{"id":18285,"date":"2025-12-15T18:20:21","date_gmt":"2025-12-15T17:20:21","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=18285"},"modified":"2025-12-15T18:41:02","modified_gmt":"2025-12-15T17:41:02","slug":"yazid-yettou-cineaste-a-algerie-presse-je-vais-vers-des-recits-utiles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=18285","title":{"rendered":"Yazid\u202fYettou, cin\u00e9aste, \u00e0 Alg\u00e9rie Presse:  \u00ab Je vais vers des r\u00e9cits utiles \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Yazid\u202fYettou, r\u00e9alisateur et sc\u00e9nariste alg\u00e9rien n\u00e9 en 1986, s\u2019est impos\u00e9 comme une voix singuli\u00e8re du cin\u00e9ma alg\u00e9rien contemporain. Depuis 2010, il travaille dans l\u2019industrie du film, et ses courts-m\u00e9trages, \u00ab Boumla \u00bb (2020) et \u00ab Collat\u00e9ral \u00bb (2025), abordent des th\u00e8mes sociaux sensibles avec un regard profond\u00e9ment humain. Actuellement, il pr\u00e9pare son premier long-m\u00e9trage.<\/p>\n<p><strong>Alg\u00e9rie Presse : Vos films abordent des th\u00e8mes sociaux sensibles et des tabous. Comment choisissez-vous les histoires que vous voulez raconter ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Yazid\u202fYettou : Je ne choisis jamais une histoire pour provoquer ou cr\u00e9er la pol\u00e9mique. Ce n\u2019est pas mon intention. Les sujets que j\u2019aborde \u2014 m\u00eame lorsqu\u2019ils touchent \u00e0 des zones sensibles \u2014 sont avant tout des th\u00e8mes qui me parlent vraiment et qui ont du sens pour moi. Je vais vers des r\u00e9cits qui sont utiles, qui peuvent \u00e9clairer une r\u00e9alit\u00e9 ou ouvrir une r\u00e9flexion. Je raconte ce qui me touche, ce qui me questionne, et ce que je pense important de partager, sans rechercher le scandale mais avec la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre sinc\u00e8re et humain.<\/em><\/p>\n<p><strong>Vous privil\u00e9giez un cin\u00e9ma proche du r\u00e9el, avec des com\u00e9diens non-professionnels et des d\u00e9cors naturels. Comment ce choix influence-t-il la narration et l\u2019impact de vos films ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par un cin\u00e9ma profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans le r\u00e9el, celui des fr\u00e8res Dardenne, de Nuri Bilge Ceylan, de Cristian Mungiu, de Ken Loach ou encore par la force du cin\u00e9ma iranien.<br \/>\nCe sont des \u0153uvres qui mettent l\u2019humain au centre, sans artifices, et qui s\u2019appuient sur la v\u00e9rit\u00e9 des gestes, des silences et des lieux.<br \/>\nTravailler avec des com\u00e9diens non-professionnels en Alg\u00e9rie apporte justement cette v\u00e9rit\u00e9. J\u2019y trouve une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019on perd parfois avec des acteurs form\u00e9s pour la t\u00e9l\u00e9vision. Il existe une sorte de \u00ab d\u00e9formation professionnelle \u00bb qui uniformise le jeu, alors que les amateurs gardent une spontan\u00e9it\u00e9, une rugosit\u00e9, une sinc\u00e9rit\u00e9 pr\u00e9cieuse. En les dirigeants dans des d\u00e9cors r\u00e9els, je peux raconter les histoires avec une proximit\u00e9 plus forte, presque documentaire, qui renforce l\u2019impact \u00e9motionnel et la cr\u00e9dibilit\u00e9 de mes films.