em><br \/>\n<em>Et dans cette confusion entretenue, chaque boutique devient un mirage.<\/em><br \/>\n<em>Oran n\u2019est pas Duba\u00ef. Elle n\u2019a pas besoin de ressembler \u00e0 un centre commercial \u00e0 ciel ouvert. Elle a besoin de m\u00e9moire, de modestie, de cette tendresse rustique qu\u2019on trouvait autrefois entre un caf\u00e9 noir au comptoir et une discussion sur le prix du poisson.<\/em><br \/>\n<em>Les rues pleines ne veulent pas dire bonheur.<\/em><br \/>\n<em>Les sacs pleins ne veulent pas dire avenir.<\/em><br \/>\n<em>Et les c\u0153urs vides ? Qui s\u2019en occupe ?<\/em><br \/>\n<em>Demain, peut-\u00eatre, quand les rideaux se refermeront sur ces vitrines trop pleines et ces envies fabriqu\u00e9es, il restera une question suspendue dans l\u2019air chaud d\u2019Oran : \u00ab\u00a0De quoi avions-nous vraiment besoin ?\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\n<em>Peut-\u00eatre\u2026 d\u2019un peu moins.<\/em><br \/>\n<em>Peut-\u00eatre\u2026 de quelque chose de vrai.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le soleil ricoche sur les vitrines comme un vieux disque ray\u00e9 qu\u2019on ne change jamais. Les rideaux m\u00e9talliques s\u2019ouvrent en grin\u00e7ant, laissant place \u00e0 des n\u00e9ons criards, \u00e0 des mannequins sans \u00e2me et \u00e0 mille objets qu\u2019on ne d\u00e9sirait pas hier mais qu\u2019on nous persuade de convoiter aujourd\u2019hui. Il y a vingt ans, dans les &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-15492","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chronique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15492","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15492"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15492\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15493,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15492\/revisions\/15493"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15492"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15492"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15492"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}