{"id":16427,"date":"2025-09-23T18:31:04","date_gmt":"2025-09-23T17:31:04","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=16427"},"modified":"2025-09-23T18:31:04","modified_gmt":"2025-09-23T17:31:04","slug":"france-insoumise-melenchon-une-pensee-dissensuelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=16427","title":{"rendered":"France insoumise : M\u00e9lenchon, une pens\u00e9e dissensuelle"},"content":{"rendered":"<p>La politique-spectacle qui domine notre \u00e9poque, pour reprendre Castoriadis, est un r\u00e9gime d\u2019insignifiance. Elle ne vise plus \u00e0 instituer un monde commun, mais \u00e0 organiser la circulation d\u2019images et de slogans. Dans ce d\u00e9cor, les \u00ab \u00e9l\u00e9ments de langage \u00bb macroniens incarnent ce qu\u2019Axel Honneth a nomm\u00e9 la r\u00e9ification : des rapports humains fig\u00e9s, des sujets transform\u00e9s en choses, et un r\u00e9el neutralis\u00e9 par l\u2019oubli de la reconnaissance.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette d\u00e9gradation, la France insoumise fait figure d\u2019exception. Elle tente de r\u00e9introduire dans l\u2019espace public une conflictualit\u00e9 authentique, condition m\u00eame de la d\u00e9mocratie, selon Jacques Ranci\u00e8re. Car la d\u00e9mocratie n\u2019est pas la gestion des consensus mous, mais le surgissement du dissensus : cette parole qui brise les \u00e9vidences, redistribue les places et ouvre la sc\u00e8ne politique \u00e0 ce qui \u00e9tait tenu pour muet ou inexistant.<br \/>\nCette r\u00e9sistance n\u2019est pas qu\u2019un effet rh\u00e9torique : elle s\u2019inscrit dans une exigence de rationalit\u00e9 critique. L\u00e0 o\u00f9 la macronie se r\u00e9duit \u00e0 des slogans manag\u00e9riaux d\u2019une pauvret\u00e9 conceptuelle abyssale, la France insoumise d\u00e9ploie un savoir, souvent combattu mais reconnu jusque par ses adversaires. Elle incarne ce que Habermas appelait la \u00ab rationalit\u00e9 communicationnelle \u00bb : une parole orient\u00e9e non vers la manipulation, mais vers l\u2019argumentation publique.<br \/>\nPour Alain Badiou, l\u2019id\u00e9e d\u2019une Sixi\u00e8me R\u00e9publique reste une r\u00e9forme interne au cadre \u00e9tatique, donc limit\u00e9e. Elle corrige les d\u00e9rives de la Cinqui\u00e8me sans remettre en cause le capitalisme ni l\u2019ordre parlementaire. C\u2019est un r\u00e9am\u00e9nagement d\u00e9mocratique, certes progressiste, mais qui d\u00e9tourne l\u2019\u00e9nergie populaire d\u2019une v\u00e9ritable invention politique hors des institutions existantes.<br \/>\nLa pens\u00e9e de M\u00e9lenchon rejoint ici la critique du consensus formul\u00e9e par Ranci\u00e8re et Chantal Mouffe: une d\u00e9mocratie vivante ne supprime pas le conflit, elle l\u2019assume. Comme l\u2019\u00e9crivait Paul Nizan dans Les chiens de garde, les intellectuels dominants se font serviteurs du pouvoir. Aujourd\u2019hui encore, ils r\u00e9duisent M\u00e9lenchon \u00e0 un calculateur de voix, alors que sa d\u00e9marche consiste \u00e0 rectifier sans cesse face au glissement macroniste vers l\u2019extr\u00eame droite.<br \/>\nPrenons le cas de l\u2019islamisme politique : le pouvoir en place n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 lui ouvrir des tribunes, comme on l\u2019a vu avec Tarik Ramadan. Dans le m\u00eame temps, M\u00e9lenchon est accus\u00e9 de complaisance, alors que sa position est claire : il r\u00e9clame des lois coh\u00e9rentes, sans g\u00e9om\u00e9trie variable. Cette hypocrisie illustre ce que Voltaire d\u00e9non\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 comme un \u00ab deux poids, deux mesures \u00bb, et que Bourdieu analysait comme la strat\u00e9gie constante des dominants : masquer leurs compromissions tout en stigmatisant leurs adversaires.<br \/>\nConcernant le conflit Proche-oriental, M\u00e9lenchon n\u2019\u00e9pargne ni l\u2019entit\u00e9 sioniste ni le Hamas. Il parle de crimes, qualifie certains actes de terroristes, mais renvoie au droit international la responsabilit\u00e9 d\u2019une d\u00e9finition juridique. Sa position refuse l\u2019\u00e9motion brute comme la stigmatisation simpliste : il maintient le cadre rationnel du droit, l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres c\u00e8dent au r\u00e9flexe visc\u00e9ral.<br \/>\nReste son image en Alg\u00e9rie. Beaucoup l\u2019abordent sur un mode affectif, f\u00e9tichisant son aura plut\u00f4t que de lire sa pens\u00e9e. M\u00e9lenchon est per\u00e7u comme celui qui caresse les identit\u00e9s meurtries, alors qu\u2019il leur est souvent oppos\u00e9. Cela r\u00e9v\u00e8le une difficult\u00e9 persistante : celle de d\u00e9passer le culte du leader pour engager une v\u00e9ritable subjectivation politique.<br \/>\nOr, sa le\u00e7on est claire : la politique n\u2019est pas une affaire d\u2019ic\u00f4nes, mais une science de l\u2019imaginaire et de l\u2019\u00e9mancipation collective. Au lieu de sombrer dans la diabolisation m\u00e9diatique ou dans l\u2019idol\u00e2trie affective, il faut entendre ce qu\u2019il rappelle : faire de la politique, c\u2019est accepter le conflit comme matrice d\u2019un monde commun \u00e0 r\u00e9inventer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La politique-spectacle qui domine notre \u00e9poque, pour reprendre Castoriadis, est un r\u00e9gime d\u2019insignifiance. Elle ne vise plus \u00e0 instituer un monde commun, mais \u00e0 organiser la circulation d\u2019images et de slogans. 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