{"id":18868,"date":"2026-01-12T18:18:43","date_gmt":"2026-01-12T17:18:43","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=18868"},"modified":"2026-01-12T18:18:43","modified_gmt":"2026-01-12T17:18:43","slug":"lautre-ce-au-secours-jean-paul-on-a-devoye-la-liberte-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=18868","title":{"rendered":"L\u2019Autre, ce\u2026 Au secours Jean-Paul, on a d\u00e9voy\u00e9 la libert\u00e9!"},"content":{"rendered":"<p>Deuxi\u00e8me partie et fin<\/p>\n<p>Parce qu\u2019une image ne peut pas \u00eatre d\u00e9\u00e7ue, elle ne peut pas \u00eatre contredite, elle ne peut pas \u00eatre tenue pour responsable de ses actes. Une image ne peut pas merder. Elle est fig\u00e9e, morte.<br \/>\nMais les autres peuvent toujours interagir avec elle. Seulement dans les limites que je leur impose. Je peux effacer, bloquer, supprimer. Je garde le contr\u00f4le.<br \/>\nDans la vraie vie, je ne peux pas. Dans la vraie vie, l\u2019autre me voit vraiment. Il voit mes contradictions, mes incoh\u00e9rences, mes zones d\u2019ombre. Il peut me renvoyer une image de moi insoutenable, me dire des choses que je ne veux pas entendre. Il \u00e9chappe \u00e0 mon contr\u00f4le.<br \/>\nVois-tu Jean-Paul, \u00e0 mon \u00e9poque on adore le mot \u00ab libert\u00e9 \u00bb. \u00c7a me donnait beaucoup d\u2019espoir mais j\u2019en parle \u00e0 l\u2019imparfait car j\u2019ai vite d\u00e9chant\u00e9 en voyant ce qui en avait \u00e9t\u00e9 fait.<br \/>\nOn se dit libres. On se dit m\u00eame plus libres que jamais. \u00ab Je fais ce que je veux \u00bb, \u00ab Je ne m\u2019explique \u00e0 personne \u00bb, \u00ab Ma vie, mes choix \u00bb. Libert\u00e9, libert\u00e9, libert\u00e9, le mot revient sans cesse. Comme un mantra. Une justification. Sauf que cette libert\u00e9-l\u00e0, celle qu\u2019on brandit \u00e0 tout va n\u2019est qu\u2019un f\u00e9tiche. On n\u2019est pas libres, juste incons\u00e9quent, et, si tu veux mon avis, impr\u00e9cis avec le langage.<br \/>\nParce que la libert\u00e9, la vraie, celle dont tu parles, est vertigineuse. Elle est angoissante.<br \/>\nTu nous l\u2019avais dit pourtant \u00ab Nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre libres \u00bb. Condamn\u00e9s. Pas \u00ab b\u00e9nis par la libert\u00e9 \u00bb, pas \u00ab c\u00e9l\u00e9br\u00e9s dans notre libert\u00e9 \u00bb. Condamn\u00e9s, parce que chaque acte nous engage. Choisir, c\u2019est renoncer. S\u2019engager, c\u2019est accepter que notre libert\u00e9 vienne butter contre celle de l\u2019autre.<br \/>\nLa vraie libert\u00e9, elle vient avec une facture. Et la facture, c\u2019est la responsabilit\u00e9. Parce qu\u2019\u00eatre libre, vraiment libre, \u00e7a veut dire \u00eatre responsable. Absolument responsable. De qui on devient. De ce qu\u2019on fait. De l\u2019impact qu\u2019on a sur les autres. \u00c7a veut dire qu\u2019on ne peut pas se cacher derri\u00e8re les circonstances, derri\u00e8re nos \u00ab traumas d\u2019enfance \u00bb, derri\u00e8re nos blessures, nos m\u00e9canismes de d\u00e9fense. Oui, tout \u00e7a existe. Oui, tout \u00e7a nous a fa\u00e7onn\u00e9s dans une certaine mesure. Mais nous restons libres. Radicalement libres. Et donc responsables.<br \/>\nC\u2019est terrifiant n\u2019est-ce pas?! Mais je ne t\u2019apprends rien. C\u2019est tellement plus simple de se dire \u00ab je suis comme \u00e7a, c\u2019est ma nature \u00bb ou \u00ab c\u2019est \u00e0 cause de ce qui m\u2019est arriv\u00e9 \u00bb. Tellement plus confortable.<br \/>\nEt c\u2019est \u00e0 l\u2019abri de ce confort \u00e9rig\u00e9 en sanctuaire que la plus belle des valeurs humaines s\u2019est transform\u00e9 en abomination. On a gard\u00e9 le mot, mais vid\u00e9 le concept. La libert\u00e9 est devenue : \u00ab je fais ce que je veux \u00bb \u00ab je ne dois rien \u00e0 personne \u00bb ou encore \u00ab ce n\u2019est pas mon probl\u00e8me \u00bb.