{"id":15963,"date":"2025-08-30T18:45:41","date_gmt":"2025-08-30T17:45:41","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=15963"},"modified":"2025-08-30T18:45:41","modified_gmt":"2025-08-30T17:45:41","slug":"quand-dallas-a-marque-limaginaire-algerien-le-phenomene-pamela","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=15963","title":{"rendered":"Quand Dallas a marqu\u00e9 l\u2019imaginaire alg\u00e9rien : \u00ab Le ph\u00e9nom\u00e8ne Pamela \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Dans l\u2019Alg\u00e9rie des ann\u00e9es 1980, min\u00e9e par les p\u00e9nuries et les tensions sociales, un rendez-vous t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 f\u00e9d\u00e9rait des millions de foyers : Dallas. Ce feuilleton am\u00e9ricain, diffus\u00e9 sur la cha\u00eene nationale, n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019un divertissement : il a fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019imaginaire collectif et introduit dans le langage courant un h\u00e9ritage inattendu : le fameux \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne Pamela \u00bb.<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019Alg\u00e9rie ne comptait qu\u2019une t\u00e9l\u00e9vision publique : l\u2019ENTV. Aucune autre offre, aucun zapping possible. Les soir\u00e9es \u00e9taient rythm\u00e9es par quelques programmes nationaux et les rendez-vous incontournables import\u00e9s de l\u2019\u00e9tranger. Dans ce paysage fig\u00e9, l\u2019arriv\u00e9e de Dallas fit l\u2019effet d\u2019une d\u00e9flagration.<br \/>\nChaque semaine, \u00e0 heure fixe, les familles se rassemblaient autour du poste. Dans les caf\u00e9s, on branchait les t\u00e9l\u00e9viseurs pour suivre les aventures des Ewing. Les discussions du lendemain, au travail comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole, tournaient autour des intrigues texanes. La s\u00e9rie devenait un rituel collectif, une respiration dans un quotidien marqu\u00e9 par les p\u00e9nuries de lait, d\u2019huile ou de semoule.<br \/>\nParmi les personnages de la saga, c\u2019est Pamela Ewing, incarn\u00e9e par Victoria Principal, qui a le plus marqu\u00e9 les Alg\u00e9riens. Dans un pays o\u00f9 la t\u00e9l\u00e9vision repr\u00e9sentait l\u2019unique fen\u00eatre sur le monde, Pamela incarnait une f\u00e9minit\u00e9 moderne, \u00e9l\u00e9gante, ind\u00e9pendante mais toujours inscrite dans la famille.<br \/>\n\u00ab Elle \u00e9tait belle sans \u00eatre provocante, moderne mais fid\u00e8le \u00bb, se souvient Ahmed, 54 ans. \u00ab C\u2019\u00e9tait un id\u00e9al qu\u2019on ne trouvait pas chez nous. \u00bb<br \/>\nPour les femmes, Pamela ouvrait l\u2019horizon d\u2019une libert\u00e9 douce, conciliable avec les valeurs traditionnelles. Pour les hommes, elle devenait l\u2019image d\u2019un fantasme m\u00ealant tradition et modernit\u00e9.<br \/>\nRapidement, le pr\u00e9nom \u00ab Pamela \u00bb a quitt\u00e9 l\u2019\u00e9cran pour envahir les conversations. Une fille trop appr\u00eat\u00e9e, jug\u00e9e trop \u00ab occidentalis\u00e9e \u00bb, h\u00e9ritait de ce surnom. Dans les stades, un joueur maladroit se voyait moqu\u00e9 d\u2019un \u00ab Eh, Pamela ! \u00bb.<br \/>\nLe terme est devenu polys\u00e9mique : tant\u00f4t compliment, tant\u00f4t ironie, parfois rejet. Rarement un pr\u00e9nom import\u00e9 avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 ainsi le langage populaire. Comme \u00ab Dallas \u00bb, qui d\u00e9signait parfois un quartier chic, \u00ab Pamela \u00bb a montr\u00e9 que la t\u00e9l\u00e9vision ne se contentait pas de distraire : elle fabriquait des mots, des images et des identit\u00e9s.<br \/>\nAu-del\u00e0 de Pamela, Dallas refl\u00e9tait une soci\u00e9t\u00e9 en pleine tension. Les ranchs somptueux, les piscines et les voitures de luxe fascinaient, tout en accentuant l\u2019\u00e9cart avec une Alg\u00e9rie o\u00f9 la consommation restait brid\u00e9e.