{"id":17594,"date":"2025-11-15T17:44:44","date_gmt":"2025-11-15T16:44:44","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17594"},"modified":"2025-11-15T17:44:44","modified_gmt":"2025-11-15T16:44:44","slug":"samir-toumi-ecrivain-a-algerie-presse-des-livres-au-destin-italien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17594","title":{"rendered":"Samir Toumi, \u00e9crivain, \u00e0 Alg\u00e9rie Presse:  Des livres au destin italien"},"content":{"rendered":"<p>Samir Toumi, n\u00e9 le 7 juin 1968 \u00e0 Bologhine, est un auteur, consultant et photographe alg\u00e9rien dont l\u2019\u0153uvre explore les m\u00e9andres de la m\u00e9moire, de la filiation et de l\u2019identit\u00e9. Ing\u00e9nieur de formation, il fonde \u00e0 Alger \u00ab La Baignoire \u00bb, un espace hybride favorisant la rencontre entre artistes et public. Apr\u00e8s plusieurs s\u00e9jours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, il revient en Alg\u00e9rie pour y d\u00e9velopper une soci\u00e9t\u00e9 de conseil en ressources humaines tout en poursuivant sa carri\u00e8re litt\u00e9raire. Auteur de \u00ab Alger, le cri \u00bb (2013), \u00ab L\u2019Effacement \u00bb (2016) et \u00ab Amin, une fiction alg\u00e9rienne \u00bb (2024), il a vu ses ouvrages traduits en italien et anglais, et certains adapt\u00e9s au cin\u00e9ma.<br \/>\nToumi se distingue par une \u00e9criture sensible et engag\u00e9e, capable de franchir les fronti\u00e8res linguistiques et culturelles. Dans cet entretien, il revient sur la traduction de ses \u0153uvres, l\u2019\u00e9volution de la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne et l\u2019avenir de l\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p><strong>Alg\u00e9rie Presse : Vos trois romans ont \u00e9t\u00e9 traduits en italien, un fait rare pour un auteur alg\u00e9rien contemporain. Que repr\u00e9sente pour vous cette reconnaissance venue d\u2019ailleurs ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Samir Toumi : Je ne parlerais peut-\u00eatre pas de \u00ab reconnaissance \u00bb au sens fort du terme. Mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sinc\u00e8rement touch\u00e9, honor\u00e9, de voir que mes textes puissent int\u00e9resser des traducteurs et des \u00e9diteurs italiens. Nous avons parfois tendance \u00e0 croire que nos livres ne concernent que notre proximit\u00e9 \u2013 notre pays, notre histoire, notre espace intime. Or, le fait d\u2019\u00eatre traduit prouve que les th\u00e8mes que nous travaillons peuvent \u00eatre universels, qu\u2019ils peuvent toucher des lecteurs qui n\u2019ont aucun lien direct avec notre contexte. C\u2019est profond\u00e9ment stimulant. Cela confirme que la litt\u00e9rature peut faire circuler les voix et cr\u00e9er des ponts entre les cultures. Savoir que mes textes participent, m\u00eame modestement, \u00e0 construire ces liens me r\u00e9jouit et m\u2019encourage \u00e0 continuer.<\/em><\/p>\n<p><strong>Vous avez dit que vos livres ont un \u00ab destin italien \u00bb. Pensez-vous que la traduction change la vie d\u2019un texte, son \u00e2me ou son sens ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Je ne suis pas traducteur, mais je suis profond\u00e9ment admiratif de ce m\u00e9tier. Traduire consiste non seulement \u00e0 saisir l\u2019essence d\u2019un texte, son souffle, son rythme, mais \u00e0 le r\u00e9inventer dans une autre langue, en en pr\u00e9servant l\u2019\u00e9nergie et les nuances. On pense souvent que la traduction consiste \u00e0 respecter le texte d\u2019origine. Mais ce qui importe vraiment, c\u2019est le texte d\u2019arriv\u00e9e : celui qui doit vivre dans une autre langue, respirer dans un autre imaginaire. Le traducteur doit donc \u00eatre \u00e0 la fois \u00e9crivain et lecteur id\u00e9al : \u00e9crivain, parce qu\u2019il doit cr\u00e9er une prose qui tienne dans sa langue ; lecteur, parce qu\u2019il doit comprendre intimement l\u2019intention de l\u2019auteur. Cette double comp\u00e9tence demande une sensibilit\u00e9 rare, faite d\u2019\u00e9coute, d\u2019intuition et d\u2019empathie.<\/em><\/p>\n<p><strong>Que ressentez-vous en voyant vos \u0153uvres traduites et lues par un public italien, pour qui l\u2019Alg\u00e9rie reste encore un territoire litt\u00e9raire \u00e0 d\u00e9couvrir ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Lorsque je rencontre le public italien, je suis aussi curieux que lui de d\u00e9couvrir ses r\u00e9actions. Je suis attentif \u00e0 la fa\u00e7on dont il per\u00e7oit l\u2019univers que je propose, ses sp\u00e9cificit\u00e9s, mais aussi ce qu\u2019il peut avoir d\u2019universel. Et maintenant que \u00ab Amin, une fiction alg\u00e9rienne \u00bb est paru en septembre, je n\u2019ai qu\u2019un seul souhait : entamer une tourn\u00e9e de rencontres avec les lecteurs italiens. J\u2019esp\u00e8re sinc\u00e8rement que cela pourra se concr\u00e9tiser tr\u00e8s bient\u00f4t.