{"id":19338,"date":"2026-02-03T18:54:04","date_gmt":"2026-02-03T17:54:04","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=19338"},"modified":"2026-02-03T18:54:04","modified_gmt":"2026-02-03T17:54:04","slug":"violence-contre-les-femmes-en-algerie-le-feminicide-nest-pas-un-fait-divers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=19338","title":{"rendered":"Violence contre les femmes en Alg\u00e9rie : Le f\u00e9minicide n\u2019est pas un fait divers"},"content":{"rendered":"<p>Le f\u00e9minicide frappe encore en Alg\u00e9rie. 37 cas ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s jusqu\u2019au mois de d\u00e9cembre dernier, un chiffre alarmant qui ne peut en aucun cas \u00eatre pris \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Cette nouvelle s\u00e9rie de crimes s\u2019inscrit dans une r\u00e9alit\u00e9 plus large et persistante : entre 2019 et 2024, 315 femmes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es, selon les donn\u00e9es disponibles, lesquelles ne couvrent que les cas document\u00e9s. La r\u00e9alit\u00e9, selon les acteurs associatifs, serait donc bien plus lourde, en raison de nombreux crimes pass\u00e9s sous silence ou non d\u00e9clar\u00e9s.<\/p>\n<p>La r\u00e9partition annuelle de ces crimes t\u00e9moigne d\u2019une violence durable : 74 cas en 2019, 56 en 2020, 57 en 2021, 41 en 2022, 39 en 2023 et 48 en 2024. Apr\u00e8s une relative baisse, la remont\u00e9e des chiffres en 2024, suivie des cas d\u00e9j\u00e0 enregistr\u00e9s en 2025, confirme que la violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes demeure structurelle et profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nLes donn\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent que la majorit\u00e9 des f\u00e9minicides sont commis par des personnes connues des victimes. Pr\u00e8s de 42,6 % des crimes ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s par des conjoints ou ex-conjoints, tandis que 27,7 % ont \u00e9t\u00e9 le fait de membres de la famille, notamment des p\u00e8res, fils, fr\u00e8res ou autres proches. Les auteurs ext\u00e9rieurs au cercle familial, tels que voisins ou inconnus, repr\u00e9sentent une part moindre. Cette r\u00e9alit\u00e9 met en \u00e9vidence un constat gla\u00e7ant : le danger principal se situe souvent au sein m\u00eame de l\u2019espace cens\u00e9 prot\u00e9ger.<br \/>\nDans pr\u00e8s de 90 % des cas, les f\u00e9minicides sont commis dans des lieux clos, principalement au domicile conjugal ou familial. Si l\u2019espace public demeure hostile aux femmes \u00e0 travers le harc\u00e8lement et diverses formes d\u2019agressions, le foyer reste le principal th\u00e9\u00e2tre des violences les plus graves. C\u2019est dans cet espace intime que les violences s\u2019installent, se r\u00e9p\u00e8tent, se banalisent et, dans certains cas, aboutissent \u00e0 la mise \u00e0 mort, souvent apr\u00e8s des ann\u00e9es de souffrances silencieuses.<br \/>\nLes m\u00e9thodes employ\u00e9es traduisent une brutalit\u00e9 extr\u00eame. Les victimes sont majoritairement tu\u00e9es par armes blanches ou par des coups mortels, souvent port\u00e9s \u00e0 la t\u00eate, r\u00e9v\u00e9lant une intention manifeste de tuer. Dans deux tiers des cas, une arme est utilis\u00e9e, principalement des couteaux ou des objets contondants, facilement accessibles, ce qui renforce le caract\u00e8re domestique et impulsif de ces crimes.<br \/>\nAu-del\u00e0 de la victime directe, le f\u00e9minicide laisse des cons\u00e9quences humaines profondes et durables. Pr\u00e8s de 60 % des femmes assassin\u00e9es \u00e9taient m\u00e8res, certaines \u00e9tant enceintes au moment des faits. Ces crimes laissent derri\u00e8re eux des enfants traumatis\u00e9s, confront\u00e9s \u00e0 une violence extr\u00eame au sein m\u00eame de leur cadre de vie, avec des r\u00e9percussions lourdes sur leur d\u00e9veloppement psychique et affectif.<br \/>\nDans un contexte marqu\u00e9 par une d\u00e9liquescence du lien social et l\u2019\u00e9rosion des rep\u00e8res familiaux, le f\u00e9minicide appara\u00eet comme un goulet d\u2019\u00e9tranglement de l\u2019univers familial, r\u00e9v\u00e9lant une incapacit\u00e9 collective \u00e0 g\u00e9rer les conflits autrement que par la domination et la violence. La trag\u00e9die de la jeune Asma Oumayma, victime de violences parentales, a r\u00e9cemment raviv\u00e9 l\u2019indignation et relanc\u00e9 les appels \u00e0 tirer la sonnette d\u2019alarme.<br \/>\nLes sp\u00e9cialistes de la sant\u00e9 mentale alertent depuis plusieurs ann\u00e9es sur l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne. Une doctorante en psychologie souligne que la pr\u00e9vention passe avant tout par la promotion du dialogue au sein de la famille, en permettant aux enfants de s\u2019exprimer dans un environnement capable de g\u00e9rer les conflits sans violence. La psychologue Khadidja. S met, pour sa part, en garde contre la banalisation du f\u00e9minicide, estimant que le taire ou le minimiser revient \u00e0 transformer la violence en une v\u00e9ritable cocotte-minute, dont l\u2019explosion finit toujours par se produire.<br \/>\nFace \u00e0 cette escalade, l\u2019espace public ne peut rester \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Nommer clairement le f\u00e9minicide et refuser toute forme de justification ou de relativisation devient une n\u00e9cessit\u00e9. Il appartient d\u00e9sormais aux institutions, aux services comp\u00e9tents et \u00e0 l\u2019ensemble des acteurs sociaux de redoubler de vigilance et d\u2019engagement, en mettant des mots sur les maux. Car la lutte contre le f\u00e9minicide commence par la reconnaissance claire de la violence, et par le dialogue, avant que le silence ne fasse, une fois encore, des victimes.<br \/>\nKhaled Boudaoui<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le f\u00e9minicide frappe encore en Alg\u00e9rie. 37 cas ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s jusqu\u2019au mois de d\u00e9cembre dernier, un chiffre alarmant qui ne peut en aucun cas \u00eatre pris \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. 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