{"id":17475,"date":"2025-11-09T18:13:49","date_gmt":"2025-11-09T17:13:49","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17475"},"modified":"2025-11-09T18:13:49","modified_gmt":"2025-11-09T17:13:49","slug":"ce-que-jen-pense-quand-le-vent-pleure-jamila","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17475","title":{"rendered":"Ce que j&rsquo;en pense :Quand le vent pleure Jamila"},"content":{"rendered":"<p><em>Dans les ruelles \u00e9troites de la vieille ville d\u2019Annaba, Jamila vivait comme un fant\u00f4me parmi les vivants. Son vrai nom, Didi Mabrouka, peu de monde le connaissait. Elle n\u2019avait pas de maison, pas de famille qui veille, juste le pav\u00e9 froid sous ses pieds, le vent qui lui mordait la peau et la pluie qui lui trempait les os. Chaque jour \u00e9tait une lutte silencieuse pour un peu de chaleur, pour un coin o\u00f9 s\u2019asseoir, pour un regard qui lui dirait\u202f: \u00ab\u202fTu existes.\u202f\u00bb<\/em><br \/>\n<em>Le H\u0131rak, lanc\u00e9 le 22 f\u00e9vrier 2019, a \u00e9t\u00e9 pour elle plus qu\u2019un mouvement populaire\u202f: un souffle de libert\u00e9, un espace o\u00f9 sa voix, m\u00eame fragile, pouvait se m\u00ealer au tumulte des manifestants. Jamila n\u2019\u00e9tait pas seulement une spectatrice\u202f; elle \u00e9tait l\u00e0, pr\u00e9sente, criant pour la justice, pour la dignit\u00e9, pour tous ceux qu\u2019on ignore. Sa silhouette, fragile mais d\u00e9termin\u00e9e, parcourait les avenues, croisait des visages, parfois des sourires, souvent des indiff\u00e9rences.<\/em><br \/>\n<em>Les cam\u00e9ras ont film\u00e9 son quotidien. Le court-m\u00e9trage Jamila en temps de H\u0131rak a travers\u00e9 les fronti\u00e8res, a remport\u00e9 des prix, a \u00e9mu le monde. Mais derri\u00e8re les applaudissements et les r\u00e9compenses, Jamila continuait de vivre dans l\u2019ombre, seule, oubli\u00e9e de ceux qui venaient c\u00e9l\u00e9brer son histoire. Elle se posait la question qui hante tous ceux que la vie a marginalis\u00e9s\u202f: \u00ab\u202fQui pleurera pour moi quand je partirai\u202f?\u202f\u00bb<\/em><br \/>\n<em>Et le temps, cruel, a r\u00e9pondu. Jamila est morte seule, loin des projecteurs, loin des prix, loin de l\u2019attention qui avait suivi son image. Sa mort n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9e, elle est pass\u00e9e comme une brise froide dans les rues qu\u2019elle avait parcourues toute sa vie. Mais sa vie, elle, laisse un vide immense\u202f: celui de la dignit\u00e9 ignor\u00e9e, celui de la m\u00e9moire que le monde accorde aux symboles et non aux \u00eatres.<\/em><br \/>\n<em>Jamila n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019un personnage de film\u202f; elle \u00e9tait l\u2019incarnation de l\u2019oubli, de la mis\u00e8re, mais aussi de la r\u00e9sistance silencieuse. Son visage, marqu\u00e9 par le temps et la lutte, reste un rappel poignant\u202f: les histoires qui touchent le monde ne suffisent jamais \u00e0 sauver ceux qui les vivent. Les cam\u00e9ras peuvent immortaliser une image, le monde peut applaudir un symbole, mais la vie continue et souvent, les plus vuln\u00e9rables restent invisibles.<\/em><br \/>\n<em>Son existence est un enseignement cruel et n\u00e9cessaire\u202f: la reconnaissance, les prix, les accolades ne valent rien si on oublie l\u2019humain derri\u00e8re le r\u00e9cit. Jamila, dans sa solitude, dans son silence, nous rappelle que la dignit\u00e9 n\u2019est pas un spectacle et que l\u2019indiff\u00e9rence tue autant que l\u2019oubli.<\/em><br \/>\n<em>Aujourd\u2019hui, les ruelles d\u2019Annaba gardent le souvenir de ses pas silencieux. Jamila n\u2019y est plus, mais son absence p\u00e8se dans l\u2019air, dans chaque coin de mur, dans le souffle du vent qui traverse les pav\u00e9s. Elle ne marche plus parmi nous, et pourtant, sa vie nous murmure encore que l\u2019oubli des hommes est plus cruel que le temps lui-m\u00eame.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les ruelles \u00e9troites de la vieille ville d\u2019Annaba, Jamila vivait comme un fant\u00f4me parmi les vivants. Son vrai nom, Didi Mabrouka, peu de monde le connaissait. 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