{"id":17360,"date":"2025-11-04T17:53:43","date_gmt":"2025-11-04T16:53:43","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17360"},"modified":"2025-11-04T17:53:43","modified_gmt":"2025-11-04T16:53:43","slug":"lecrivaine-rym-khelil-a-algerie-presse-la-jeunesse-algerienne-meprise-lhorreur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17360","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9crivaine Rym Khelil \u00e0 Alg\u00e9rie Presse : \u00ab La jeunesse alg\u00e9rienne m\u00e9prise l\u2019horreur \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Ing\u00e9nieure de formation, dipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019\u00c9cole nationale polytechnique d\u2019Alger, Rym Khelil appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivaines alg\u00e9riennes qui unissent la rigueur de la pens\u00e9e \u00e0 la sensibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9motion.<br \/>\nN\u00e9e \u00e0 Alger en 1983, elle vit aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, partageant sa vie entre diff\u00e9rents continents.<br \/>\nAvec \u00ab Jeunesse \u00e0 la fleur \u00bb (Barzakh, 2025), son premier roman, elle s\u2019impose comme une voix singuli\u00e8re de la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne contemporaine : pudique, lumineuse et profond\u00e9ment humaine.<br \/>\nRym Khelil y explore la d\u00e9cennie noire \u00e0 travers le regard de la jeunesse \u2014 non pas celle qui subit, mais celle qui esp\u00e8re encore, qui aime, qui rit et qui r\u00eave envers et contre tout.<br \/>\nDans cet entretien, Rym Khelil revient sur la gen\u00e8se de \u00ab Jeunesse \u00e0 la fleur \u00bb, sur sa vision de la jeunesse alg\u00e9rienne et sur le r\u00f4le de la m\u00e9moire face \u00e0 la violence du pass\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Alg\u00e9rie Presse : Votre roman choisit de montrer la vie pendant la d\u00e9cennie noire, plut\u00f4t que la mort. Pourquoi ce choix du v\u00e9cu intime plut\u00f4t que du r\u00e9cit historique ? Une mani\u00e8re de r\u00e9habiliter la lumi\u00e8re dans une p\u00e9riode qu\u2019on n\u2019\u00e9voque que dans l\u2019ombre ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Rym Khelil : Je ne suis pas historienne, et je ne pr\u00e9tends donc pas avoir \u00e9crit un r\u00e9cit historique ni dress\u00e9 une vue d\u2019avion pour expliquer les \u00e9v\u00e9nements qui ont marqu\u00e9 cette p\u00e9riode. Je ne cherche pas non plus \u00e0 exprimer le ressenti d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re, car nous le savons bien : il y a autant d\u2019histoires que de personnes.<\/em><br \/>\n<em>Ce que j\u2019ai essay\u00e9 d&rsquo;offrir, en revanche, c\u2019est une vue du sol, cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule, sans ambition de synth\u00e8se ni de v\u00e9rit\u00e9 absolue. J\u2019ai tent\u00e9 de peindre une fresque de personnages issus de milieux sociaux vari\u00e9s, pour refl\u00e9ter autant de ressentis que possible. Ce sont des v\u00e9cus fictifs, port\u00e9s par l\u2019\u00e9motion plus que par le rationnel.<\/em><br \/>\n<em>Dans mon roman, j\u2019\u00e9voque une jeunesse insouciante, qui mesure \u00e0 peine l\u2019ampleur du danger. Une jeunesse dot\u00e9e d\u2019une force extraordinaire : celle du r\u00eave et de l\u2019espoir. Elle aime, elle d\u00e9sire, elle rit, malgr\u00e9 la douleur et la souffrance. Je ne parle pas de \u00ab lumi\u00e8re \u00bb pendant cette p\u00e9riode sombre, si ce n\u2019est celle que porte la force de la vie.<\/em><br \/>\n<em>Assia, Amina et Majid affrontent la peur non pas par la r\u00e9volte frontale, mais par la t\u00e9nacit\u00e9 de vivre : aimer, r\u00eaver, regarder la mer.<\/em><\/p>\n<p><strong>Pensez-vous que la r\u00e9sistance la plus profonde de la jeunesse alg\u00e9rienne se situe pr\u00e9cis\u00e9ment dans ces gestes simples ?