<br \/>\nLes intrigues familiales, faites de rivalit\u00e9s, d\u2019alliances et de trahisons, r\u00e9sonnaient \u00e9trangement avec celles v\u00e9cues dans les grandes familles alg\u00e9riennes, mais dans une version romanc\u00e9e. Pouvoir, argent, passion : autant de valeurs qui suscitaient \u00e0 la fois d\u00e9sir et m\u00e9fiance.<br \/>\n\u00ab Dallas, c\u2019\u00e9tait notre Am\u00e9rique, mais vue \u00e0 travers nos yeux \u00bb, explique Malika, 62 ans. \u00ab On y voyait des histoires de famille, mais aussi un monde auquel on n\u2019aurait jamais acc\u00e8s. \u00bb<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>Miroir des contradictions alg\u00e9riennes<\/strong><\/h3>\n<p>Partout dans le monde, Dallas a marqu\u00e9 les ann\u00e9es 80 : en Europe de l\u2019Est, on scrutait les \u00e9pisodes comme des le\u00e7ons de capitalisme ; au Moyen-Orient, on s\u2019attachait aux intrigues familiales ; en Afrique, la s\u00e9rie servait souvent de vitrine de l\u2019Occident.<br \/>\nMais en Alg\u00e9rie, la r\u00e9ception a eu une couleur particuli\u00e8re : un pr\u00e9nom de fiction s\u2019est transform\u00e9 en expression vivante. L\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres pays ont gard\u00e9 le souvenir des cliffhangers ou du personnage de J.R., l\u2019Alg\u00e9rie a cr\u00e9\u00e9 un mot. Un mot qui dit beaucoup sur son rapport \u00e0 la modernit\u00e9, entre appropriation et r\u00e9sistance.<br \/>\nQuarante ans plus tard, \u00ab Pamela \u00bb conserve une charge symbolique. Pour les quinquag\u00e9naires, il \u00e9voque imm\u00e9diatement la nostalgie des soir\u00e9es familiales devant la t\u00e9l\u00e9vision. Pour les jeunes, il reste une boutade, souvent d\u00e9tach\u00e9e de son origine.<br \/>\nCe simple pr\u00e9nom est devenu un patrimoine immat\u00e9riel : une trace de l\u2019influence de la t\u00e9l\u00e9vision sur la langue et les repr\u00e9sentations. Comme d\u2019autres mots import\u00e9s puis d\u00e9tourn\u00e9s (Marimar, Fatmag\u00fcl, ou plus r\u00e9cemment des termes issus d\u2019Instagram et TikTok), \u00ab Pamela \u00bb raconte une histoire : celle d\u2019un pays partag\u00e9 entre ouverture au monde et attachement \u00e0 ses traditions.<br \/>\nLe ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019a pas disparu, il a chang\u00e9 de visage. Les s\u00e9ries turques ont marqu\u00e9 les ann\u00e9es 2000, Netflix impose ses r\u00e9cits globaux, et les r\u00e9seaux sociaux ont donn\u00e9 naissance \u00e0 une multitude d\u2019ic\u00f4nes locales. Mais aucune figure n\u2019a eu la puissance symbolique de Pamela.<br \/>\nPeut-\u00eatre parce que Dallas est arriv\u00e9 \u00e0 un moment charni\u00e8re : celui o\u00f9 l\u2019Alg\u00e9rie cherchait encore sa place dans le monde, dans un entre-deux entre h\u00e9ritage socialiste, ouverture au march\u00e9 et qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 culturelle.<br \/>\nAujourd\u2019hui, les h\u00e9ro\u00efnes d\u2019Instagram suscitent admiration et rejet, tout comme Pamela en son temps. Mais leur influence est fragment\u00e9e, \u00e9clat\u00e9e, incapable de produire un imaginaire collectif.<br \/>\nPamela restera ainsi, dans la m\u00e9moire collective, l\u2019h\u00e9ro\u00efne involontaire d\u2019une \u00e9poque. Elle n\u2019a pas seulement travers\u00e9 l\u2019\u00e9cran : elle a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le langage, l\u2019inconscient et les d\u00e9bats sur la modernit\u00e9.<br \/>\nAu fond, \u00ab Pamela \u00bb ne d\u00e9signe pas seulement un personnage de fiction : c\u2019est le signe d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui se confrontait pour la premi\u00e8re fois, massivement, \u00e0 l\u2019imaginaire mondialis\u00e9. Un pr\u00e9nom devenu miroir, entre fascination et crainte, qui continue de raconter l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019hier\u2026 et peut-\u00eatre celle d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019Alg\u00e9rie des ann\u00e9es 1980, min\u00e9e par les p\u00e9nuries et les tensions sociales, un rendez-vous t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 f\u00e9d\u00e9rait des millions de foyers : Dallas. 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