{"id":20167,"date":"2026-03-14T17:33:07","date_gmt":"2026-03-14T16:33:07","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=20167"},"modified":"2026-03-14T17:37:07","modified_gmt":"2026-03-14T16:37:07","slug":"zlabia-feu-rouge-et-morale-quand-la-maitrise-de-soi-vacille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=20167","title":{"rendered":"Zlabia, feu rouge et morale:  Quand la ma\u00eetrise de soi vacille"},"content":{"rendered":"<p><em>Chaque Ramadhan, au-del\u00e0 de la sorte de n\u00e9vrose boulimique qui semble structurer le paysage social, on observe un ph\u00e9nom\u00e8ne frappant : les gens accourent dans les supermarch\u00e9s pour acheter des provisions, voire accumuler des aliments, comme s\u2019il fallait conjurer \u00ab une p\u00e9nurie imaginaire \u00bb.<\/em><br \/>\n<em>Cette d\u00e9marche se r\u00e9p\u00e8te presque chaque jour jusqu\u2019aux derniers moments du mois. Et surtout, \u00e0 l\u2019approche de la rupture du je\u00fbne, apparaissent des files d\u2019attente interminables pour acheter les traditionnelles p\u00e2tisseries orientales et autres sucreries.<\/em><br \/>\n<em>Bien s\u00fbr, il est naturel de se faire plaisir et de savourer de bons plats. Le Ramadhan est aussi un moment de partage et de convivialit\u00e9. Mais un paradoxe demeure : beaucoup de ces mets, pr\u00e9par\u00e9s ou achet\u00e9s avec tant d\u2019ardeur, ne sont finalement pas consomm\u00e9s.<\/em><br \/>\n<em>Dans bien des cas, cet exc\u00e8s finit par se payer dans les bennes \u00e0 ordures. Et au-del\u00e0 du gaspillage devenu banal, il y a surtout le pain jet\u00e9, qui, lui, continue de faire scandale et \u00ab d\u2019interroger les consciences \u00bb.<\/em><br \/>\n<em>La \u00ab m\u00e9moire sociale de la p\u00e9nurie \u00bb, malgr\u00e9 l\u2019inflation et l\u2019abondance apparente des \u00e9tals, semble continuer de travailler les comportements collectifs. Elle se traduit parfois par un v\u00e9ritable th\u00e9\u00e2tre d\u2019une jouissance mortif\u00e8re, o\u00f9 l\u2019exc\u00e8s tente de masquer une angoisse plus diffuse : celle de mal vivre, de ne pas \u00eatre bien dans sa peau, de combler par la consommation un malaise qui ne trouve pas facilement de mots.<\/em><br \/>\n<em>Cet exc\u00e8s se mesure aussi dans la mani\u00e8re dont le corps biologique est maltrait\u00e9. Trop manger, trop sucrer, trop accumuler : le corps devient le lieu o\u00f9 se d\u00e9charge cette tension entre manque et abondance. La nourriture n\u2019est plus seulement un plaisir ou un partage ; elle devient parfois un mode de compensation, une tentative de remplir un vide int\u00e9rieur.<\/em><br \/>\n<em>Ainsi, ce mois qui devrait \u00eatre celui de la ma\u00eetrise de soi devient parfois, dans certaines pratiques sociales, le lieu d\u2019une surench\u00e8re de jouissance, o\u00f9 l\u2019on mange plus qu\u2019\u00e0 l\u2019ordinaire, comme si l\u2019abstinence de la journ\u00e9e appelait une \u00ab revanche du soir \u00bb.<\/em><br \/>\n<em>Mais au-del\u00e0 de cette surench\u00e8re qui envahit chaque recoin de l\u2019ambiance ramadanesque : \u00e9tals d\u00e9bordants, odeurs de friture, vitrines satur\u00e9es de p\u00e2tisseries, il suffit parfois de prendre un taxi pour observer une autre sc\u00e8ne de ce th\u00e9\u00e2tre quotidien.<\/em><br \/>\n<em>La circulation est lourde, les voitures avancent difficilement, comme si la ville enti\u00e8re se d\u00e9battait dans une agitation nerveuse. Le taxi se faufile entre les files compactes, freinant brusquement, red\u00e9marrant aussit\u00f4t.