{"id":17948,"date":"2025-11-30T15:06:24","date_gmt":"2025-11-30T14:06:24","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17948"},"modified":"2025-12-01T18:10:50","modified_gmt":"2025-12-01T17:10:50","slug":"leila-artese-benhadj-cineaste-a-algerie-presse-entre-memoire-transmission-et-dernieres-routes-nomades","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=17948","title":{"rendered":"Le\u00efla Artese Benhadj, cin\u00e9aste, \u00e0 Alg\u00e9rie Presse:   Entre m\u00e9moire, transmission et derni\u00e8res routes nomades"},"content":{"rendered":"<p>Dans un paysage cin\u00e9matographique o\u00f9 la cam\u00e9ra devient parfois une arme, parfois une caresse, Le\u00efla Artese Benhadj se distingue par une \u00e9coute rare. R\u00e9alisatrice, directrice de la photographie et ing\u00e9nieure du son, elle avance avec un geste artisanal, presque organique. Son cin\u00e9ma ne cherche ni l\u2019effet ni le spectaculaire, mais la v\u00e9rit\u00e9 fragile des \u00eatres et des territoires.<br \/>\nD\u2019Alger aux dunes du Hoggar, d\u2019un court m\u00e9trage intime comme \u00ab La Reine des fourmis \u00bb \u00e0 la vaste travers\u00e9e de \u00ab Tin Hinan, la derni\u00e8re nomade \u00bb, son \u0153uvre se d\u00e9ploie \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un fil : celui d\u2019une qu\u00eate, personnelle et collective, o\u00f9 la m\u00e9moire f\u00e9minine et les r\u00e9cits du d\u00e9sert sont l\u2019unique boussole.<br \/>\nDans ce nouveau film, elle part \u00e0 la recherche de Tin Hinan, figure ancestrale du peuple touareg, mais ce sont Fatimata et sa fille Lella -deux nomades contemporaines- qui incarnent, \u00e0 hauteur de vie, la fin d\u2019un monde et la naissance d\u2019un autre.<br \/>\nDans cet entretien, Le\u00efla Artese Benhadj nous parle de ses films, de la transmission et de la fa\u00e7on dont un mythe peut survivre dans la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une tente balay\u00e9e par le vent saharien.<\/p>\n<p><strong>\u00ab La Reine des fourmis \u00bb a rencontr\u00e9 un beau parcours en festivals. Quel regard portez-vous aujourd\u2019hui sur ce film et sur ce qu\u2019il a repr\u00e9sent\u00e9 dans votre \u00e9volution en tant que cin\u00e9aste ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Aujourd\u2019hui, je vois \u00ab La Reine des fourmis \u00bb comme un film fondateur : une fiction enti\u00e8rement \u00e9crite, construite et pens\u00e9e. Surtout, un travail o\u00f9 tout commence par le texte.<\/em><br \/>\n<em>\u00ab La Reine des fourmis \u00bb est mon premier court m\u00e9trage en tant que r\u00e9alisatrice. Je sortais de l\u2019Accademia di Cinema e Televisione de Cinecitt\u00e0, o\u00f9 la premi\u00e8re ann\u00e9e est consacr\u00e9e \u00e0 toucher \u00e0 tous les m\u00e9tiers derri\u00e8re la cam\u00e9ra. J\u2019y ai appris l\u2019\u00e9criture, le d\u00e9coupage, la mise en sc\u00e8ne, la direction d\u2019acteurs, mais aussi la rigueur technique qui permet de faire un film \u00e0 partir d\u2019une id\u00e9e. R\u00e9aliser ce court m\u00e9trage a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re occasion de transformer cette formation en un geste personnel.<\/em><br \/>\n<em>Surtout, l\u2019\u00e9criture du sc\u00e9nario a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante. Je voulais que la voix d\u2019Amel, la petite protagoniste, soit pr\u00e9cise et sinc\u00e8re. Son imaginaire n\u2019est pas une fuite : c\u2019est une fa\u00e7on de cr\u00e9er un espace int\u00e9rieur o\u00f9 elle peut respirer librement. Autour d\u2019elle, il y a Fatma, que j\u2019interpr\u00e8te moi-m\u00eame, et la grand-m\u00e8re. Fatma est d\u00e9j\u00e0 une femme, adulte dans ses responsabilit\u00e9s, presque m\u00e8re de substitution pour Amel. La grand-m\u00e8re repr\u00e9sente une autre forme de pr\u00e9sence, un silence qui prot\u00e8ge.