{"id":17561,"date":"2025-11-14T17:08:08","date_gmt":"2025-11-14T16:08:08","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17561"},"modified":"2025-11-15T17:21:40","modified_gmt":"2025-11-15T16:21:40","slug":"amele-el-mahdi-ecrivaine-a-algerie-presse-nous-vivons-une-veritable-renaissance-culturelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17561","title":{"rendered":"Am\u00e8le El Mahdi, \u00e9crivaine, \u00e0 Alg\u00e9rie Presse : \u00ab Nous vivons une v\u00e9ritable renaissance culturelle \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Dans le champ litt\u00e9raire alg\u00e9rien, Am\u00e8le El Mahdi occupe une place singuli\u00e8re : celle d\u2019une \u00e9crivaine qui interroge les racines profondes du pays tout en donnant voix aux m\u00e9moires souvent laiss\u00e9es \u00e0 la marge. Professeure de math\u00e9matiques et autrice de nombreux ouvrages consacr\u00e9s au Sahara, aux femmes et aux identit\u00e9s alg\u00e9riennes, elle porte un regard attentif sur les transformations culturelles de la jeunesse.<br \/>\nA travers cet entretien, elle revient sur la question des identit\u00e9s multiples, la m\u00e9moire f\u00e9minine, l\u2019\u00e9migration et ce lien presque sacr\u00e9 qu\u2019elle entretient avec le d\u00e9sert.<\/p>\n<p><strong>Alg\u00e9rie Presse : Aujourd\u2019hui, beaucoup de jeunes Alg\u00e9riens se tournent vers des identit\u00e9s multiples : amazighe, arabe, m\u00e9diterran\u00e9enne, saharienne\u2026 Votre \u00e9criture, tr\u00e8s attach\u00e9e aux racines, voit-elle cette qu\u00eate comme une confusion ou comme une renaissance culturelle ?<\/strong><br \/>\n<em>Am\u00e8le El Mahdi : Je pense qu\u2019en ce qui concerne la question identitaire, les jeunes Alg\u00e9riens ne sont plus dans la confusion ; cette \u00e9tape est d\u00e9sormais d\u00e9pass\u00e9e, r\u00e9volue. Aujourd\u2019hui, ils adoptent une vision plus claire et affirm\u00e9e. Il n\u2019est plus question pour eux de d\u00e9terminer si l\u2019histoire de l\u2019Alg\u00e9rie a commenc\u00e9 en 1830, lors de la colonisation fran\u00e7aise, ou en 1516 avec le d\u00e9but de la pr\u00e9sence ottomane sur les terres alg\u00e9riennes, ou encore au septi\u00e8me si\u00e8cle avec l\u2019av\u00e8nement de l\u2019islam.<\/em><br \/>\n<em>Avec la statue de Massinissa qui tr\u00f4ne majestueusement sur la place Tafourah, au c\u0153ur de la capitale, ou celle de la reine Dihya dans la commune de Bagha\u00ef \u00e0 Khenchela, ainsi que la r\u00e9cente statue du roi Aksel \u00e0 Bouhmama, dans la wilaya de Khenchela, et tant d\u2019autres monuments embl\u00e9matiques, les Alg\u00e9riens ne sont plus ignorants de leur histoire mill\u00e9naire. La conscientisation des dimensions multilingue et multiculturelle de leur pays est d\u00e9sormais un fait ind\u00e9niable.<\/em><br \/>\n<em>Ces monuments t\u00e9moignent de la richesse de leur patrimoine culturel et historique. Cette prise de conscience de cet h\u00e9ritage commun chez les jeunes Alg\u00e9riens, qui refusent aujourd\u2019hui de se laisser emprisonner dans un r\u00e9cit unique, est en passe d\u2019\u00e9voluer vers une extraordinaire renaissance culturelle. Une renaissance culturelle qui est aujourd\u2019hui visible et palpable dans les travaux des jeunes artistes, quel que soit leur mode d\u2019expression : arts visuels, multim\u00e9dia, \u00e9criture, po\u00e9sie ou artisanat. R\u00e9alisant l&rsquo;importance de ce patrimoine amazigh, enrichi par les influences arabes, m\u00e9diterran\u00e9ennes et africaines, longtemps d\u00e9laiss\u00e9, ils se tournent vers lui aujourd\u2019hui pour puiser leur inspiration et se nourrir de sa diversit\u00e9 culturelle.<\/em><\/p>\n<p><em>Dans vos livres, les femmes ne sont jamais des \u00ab personnages secondaires \u00bb mais des sources, des b\u00e2tisseuses, des gardiennes. Pensez-vous qu\u2019en Alg\u00e9rie, la reconnaissance de la m\u00e9moire f\u00e9minine avance r\u00e9ellement, ou reste-t-elle encore symbolique ?