<\/p>\n<p>Je veux \u00eatre insaisissable, fluide, non-d\u00e9fini. Et si tu me rappelles mes contradictions, si tu me fais remarquer l\u2019\u00e9cart entre ce que je dis et ce que je fais, tu \u00ab outrepasses mes limites \u00bb, \u00ab tu ne respectes pas ma libert\u00e9 \u00bb, \u00ab tu es toxique \u00bb, tu menaces \u00ab ma paix \u00bb. C\u2019est la libert\u00e9 du caprice. On veut le buffet \u00e0 volont\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 \u00ab je suis qui je veux, quand je veux, comme je veux \u00bb sans jamais avoir \u00e0 payer l\u2019addition. Sans jamais avoir \u00e0 assumer que mes choix me d\u00e9finissent. Et j\u2019en arrive \u00e0 appeler libert\u00e9 mon chaos personnel que je fais passer pour une philosophie de vie.<br \/>\nOn a fait de notre bien-\u00eatre imm\u00e9diat une valeur absolue, une idole devant laquelle tout doit s\u2019incliner. Dans ton monde, le \u00ab s\u00e9rieux \u00bb, c\u2019\u00e9tait le bourgeois qui se croyait justifi\u00e9 par sa morale immuable. Dans le mien, le \u00ab s\u00e9rieux \u00bb, c\u2019est l\u2019individu qui sacralise ses propres limites pour ne plus jamais avoir \u00e0 \u00eatre bouscul\u00e9. On traite nos m\u00e9canismes de d\u00e9fense comme s\u2019ils \u00e9taient des lois de la physique. On se regarde comme des objets fragiles \u00e0 manipuler avec pr\u00e9caution. On a oubli\u00e9 que la libert\u00e9 est une tension, une sortie de soi, un risque.<br \/>\nMais je te le demande : que reste-t-il d\u2019une libert\u00e9 qui n\u2019ose plus la friction de peur de s\u2019ab\u00eemer ? Que reste-t-il de nous si l\u2019on ne se d\u00e9finit plus par nos actes, mais par nos \u00e9vitements ?<br \/>\nAttention. Je ne dis pas qu\u2019il faut tout accepter au nom de la croissance personnelle. Bien s\u00fbr qu\u2019il est important de prot\u00e9ger sa paix des r\u00e9elles menaces \u00e0 celle-ci. Mais il y a une diff\u00e9rence entre l\u2019inconfort fertile et le mal-\u00eatre st\u00e9rile. Or on a remplac\u00e9 la nuance par le r\u00e9flexe.<br \/>\nAu secours Jean-Paul on d\u00e9voy\u00e9 la libert\u00e9!<br \/>\nEt maintenant comment on fait pour s\u2019en sortir? Si tu le pouvais, tu me dirais s\u00fbrement que l\u2019authenticit\u00e9\u2026<br \/>\nJe t\u2019arr\u00eate tout de suite\u2026 Est le contrepoids \u00e0 la mauvaise foi, je sais. Mais laisse moi te raconte Jean-Paul. Cette \u00e9poque est encore plus tordue que tu ne l\u2019imagines, et l\u2019authenticit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 au glissement s\u00e9mantique qu\u2019a subi la libert\u00e9.<br \/>\nL\u2019Authenticit\u00e9 aujourd\u2019hui est une \u00ab VIBE \u00bb C\u2019est devenu un produit, une performance. Un \u00e9talage de tripes et de traumas qu\u2019on appelle authenticit\u00e9, mais qui n\u2019est qu\u2019une autre mani\u00e8re de se figer.Pire encore: On utilise ce mot pour justifier de ne pas changer. On balance ses \u00ab v\u00e9rit\u00e9s \u00bb \u00e0 la figure des gens sans filtre et sans soin, en appelant \u00e7a de la franchise, alors que c\u2019est juste de l\u2019\u00e9gocentrisme.<br \/>\nOn a fait de l\u2019authenticit\u00e9 l\u2019alibi ultime de nos immobilismes et de nos cruaut\u00e9s. La mauvaise foi au carr\u00e9, Jean-Paul. Fin du Game!<br \/>\nTu nous disais avec cet air agac\u00e9, que l\u2019authenticit\u00e9 n\u2019est pas une essence qu\u2019on d\u00e9couvre.<br \/>\nPas un code g\u00e9n\u00e9tique existentiel. Que c\u2019est l\u2019acceptation qu\u2019on n\u2019a pas d\u2019essence pr\u00e9alable. Qu\u2019on n\u2019est rien de fixe. Qu\u2019on se cr\u00e9e continuellement par nos actes, nos choix, nos engagements.