<\/em><br \/>\n<em>Enfin, tourner \u00e0 Alger s\u2019est impos\u00e9 naturellement, par mes origines et par le lien intime qui me lie \u00e0 cette ville. Le tournage, concentr\u00e9 sur trois jours, n\u00e9cessitait une pr\u00e9cision absolue. Chaque geste devait \u00eatre juste.<\/em><br \/>\n<em>La \u00ab Reine des fourmis \u00bb est vraiment, aujourd\u2019hui plus que jamais, une de mes plus grandes fiert\u00e9s.<\/em><br \/>\n<em>\u00ab Tin Hinan, la derni\u00e8re nomade \u00bb appartient \u00e0 une autre forme de cin\u00e9ma, mais c\u2019est ce premier film qui m\u2019a appris la discipline n\u00e9cessaire pour pouvoir ensuite accueillir l\u2019impr\u00e9vu du documentaire.<\/em><\/p>\n<p><strong>Vous avez ensuite travaill\u00e9 sur plusieurs documentaires avant de r\u00e9aliser \u00ab Tin Hinan, la derni\u00e8re Nomade \u00bb. Qu\u2019est-ce qui vous a guid\u00e9e vers ce projet et pourquoi cette figure l\u00e9gendaire vous a-t-elle particuli\u00e8rement inspir\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Mon lien avec le Sahara est n\u00e9 bien avant le cin\u00e9ma. Enfant, ma m\u00e8re ne me racontait pas des histoires de princesses : elle me parlait de gazelles qui conversent, d\u2019esprits qui traversent les dunes, de pistes guid\u00e9es par les \u00e9toiles. J\u2019ai grandi dans un monde imaginaire profond\u00e9ment touareg, sans savoir encore que, de son c\u00f4t\u00e9, une partie de ma famille avait des origines nomades.<\/em><br \/>\n<em>Je travaille depuis 15 ans sur plusieurs projets en Alg\u00e9rie et en Italie, surtout dans la fiction comme assistante de r\u00e9alisation et monteuse, mais aussi sur quelques documentaires.<\/em><br \/>\n<em>Quand j\u2019ai enfin pris la route du d\u00e9sert seule avec ma m\u00e8re, j\u2019ai d\u00e9couvert un univers en pleine transformation. Ce que j\u2019avais imagin\u00e9 comme un espace fig\u00e9 dans le temps avait d\u00e9j\u00e0 chang\u00e9 : routes, villages, commerces, \u00e9coles\u2026 tout t\u00e9moignait d\u2019une transition commenc\u00e9e depuis un si\u00e8cle.<\/em><br \/>\n<em>C\u2019est dans cette r\u00e9alit\u00e9 mouvante que j\u2019ai rencontr\u00e9 Fatimata et sa fille Lella. Leur quotidien a donn\u00e9 un visage \u00e0 cette transformation historique. Avant de les filmer, j\u2019avais imagin\u00e9 un projet autour d\u2019une m\u00e8re et d\u2019une enfant vivant la fin du nomadisme. Fatimata et Lella ont rendu ce projet vrai. Elles ont incarn\u00e9 ce passage que je cherchais \u00e0 comprendre.<\/em><\/p>\n<p><strong>Le film explore une m\u00e9moire profonde, f\u00e9minine et nomade. Comment avez-vous abord\u00e9 la fronti\u00e8re entre mythe et r\u00e9alit\u00e9 dans votre d\u00e9marche documentaire ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Le titre \u00ab Tin Hinan, la derni\u00e8re nomade \u00bb ouvre d\u00e9j\u00e0 un espace symbolique. Tin Hinan est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019anc\u00eatre des Touaregs, la figure fondatrice, la m\u00e8re originelle. Avec ce film, j\u2019interroge ce qu\u2019il reste de cette lign\u00e9e aujourd\u2019hui, dans un monde o\u00f9 le nomadisme dispara\u00eet progressivement depuis un si\u00e8cle.