<\/em><br \/>\n<em>Notre histoire regorge de noms de ces h\u00e9ro\u00efnes qui l\u2019ont marqu\u00e9e au fil des si\u00e8cles, de la reine Tin Hinan \u00e0 Yasmine Belka\u00efd, en passant par la reine Dihya, Lala Fadhma N\u2019Soumer, D\u00e2ssine ult Ihemma, Malika Ga\u00efd, Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouhired, Assia Djebbar, et la liste est longue. Elles se sont toutes distingu\u00e9es par leur courage, leur bravoure, leur g\u00e9nie et surtout par leur amour de l\u2019Alg\u00e9rie. Ces h\u00e9ro\u00efnes n\u2019ont pas seulement marqu\u00e9 leur \u00e9poque, mais elles ont \u00e9galement transmis des enseignements aux g\u00e9n\u00e9rations futures en les chargeant de poursuivre leur mission. Les jeunes Alg\u00e9riennes d\u2019aujourd\u2019hui doivent garder \u00e0 l\u2019esprit qu\u2019elles sont les descendantes de ces grandes et valeureuses dames dont elles doivent \u00eatre dignes. Elles portent sur leurs \u00e9paules ce glorieux h\u00e9ritage, et il leur incombe de le perp\u00e9tuer.<\/em><br \/>\n<em>Quant aux jeunes hommes alg\u00e9riens, ils doivent comprendre que l\u2019histoire de leur pays a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par ces femmes. L\u2019Alg\u00e9rie est ce qu\u2019elle est aujourd&rsquo;hui gr\u00e2ce aussi au d\u00e9vouement, \u00e0 l\u2019abn\u00e9gation et au sacrifice de ces h\u00e9ro\u00efnes. Et ce n\u2019est que par un processus de conscientisation sur le r\u00f4le des femmes dans l\u2019histoire du pays, qu\u2019ils pourront envisager un avenir o\u00f9 femmes et hommes participent \u00e0 l\u2019\u00e9dification de l\u2019Alg\u00e9rie de demain, dans le respect et la tol\u00e9rance, sans aucune exclusion.<\/em><br \/>\n<em>Malheureusement, force est de constater que malgr\u00e9 un tel h\u00e9ritage historique, la reconnaissance de la m\u00e9moire des femmes reste symbolique, entrav\u00e9e par de nombreux facteurs. Il est imp\u00e9ratif que des actions concr\u00e8tes et durables n\u00e9cessitant la mobilisation des intellectuels et des pouvoirs publics, soient engag\u00e9es pour que la contribution des femmes alg\u00e9riennes \u00e0 chaque \u00e9tape de l\u2019\u00e9dification du pays soit valoris\u00e9e, reconnue et int\u00e9gr\u00e9e dans le narratif collectif.<\/em><\/p>\n<p><strong>Vous avez \u00e9crit sur la migration clandestine \u00e0 un moment o\u00f9 ce sujet n\u2019\u00e9tait pas encore au centre du d\u00e9bat. Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature peut encore transmettre \u00e0 la jeunesse ?<\/strong><br \/>\n<em>L\u2019\u00e9migration est un ph\u00e9nom\u00e8ne mondial qui n\u2019est exclusif ni \u00e0 notre \u00e9poque ni \u00e0 notre pays. Rien qu\u2019au si\u00e8cle dernier, le monde a connu deux vagues migratoires massives. Mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne, qui chez nous est accentu\u00e9 et facilit\u00e9 par le progr\u00e8s technologique et le d\u00e9veloppement des transports, notamment par Internet, qui a rapetiss\u00e9 le monde et raccourci les distances (l\u2019Europe est \u00e0 nos portes et le Canada n\u2019est pas si loin que \u00e7a), prend une ampleur alarmante. Avec la mondialisation et l\u2019individualisme caract\u00e9ristiques de notre \u00e9poque, les Alg\u00e9riens n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 quitter leur pays ; ils le font m\u00eame avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante. En Alg\u00e9rie, l\u2019\u00e9migration est devenue aujourd\u2019hui un projet familial : on quitte le pays avec femme et enfants.<\/em><br \/>\n<em>Lorsque mon roman, \u00ab Une Odyss\u00e9e Africaine \u00bb, est sorti en 2018, beaucoup de mes lecteurs m\u2019ont assur\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s avoir lu le livre, ils n\u2019\u00e9taient plus indiff\u00e9rents au sort des migrants subsahariens et avaient \u00e9prouv\u00e9 une plus grande empathie pour eux. Cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant, car nous savons l\u2019influence que peut avoir la litt\u00e9rature sur les attitudes et les comportements des individus.