<br \/>\nMais regarde ou on en est aujourd\u2019hui. On a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 inverser le concept. On a pris cette exigence d\u2019impermanence, de r\u00e9invention constante, et on l\u2019a transform\u00e9e en permission d\u2019\u00eatre fig\u00e9s. \u00ab C\u2019est qui je suis \u00bb a remplac\u00e9 \u00ab C\u2019est ce que je choisis de devenir \u00bb.<br \/>\nAlors, Jean-Paul, que fait-on ?<br \/>\nTu nous rappellerais s\u00fbrement que la vraie authenticit\u00e9 n\u2019est pas de dire ce que l\u2019on \u00ab est \u00bb, mais de r\u00e9pondre de ce que l\u2019on fait. Elle n\u2019est pas dans le miroir, elle est dans l\u2019engagement. S\u2019en sortir, ce serait comprendre que ma libert\u00e9 se nourrit de celle de l\u2019autre. Si je fuis la friction, je ne me prot\u00e8ge pas, je me p\u00e9trifie.<br \/>\nTu nous dirais qu\u2019il n\u2019y a pas de salut dans l\u2019\u00e9vitement. Que la seule mani\u00e8re de reconqu\u00e9rir notre libert\u00e9, c\u2019est de r\u00e9int\u00e9grer la facture. D\u2019accepter que nos actes p\u00e8sent. De r\u00e9apprendre la beaut\u00e9 de l\u2019inconfort. On ne peut pas danser sans l\u00e2cher sa chaise, tu avais raison.<br \/>\nQuand cette peur est revenue sonner \u00e0 ma porte en 2025, \u00e0 plusieurs reprises j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e de ne pas lui ouvrir. Plusieurs fois je l\u2019ai ignor\u00e9e. Tent\u00e9 de \u00ab prot\u00e9ger ma paix \u00bb de cette visiteuse ind\u00e9sirable.<br \/>\nMais quelque part entre la panique et le refuge, j\u2019ai entendu ma propre voix r\u00e9p\u00e9ter tes mots. Pas ceux que les gens citent sur Instagram, ceux que j\u2019entendais dans ma t\u00eate en te lisant quand j\u2019\u00e9tais jeune. Et \u00e7a disait : tu es libre. Radicalement libre. Et donc responsable. Responsable de ce que tu fais avec cette peur. Responsable de si tu vas la fuir ou la rencontrer.<br \/>\nAlors j\u2019ai ouvert la porte. C\u2019\u00e9tait vertigineux. C\u2019\u00e9tait douloureux. \u00c7a m\u2019a forc\u00e9e \u00e0 voir des choses en moi que j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ignorer. \u00c7a m\u2019a mise \u00e0 nu. Transparente. Jug\u00e9e. C\u2019\u00e9tait l\u2019enfer, oui. Mais c\u2019\u00e9tait aussi la premi\u00e8re fois depuis un moment que je n\u2019avais pas l\u2019impression de me mentir. Parce que c\u2019est \u00e7a que j\u2019avais oubli\u00e9 : la paix qu\u2019on construit en fuyant n\u2019est pas la paix. C\u2019est juste l\u2019absence de miroir. Et sans miroir, on n\u2019existe qu\u2019en th\u00e9orie.<br \/>\nAlors voil\u00e0 mon pari pour ces premiers jours de 2026 : je ne vais plus \u00ab travailler sur ma peur \u00bb comme on polit une statue.<br \/>\nJe vais l\u2019emmener avec moi voir le monde. Je ne vais plus \u00ab prot\u00e9ger ma paix \u00bb, je vais aller la risquer dans le regard de l\u2019autre. Je vais arr\u00eater de vouloir \u00eatre une image pour essayer, enfin, d\u2019\u00eatre un humain.<br \/>\nEt c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a, finalement, la seule mani\u00e8re de vraiment s\u2019en sortir : accepter que s\u2019en sortir ne veut rien dire. Il y a juste le choix, encore et encore. Qu\u2019il n\u2019y a pas de destination finale o\u00f9 on devient sage et immune \u00e0 la friction. Qu\u2019il y a juste cette danse quotidienne, vertigineuse, \u00e9puisante, magnifique : celle d\u2019\u00eatre libre, responsable, et perp\u00e9tuellement en train de se cr\u00e9er.<br \/>\nMais qui, de ce cot\u00e9 du temps, ose encore danser ? Et \u00e0 quel prix ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deuxi\u00e8me partie et fin Parce qu\u2019une image ne peut pas \u00eatre d\u00e9\u00e7ue, elle ne peut pas \u00eatre contredite, elle ne peut pas \u00eatre tenue pour responsable de ses actes. Une image ne peut pas merder. Elle est fig\u00e9e, morte. Mais les autres peuvent toujours interagir avec elle. 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