<\/em><br \/>\n<em>Fatimata n\u2019est pas une r\u00e9plique de la l\u00e9gende. <\/em><br \/>\n<em>Elle en est l\u2019\u00e9cho contemporain. Si Tin Hinan repr\u00e9sente un commencement, Fatimata incarne peut-\u00eatre l\u2019un des derniers chapitres d\u2019un mode de vie qui s\u2019efface. Elle n\u2019en a pas conscience, et c\u2019est cela qui m\u2019a touch\u00e9e : elle vit simplement la vie qu\u2019on lui a transmise.<\/em><br \/>\n<em>Je n\u2019ai pas cherch\u00e9 \u00e0 illustrer la l\u00e9gende. J\u2019ai film\u00e9 une femme et son enfant qui vivent dans une r\u00e9alit\u00e9 aust\u00e8re, magnifique et difficile, o\u00f9 le monde moderne se rapproche toujours davantage, comme une fatalit\u00e9. Le mythe n\u2019est pas un d\u00e9cor. C\u2019est une profondeur, une vibration qui traverse le film sans que je l\u2019aie forc\u00e9e. Lella, sa fille, repr\u00e9sente l\u2019avenir. A six ans, elle devra quitter la tente pour entrer \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/em><br \/>\n<em>Si Tin Hinan en est l\u2019origine, Fatimata est la fin d\u2019un cycle, et Lella le d\u00e9but d\u2019un autre. C\u2019est ce mouvement, cette transformation que je raconte.<\/em><\/p>\n<p><strong>Le cin\u00e9ma documentaire alg\u00e9rien conna\u00eet un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat international. Comment percevez-vous son \u00e9volution actuelle et la place que prennent les femmes cin\u00e9astes dans ce mouvement ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Le documentaire alg\u00e9rien vit un moment important. Les films deviennent plus intimes, plus ancr\u00e9s dans le quotidien, plus attentifs aux d\u00e9tails qui r\u00e9v\u00e8lent un pays mieux que les grands discours. On raconte des villages, des corps, des silences, des gestes, des transitions.<\/em><br \/>\n<em>Les femmes y occupent une place essentielle. Elles apportent un regard qui ne cherche pas la d\u00e9monstration, mais la v\u00e9rit\u00e9 des vies qu\u2019elles filment. Elles s\u2019approchent des personnes, des familles, des histoires gard\u00e9es longtemps dans l\u2019ombre. Elles d\u00e9placent l\u2019attention vers des r\u00e9cits sensibles, souvent invisibles.<\/em><br \/>\n<em>C\u2019est un mouvement jeune, fragile parfois, mais profond\u00e9ment sinc\u00e8re. Et cette sinc\u00e9rit\u00e9 est sa force.<\/em><br \/>\n<em>Avec mon travail, je nourris l\u2019ambition d\u2019incarner un maillon de cette belle cha\u00eene !<\/em><\/p>\n<p><strong>Enfin, quels sont vos projets en cours ou \u00e0 venir ? Travaillez-vous d\u00e9j\u00e0 sur un nouveau film, documentaire ou fiction ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Je travaille actuellement sur deux projets : le premier est un documentaire d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9 en Alg\u00e9rie, qui explore d\u2019autres espaces de transition, d\u2019autres fa\u00e7ons dont une culture se transforme sans bruit.<\/em><br \/>\n<em>Le second est une fiction, centr\u00e9e sur les identit\u00e9s multiples, les langues h\u00e9rit\u00e9es, les transmissions familiales. Ces th\u00e8mes me traversent autant qu\u2019ils traversent mes films.<\/em><br \/>\n<em>J\u2019ai besoin de temps pour \u00e9crire, pour chercher la forme juste. <\/em><br \/>\n<em>Chaque projet commence par une question int\u00e9rieure, et certaines demandent du silence avant de devenir du cin\u00e9ma.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un paysage cin\u00e9matographique o\u00f9 la cam\u00e9ra devient parfois une arme, parfois une caresse, Le\u00efla Artese Benhadj se distingue par une \u00e9coute rare. R\u00e9alisatrice, directrice de la photographie et ing\u00e9nieure du son, elle avance avec un geste artisanal, presque organique. 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