<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s vos courts-m\u00e9trages, vous pr\u00e9parez votre premier long. Quels enjeux souhaitez-vous explorer dans ce passage au format long ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Pour moi, \u00ab casser les codes \u00bb signifie avant tout interroger nos r\u00e9flexes techniques et esth\u00e9tiques, et refuser de se reposer sur des solutions confortables. Un cin\u00e9ma audacieux, c\u2019est celui qui ose d\u00e9placer le regard : exp\u00e9rimenter dans la mise en sc\u00e8ne, dans la texture de l\u2019image, dans la mani\u00e8re d\u2019utiliser le son, tout en restant fid\u00e8le \u00e0 la force du r\u00e9cit. L\u2019histoire reste centrale, mais les choix esth\u00e9tiques peuvent devenir un terrain de recherche et de libert\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>Des d\u00e9marches comme \u00ab le Dogme 95 \u00bb de Lars von Trier m\u2019ont beaucoup marqu\u00e9, notamment dans leur mani\u00e8re de d\u00e9pouiller la mise en sc\u00e8ne pour r\u00e9v\u00e9ler une v\u00e9rit\u00e9 brute. <\/em><br \/>\n<em>Plus pr\u00e8s de nous, l\u2019approche de Tariq Teguia dans \u00ab Inland \u00bb montre \u00e0 quel point une rigueur formelle peut devenir un geste politique et po\u00e9tique \u00e0 la fois.Je ne m\u2019inscris pas dans un courant unique. Avant d\u2019\u00eatre cin\u00e9aste, je me consid\u00e8re comme un cin\u00e9phile \u2014 et donc naturellement curieux de toutes les formes, de tous les mouvements. Cela nourrit mon regard et me permet de rester disponible \u00e0 des influences vari\u00e9es.<\/em><br \/>\n<em>Ces derniers temps, je suis profond\u00e9ment inspir\u00e9 par le cin\u00e9ma de Nuri Bilge Ceylan. Sa capacit\u00e9 \u00e0 allier contemplation, pr\u00e9cision plastique et profondeur humaine est remarquable.<\/em><br \/>\n<em>\u00ab Les Herbes s\u00e8ches \u00bb est un film que je recommande vivement : une \u0153uvre d\u2019une grande finesse, qui montre \u00e0 quel point la patience formelle peut \u00eatre r\u00e9volutionnaire.<\/em><\/p>\n<p><strong>Quels th\u00e8mes ou besoins personnels accompagnent cette transition vers le long m\u00e9trage ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Apr\u00e8s mes courts-m\u00e9trages, pr\u00e9parer mon premier long est avant tout une mani\u00e8re d\u2019\u00e9largir mon espace d\u2019expression. J\u2019ai longtemps travaill\u00e9 sur des formes courtes, mais passer au format long me permet enfin d\u2019approfondir ce qui m\u2019anime vraiment : un cin\u00e9ma ancr\u00e9 dans le r\u00e9el, qui observe les \u00eatres et les situations avec patience et sensibilit\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>Ce qui m\u2019int\u00e9resse dans cette transition, ce n\u2019est pas seulement la dur\u00e9e, mais la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper des trajectoires int\u00e9rieures plus nuanc\u00e9es, de laisser le temps agir sur les personnages, les lieux, les silences. <\/em><br \/>\n<em>Le r\u00e9alisme, pour moi, n\u2019est pas une esth\u00e9tique fig\u00e9e : c\u2019est une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde, d\u2019\u00e9couter, de regarder, de capter ce qui se joue \u00e0 la lisi\u00e8re du visible.<\/em><br \/>\n<em>Le v\u00e9ritable enjeu reste le travail de recherche. Avant m\u00eame l\u2019\u00e9criture, j\u2019ai besoin d\u2019enqu\u00eater, de comprendre, d\u2019apprendre. Ce processus de d\u00e9couverte est essentiel ; c\u2019est souvent l\u00e0 que se forme le c\u0153ur du film. <\/em><br \/>\n<em>Apprendre m\u2019importe autant \u2014 parfois plus \u2014 que cr\u00e9er. C\u2019est ce qui donne au projet sa n\u00e9cessit\u00e9, sa v\u00e9rit\u00e9.<\/em><br \/>\n<em>En somme, ce premier long est pour moi une continuit\u00e9 naturelle : un besoin de m\u2019exprimer plus largement, d\u2019explorer en profondeur un cin\u00e9ma r\u00e9aliste, et de poursuivre cette qu\u00eate d\u2019apprentissage qui nourrit chaque \u00e9tape de mon travail.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yazid\u202fYettou, r\u00e9alisateur et sc\u00e9nariste alg\u00e9rien n\u00e9 en 1986, s\u2019est impos\u00e9 comme une voix singuli\u00e8re du cin\u00e9ma alg\u00e9rien contemporain. 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