{"id":16332,"date":"2025-09-17T18:02:39","date_gmt":"2025-09-17T17:02:39","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=16332"},"modified":"2025-09-17T18:25:11","modified_gmt":"2025-09-17T17:25:11","slug":"recyclage-de-dechets-les-maitres-silencieux-de-la-ferraille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=16332","title":{"rendered":"Recyclage de d\u00e9chets :  Les ma\u00eetres silencieux de la ferraille"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019aube, avant que la brise d\u2019Oran ne s\u2019impr\u00e8gne de l\u2019odeur sal\u00e9e du large, un son reconnaissable s\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 dans les rues de Belga\u00efd, d\u2019Akid Lotfi et de la vieille ville. Ce n\u2019est pas celui des muezzins, ni celui des premiers bus, mais le klaxon un peu \u00e9raill\u00e9 d\u2019une camionnette Chery.<\/p>\n<p>Deux notes comme une clarinette rouill\u00e9e qui r\u00e9sonnent entre les immeubles et font tourner les t\u00eates. \u00ab Voil\u00e0 les ferrailleurs \u00bb, soufflent les voisins en tirant un sac de vieux tuyaux vers la porte. Ici, on les appelle \u00ab les ma\u00eetres silencieux de la ferraille \u00bb. Pas de pancarte officielle, pas d\u2019enseigne, mais tout le monde conna\u00eet ce timbre m\u00e9tallique qui annonce un commerce o\u00f9 la ruse, la patience et la force physique valent plus qu\u2019un dipl\u00f4me.<br \/>\nMourad, 37 ans, est l\u2019un de ces hommes qui, d\u00e8s cinq heures du matin, avale un caf\u00e9 noir avant de grimper dans sa petite Chery caboss\u00e9e. \u00ab Il faut partir avant que les autres n\u2019arrivent. \u00c0 Oran, celui qui se l\u00e8ve tard n\u2019aura que les restes \u00bb, confie-t-il en allumant une cigarette, la main d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9e par la rouille. Sa tourn\u00e9e commence toujours au m\u00eame endroit, pr\u00e8s de la mosqu\u00e9e de Belga\u00efd. Il sait que, l\u00e0-bas, les familles profitent souvent du week-end pour d\u00e9barrasser leurs caves. \u00c0 peine le temps d\u2019un salut et le moteur g\u00e9mit d\u00e9j\u00e0 vers Akid Lotfi. Mourad ralentit devant chaque portail entrouvert. D\u2019un haut-parleur accroch\u00e9 \u00e0 la cabine gr\u00e9sille le m\u00eame refrain : \u00ab Fer, cuivre, vieux frigo, on rach\u00e8te tout ! \u00bb.<br \/>\n\u00c0 chaque arr\u00eat, la sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te. Une porte s\u2019ouvre, un homme ou une femme sort avec un ventilateur hors d\u2019usage, un chauffe-eau perc\u00e9, un sommier rouill\u00e9. Le prix se n\u00e9gocie en un clin d\u2019\u0153il.<br \/>\n\u00ab Le fer, ces jours-ci, c\u2019est 55 dinars le kilo. L\u2019aluminium, entre 180 et 220. Le cuivre, lui, c\u2019est notre or rouge : 1500 dinars au kilo, parfois un peu plus quand le dinar baisse \u00bb, explique Mourad en jetant un \u0153il complice. Ces chiffres, confirm\u00e9s par un g\u00e9rant de d\u00e9p\u00f4t de Belga\u00efd que nous avons rencontr\u00e9, refl\u00e8tent la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un march\u00e9 aussi mouvant que discret. Selon plusieurs commer\u00e7ants interrog\u00e9s dans la zone industrielle d\u2019Es S\u00e9nia, ces tarifs ont presque doubl\u00e9 en cinq ans, suivant \u00e0 la fois l\u2019\u00e9volution des cours mondiaux et la sp\u00e9culation locale.<br \/>\nCe ballet de camionnettes n\u2019est pas seulement un moyen de survivre. C\u2019est, \u00e0 sa mani\u00e8re, un pan vital de l\u2019\u00e9conomie verte d\u2019Oran. Chaque tonne de ferraille collect\u00e9e est autant de minerai qu\u2019on n\u2019a pas \u00e0 extraire, autant de CO\u2082 qu\u2019on \u00e9vite. Les ferrailleurs le savent, mais ils n\u2019en font pas un slogan. \u00ab On recycle parce que c\u2019est notre gagne-pain. L\u2019\u00e9cologie, c\u2019est pour les gens de la t\u00e9l\u00e9 \u00bb, lance Rachid, 42 ans, qui travaille depuis quinze ans dans ce m\u00e9tier. Pourtant, qu\u2019ils le veuillent ou non, leur quotidien contribue \u00e0 une forme d\u2019\u00e9conomie circulaire avant m\u00eame que le terme ne devienne \u00e0 la mode.<br \/>\nLeur travail reste cependant pr\u00e9caire. La concurrence est rude. \u00ab Si tu rates une journ\u00e9e, un autre prend ton circuit \u00bb, raconte Mourad. Les prix, eux, varient au rythme des fluctuations internationales et du march\u00e9 noir local.<br \/>\nQuand le dinar s\u2019affaiblit, le cuivre devient soudain un tr\u00e9sor que chacun cherche \u00e0 d\u00e9nicher dans les d\u00e9charges domestiques. Certains habitants, conscients de la valeur, cachent leurs c\u00e2bles usag\u00e9s pour mieux n\u00e9gocier. \u00ab Les gens savent, maintenant. Ils p\u00e8sent leur fer avant de nous appeler \u00bb, confirme Rachid, un sourire fatigu\u00e9 aux l\u00e8vres.<br \/>\nDans les quartiers populaires comme Sidi El Houari ou El Hamri, les camionnettes Chery sont devenues des rep\u00e8res sonores, presque des mascottes. Les enfants courent derri\u00e8re elles, les vieux l\u00e8vent la t\u00eate au premier \u00e9cho du klaxon. Ce passage r\u00e9gulier rythme les matin\u00e9es comme une horloge de fortune. En \u00e9change de quelques billets, un matelas trou\u00e9, une vieille gazini\u00e8re ou une carcasse de v\u00e9lo quittent la cour familiale pour entamer une nouvelle vie.<br \/>\nLe soir, quand le soleil tombe derri\u00e8re le port, les Chery aux carrosseries ray\u00e9es reprennent la route, plus lourdes de plusieurs quintaux de m\u00e9tal et de quelques billets gliss\u00e9s dans une poche de jean. Les klaxons se taisent jusqu\u2019au lendemain, mais le cycle continue, immuable. Ces hommes sans pancarte ni uniforme transforment les d\u00e9chets en ressources, les rebuts en mati\u00e8re premi\u00e8re. Invisibles mais indispensables, ils rappellent qu\u2019au c\u0153ur d\u2019une ville en perp\u00e9tuelle mutation, la valeur se cache souvent dans ce que l\u2019on croyait bon pour la poubelle.<br \/>\n<strong>O.A Nadir<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c0 l\u2019aube, avant que la brise d\u2019Oran ne s\u2019impr\u00e8gne de l\u2019odeur sal\u00e9e du large, un son reconnaissable s\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 dans les rues de Belga\u00efd, d\u2019Akid Lotfi et de la vieille ville. Ce n\u2019est pas celui des muezzins, ni celui des premiers bus, mais le klaxon un peu \u00e9raill\u00e9 d\u2019une camionnette Chery. 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