<\/em><br \/>\n<em>Mais ne nous fourvoyons pas : l\u2019\u00e9migration des jeunes Alg\u00e9riens est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe et multicausal qui n\u00e9cessite des \u00e9tudes sociologiques, \u00e9conomiques, politiques, etc., pour en d\u00e9terminer les causes et trouver des solutions. La litt\u00e9rature ne peut \u00e0 elle seule infl\u00e9chir un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019une telle ampleur. En revanche, si elle est conjugu\u00e9e \u00e0 d\u2019autres actions et \u00e0 une vraie politique pour contrecarrer ce probl\u00e8me, on peut dire qu\u2019elle a beaucoup \u00e0 apporter, notamment en consolidant le sentiment d\u2019appartenance chez les jeunes et en renfor\u00e7ant leur attachement \u00e0 leurs racines \u00e0 travers l\u2019enseignement de l\u2019histoire de leur pays et les r\u00e9cits des sacrifices consentis par leurs a\u00een\u00e9s afin de leur assurer une vie digne dans une Alg\u00e9rie libre et ind\u00e9pendante.<\/em><\/p>\n<p><strong>Le Sahara, dans votre \u0153uvre, n\u2019est pas seulement un paysage : c\u2019est une pens\u00e9e du temps, du silence, du lien. A l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique et de la vitesse permanente, comment pr\u00e9server ce rapport lent, profond, presque sacr\u00e9, \u00e0 la m\u00e9moire et aux histoires ?<\/strong><br \/>\n<em>La physique quantique vient aujourd&rsquo;hui confirmer les r\u00e9flexions des philosophes : le temps n&rsquo;est qu&rsquo;une illusion n\u00e9e de la conscience. Je n&rsquo;ai jamais autant pris conscience de cette r\u00e9alit\u00e9 scientifique que lorsque je me trouve dans le d\u00e9sert. Quand vous vous trouvez au pied d\u2019Illamane, ou au sommet de l\u2019Assekrem, ou \u00e0 n\u2019importe quel autre endroit de notre magnifique Sahara, rien n\u2019existe en dehors de cet espace infini, de cette intemporalit\u00e9 et de cette beaut\u00e9 \u00e9poustouflante, subjuguante. Et rien ne vous diff\u00e9rencie de ceux qui se trouvaient \u00e0 ce m\u00eame endroit des si\u00e8cles auparavant, sauf votre appareil photo ou votre t\u00e9l\u00e9phone portable que vous utilisez pour tenter de capturer cette magie que l\u2019on ne peut que vivre.<\/em><br \/>\n<em>L\u2019Homme est tellement insignifiant face \u00e0 la grandeur et \u00e0 la magnificence du d\u00e9sert qu\u2019il ne peut que finir vaincu s\u2019il ose se mesurer \u00e0 lui. Et je pense que ni le num\u00e9rique ni la vitesse vertigineuse qui caract\u00e9risent notre vie d\u2019aujourd\u2019hui ne peuvent alt\u00e9rer ou modifier notre lien et notre rapport au d\u00e9sert. Cependant, on ne peut nier les changements qui commencent \u00e0 s\u2019op\u00e9rer dans la vie des gens du d\u00e9sert, et avec eux, la disparition de tout un mode de vie.<\/em><br \/>\n<em>Des tr\u00e9sors inestimables d\u2019histoires, de contes et de po\u00e9sie sont dissimul\u00e9s au creux de chaque dune et au sommet de chaque montagne de cette immensit\u00e9 d\u00e9sertique, et il faudra imp\u00e9rativement les pr\u00e9server de la perte. Loin d\u2019\u00eatre un frein ou un obstacle, la rapidit\u00e9 des \u00e9changes et les outils num\u00e9riques sont des atouts puissants qui permettront la sauvegarde de cette m\u00e9moire saharienne ancestrale, en facilitant la documentation et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information, en cr\u00e9ant des r\u00e9seaux collaboratifs, en sensibilisant les Alg\u00e9riens, et notamment les Sahariens, \u00e0 l\u2019importance de ce riche patrimoine, et en encourageant les jeunes \u00e0 participer \u00e0 la collecte de ces tr\u00e9sors et \u00e0 leur pr\u00e9servation.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le champ litt\u00e9raire alg\u00e9rien, Am\u00e8le El Mahdi occupe une place singuli\u00e8re : celle d\u2019une \u00e9crivaine qui interroge les racines profondes du pays tout en donnant voix aux m\u00e9moires souvent laiss\u00e9es \u00e0 la marge. 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