<\/em><\/p>\n<p><strong>La litt\u00e9rature alg\u00e9rienne semble aujourd\u2019hui regagner une visibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. A votre avis, qu\u2019est-ce qui la distingue des autres litt\u00e9ratures du Maghreb ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Je crois que chaque pays du Maghreb poss\u00e8de sa propre constellation litt\u00e9raire, ses voix singuli\u00e8res, ses sensibilit\u00e9s propres. Ce qui rend la litt\u00e9rature maghr\u00e9bine particuli\u00e8rement int\u00e9ressante, c\u2019est sa pluralit\u00e9 linguistique : elle s\u2019\u00e9crit en arabe, en fran\u00e7ais, en tamazight, et de plus en plus en anglais. Cette diversit\u00e9 refl\u00e8te des histoires entrem\u00eal\u00e9es, des h\u00e9ritages multiples, des identit\u00e9s en mouvement. Je constate avec bonheur que cette litt\u00e9rature suscite un int\u00e9r\u00eat croissant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Je n\u2019ai pas de chiffres pour le mesurer, mais j\u2019aime \u00e0 croire que nous sommes une litt\u00e9rature qui intrigue, qui questionne, qui touche.<\/em><\/p>\n<p><strong>Votre \u00e9criture explore souvent la m\u00e9moire, la filiation, la douleur d\u2019\u00eatre et de dire. Ces th\u00e8mes r\u00e9sonnent-ils diff\u00e9remment lorsqu\u2019ils traversent les fronti\u00e8res linguistiques ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Oui, parce que ces th\u00e9matiques sont universelles : chaque individu, o\u00f9 qu\u2019il soit, conna\u00eet l\u2019exp\u00e9rience de la m\u00e9moire, de la filiation, de l\u2019identit\u00e9. Mais en m\u00eame temps, chaque lecteur projette sa propre histoire dans le texte. Selon son pays, sa culture, ce qu\u2019il a v\u00e9cu, il ne lira pas le m\u00eame livre. Ce qui me touche profond\u00e9ment, ce sont les \u00e9changes avec les lecteurs. Ils me r\u00e9v\u00e8lent des interpr\u00e9tations auxquelles je n\u2019avais pas pens\u00e9, des nuances que je n\u2019avais pas consciemment mises. Cette rencontre entre le texte et ceux qui le lisent est, pour moi, le but m\u00eame de la litt\u00e9rature : un espace de r\u00e9sonance, de partage et de transformation mutuelle.<\/em><\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante en Alg\u00e9rie joue un r\u00f4le essentiel. Comment voyez-vous son \u00e9volution face aux d\u00e9fis du num\u00e9rique et de la mondialisation ?<\/strong><\/p>\n<p><em>L\u2019\u00e9dition se trouve aujourd\u2019hui face \u00e0 des d\u00e9fis majeurs. Nous vivons dans une \u00e9poque d\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, o\u00f9 l\u2019attention est constamment sollicit\u00e9e. Or, la lecture demande du temps, de la concentration, une disponibilit\u00e9 int\u00e9rieure. C\u2019est cette capacit\u00e9 d\u2019attention qui est menac\u00e9e. S\u2019ajoute \u00e0 cela la question de l\u2019intelligence artificielle, qui recompose notre rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Et enfin, la r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle : le manque chronique de moyens, particuli\u00e8rement dans l\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante. La question n\u2019est pas seulement de survivre, mais de se r\u00e9inventer. Et je crois que cela passe par la d\u00e9fense de la lecture comme exp\u00e9rience intime, vitale, irrempla\u00e7able.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samir Toumi, n\u00e9 le 7 juin 1968 \u00e0 Bologhine, est un auteur, consultant et photographe alg\u00e9rien dont l\u2019\u0153uvre explore les m\u00e9andres de la m\u00e9moire, de la filiation et de l\u2019identit\u00e9. Ing\u00e9nieur de formation, il fonde \u00e0 Alger \u00ab La Baignoire \u00bb, un espace hybride favorisant la rencontre entre artistes et public. Apr\u00e8s plusieurs s\u00e9jours \u00e0 &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17595,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5,54],"tags":[],"class_list":["post-17594","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-a-la-une","category-actualites","category-culture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17594","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17594"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17594\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17596,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17594\/revisions\/17596"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/17595"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17594"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17594"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17594"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}