<\/em><br \/>\n<em>Mais une fois assis sur la banquette arri\u00e8re, un autre rituel s\u2019impose. Dans beaucoup de cas, le passager se trouve indirectement invit\u00e9 ou plut\u00f4t somm\u00e9 d\u2019\u00e9couter le chauffeur qui se transforme en commentateur religieux. Il parle du Ramadhan, de la morale, du Jugement dernier. Pourtant, ce discours rel\u00e8ve souvent moins d\u2019une v\u00e9ritable exp\u00e9rience spirituelle que d\u2019un registre moral anxieux, comme si la parole religieuse devait \u00ab conjurer quelque chose d\u2019inqui\u00e9tant \u00bb.Et le paradoxe appara\u00eet tr\u00e8s vite : Quelques minutes plus tard, le m\u00eame chauffeur grille un feu rouge, se glisse brutalement entre deux voitures, invective un autre conducteur. Puis, comme si rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9, il reprend son discours : \u00ab Mon fr\u00e8re, nous ne sommes rien sur cette terre\u2026 \u00bb<\/em><br \/>\n<em>Dans cette sc\u00e8ne banale se d\u00e9voile une contradiction famili\u00e8re : le discours moral et la pratique quotidienne ne marchent pas toujours ensemble. La parole religieuse devient alors une sorte de \u00ab rempart symbolique \u00bb, une mani\u00e8re de se rassurer face \u00e0 l\u2019angoisse, tandis que la vie ordinaire continue de suivre ses propres impulsions.<\/em><br \/>\n<em>Ainsi, au c\u0153ur de la ville ramadanesque, entre la boulimie des tables et la ferveur des discours, se joue parfois une \u00e9trange com\u00e9die humaine : celle d\u2019une conscience qui parle de puret\u00e9 tout en n\u00e9gociant sans cesse avec ses propres contradictions.<\/em><br \/>\n<em>La phrase tonitruante qui consiste \u00e0 dire que nous \u0153uvrons seulement pour le Jour dernier, dans l\u2019espoir d\u2019acc\u00e9der au paradis, r\u00e9v\u00e8le souvent une \u00ab conception particuli\u00e8re de la pi\u00e9t\u00e9 \u00bb. Une pi\u00e9t\u00e9 qui se r\u00e9duit parfois \u00e0 une morale de l\u2019injonction, o\u00f9 l\u2019acte religieux semble accompli moins pour sa valeur humaine imm\u00e9diate que pour la r\u00e9compense promise dans l\u2019au-del\u00e0. <\/em><br \/>\n<em>Or, une v\u00e9ritable \u00e9thique humanisante et, en ce sens, profond\u00e9ment spiritualisante en profondeur ne se limite pas \u00e0 cette logique de calcul moral. Elle puise plut\u00f4t dans la communion avec les autres, dans la capacit\u00e9 de vivre sereinement avec autrui, dans une r\u00e9ciprocit\u00e9 humaine qui se construit d\u00e9j\u00e0 ici-bas. <\/em><br \/>\n<em>Dans cette optique, La spiritualit\u00e9 ne devrait pas seulement \u00ab se projeter vers le paradis \u00bb, elle devrait aussi se manifester dans la mani\u00e8re d\u2019habiter le monde et de reconna\u00eetre l\u2019autre.<\/em><br \/>\n<em>Pourtant, \u00e0 la fin de chaque Ramadhan, un constat revient, presque fig\u00e9 : la figure du \u00ab faux d\u00e9vot \u00bb semble occuper une place persistante dans l\u2019imaginaire social. Ce personnage, avec son don presque tartuffesque d\u2019afficher la pi\u00e9t\u00e9, s\u2019impose dans les discours et dans les gestes, comme une figure famili\u00e8re.<\/em><br \/>\n<em>Entre l\u2019id\u00e9al spirituel et les usages sociaux, pluvaluesque le mois sacr\u00e9 se retrouve alors travers\u00e9 par une tension : celle d\u2019une foi proclam\u00e9e et d\u2019une vie quotidienne qui peine encore \u00e0 rejoindre pleinement ce qu\u2019elle affirme.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque Ramadhan, au-del\u00e0 de la sorte de n\u00e9vrose boulimique qui semble structurer le paysage social, on observe un ph\u00e9nom\u00e8ne frappant : les gens accourent dans les supermarch\u00e9s pour acheter des provisions, voire accumuler des aliments, comme s\u2019il fallait conjurer \u00ab une p\u00e9nurie imaginaire \u00bb. Cette d\u00e9marche se r\u00e9p\u00e8te presque chaque jour jusqu\u2019aux derniers moments du &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":20172,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[52],"tags":[],"class_list":["post-20167","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-contribution"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20167"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20167\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20171,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20167\/revisions\/20171"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20172"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}