<\/strong><\/p>\n<p><em>A mon sens, la r\u00e9sistance de la jeunesse alg\u00e9rienne, et de celle du monde en g\u00e9n\u00e9ral, r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 continuer d\u2019avancer face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9, \u00e0 parfois m\u00eame l\u2019embrasser pour en faire une force.<\/em><br \/>\n<em>C\u2019est cette volont\u00e9 farouche de r\u00e9ussir, de d\u00e9fier les obstacles, d\u2019aimer intens\u00e9ment, et d\u2019affirmer par des \u00e9clats de rire : \u00ab Nous continuons de vivre ! \u00bb, que j\u2019ai voulu d\u00e9crire.<\/em><br \/>\n<em>La jeunesse d\u2019Assia et d\u2019Amina, en particulier, porte une fleur : celle de la r\u00e9silience. Elle m\u00e9prise l\u2019horreur en marchant droit devant elle, avec dignit\u00e9 et courage. Le roman laisse l\u2019Histoire en arri\u00e8re-plan, comme un bruit sourd, presque un fant\u00f4me.<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00c9crire ainsi, \u00e9tait-ce pour montrer que la violence marque les corps moins par les \u00e9v\u00e9nements que par le silence qu\u2019elle laisse ?<\/strong><\/p>\n<p><em>L\u2019Histoire est bien pr\u00e9sente en arri\u00e8re-plan, elle est l\u00e0, mais ne prend jamais le dessus. J\u2019ai voulu \u00e9crire une fiction centr\u00e9e sur les relations humaines, sur les \u00e9motions de la jeunesse, sur l\u2019intimit\u00e9 de mes personnages, leurs tourments, ceux propres \u00e0 leur \u00e2ge, dans une bulle d\u2019insouciance, aussi \u00e9loign\u00e9e que possible des bombes.<\/em><br \/>\n<em>Certes, cette bulle se fissure parfois, et l\u2019air qu\u2019on y respire devient moins pur. Mais il est purg\u00e9, r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, par de grands r\u00eaves. Car cette jeunesse reste une jeunesse : nourrie par l\u2019horreur environnante, elle continue de chanter et de danser \u00e0 la sant\u00e9 de la vie !<\/em><\/p>\n<p><strong>Vous vivez aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mais votre \u00e9criture reste profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans Alger. Comment l\u2019\u00e9loignement modifie-t-il le regard que l\u2019on porte sur son pays ? Est-ce une blessure, une ouverture, ou les deux \u00e0 la fois ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Au moins deux facteurs influencent le regard que je porte aujourd\u2019hui sur cette p\u00e9riode.<\/em><br \/>\n<em>Le premier, c\u2019est l\u2019\u00e2ge. Je n\u2019ai plus vingt ans ; je suis aujourd\u2019hui maman de cette jeunesse. Et je peux d\u00e9sormais imaginer ce que ma m\u00e8re, comme toutes les mamans et papas, ont d\u00fb ressentir \u00e0 l\u2019\u00e9poque : une profonde anxi\u00e9t\u00e9. <\/em><br \/>\n<em>Nous avions l\u2019insouciance, eux non. Et aujourd\u2019hui, je ne l\u2019ai plus non plus.<\/em><br \/>\n<em>Le second facteur est naturellement celui de l\u2019\u00e9loignement. Depuis que j\u2019ai quitt\u00e9 l\u2019Alg\u00e9rie, j\u2019ai v\u00e9cu dans plusieurs pays et sur plusieurs continents. Chaque nouvelle aventure renforce un peu plus mes liens avec mon pays. Nous avons tous besoin de donner du sens \u00e0 notre propre histoire, pour pouvoir nous y adosser.<\/em><br \/>\n<em>L\u2019\u00e9criture me permet de me positionner, de me situer, de mieux me comprendre. Savoir qui nous sommes et d\u2019o\u00f9 nous venons est d\u2019une importance vitale.<\/em><br \/>\n<em>Pouvoir transmettre nos histoires est tout aussi important. C\u2019est donc probablement \u00e0 la fois une blessure, une ouverture et beaucoup plus : une histoire, tout simplement.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ing\u00e9nieure de formation, dipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019\u00c9cole nationale polytechnique d\u2019Alger, Rym Khelil appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivaines alg\u00e9riennes qui unissent la rigueur de la pens\u00e9e \u00e0 la sensibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9motion. N\u00e9e \u00e0 Alger en 1983, elle vit aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, partageant sa vie entre diff\u00e9rents continents. 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