{"id":20862,"date":"2026-04-18T17:00:59","date_gmt":"2026-04-18T16:00:59","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=20862"},"modified":"2026-04-18T18:01:32","modified_gmt":"2026-04-18T17:01:32","slug":"le-trio-joubran-a-lopera-dalger-la-quintessence-du-oud-en-resistance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=20862","title":{"rendered":"Le Trio Joubran \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra d\u2019Alger: La quintessence du oud en r\u00e9sistance"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019Op\u00e9ra d\u2019Alger, au-del\u00e0 de sa structure architecturale qui se magnifie d\u2019une beaut\u00e9 presque silencieuse, le Trio Joubran a envo\u00fbt\u00e9 le public. Par la virtuosit\u00e9 de ses instruments, notamment le oud, il a d\u00e9ploy\u00e9 une intensit\u00e9 sonore et \u00e9motionnelle rare, o\u00f9 chaque note semblait suspendre le temps, comme si le souffle des cordes venait toucher une m\u00e9moire enfouie, intime, presque indicible.<\/p>\n<p>Le Trio Joubran n\u2019est pas seulement un groupe musical : il est une sc\u00e8ne o\u00f9 le son devient pens\u00e9e, o\u00f9 la corde frapp\u00e9e interroge le silence.<br \/>\nForm\u00e9 par trois fr\u00e8res Samir, Wissam et Adnan Joubran, il h\u00e9rite d\u2019une lign\u00e9e o\u00f9 la main fabrique autant qu\u2019elle interpr\u00e8te, o\u00f9 l\u2019instrument pr\u00e9c\u00e8de presque le geste qui le fait vibrer.<br \/>\nLe oud, entre leurs doigts, cesse d\u2019\u00eatre un simple instrument : il devient une m\u00e9moire tendue, un lieu de passage entre le pass\u00e9 et ce qui insiste encore. Leur musique ne juxtapose pas tradition et modernit\u00e9, elle les travaille de l\u2019int\u00e9rieur, comme si chaque note portait la trace d\u2019un monde ancien tout en ouvrant une br\u00e8che \u00e0 la r\u00e9sistance.<br \/>\nChez eux, la virtuosit\u00e9 n\u2019est pas d\u00e9monstration, mais retenue habit\u00e9e ; l\u2019\u00e9motion, non un effet, mais une travers\u00e9e. Il s\u2019en d\u00e9gage des paysages sonores o\u00f9 le temps semble se d\u00e9faire, o\u00f9 l\u2019\u00e9coute devient presque une exp\u00e9rience int\u00e9rieure.<br \/>\nEt au-del\u00e0 de la musique, quelque chose se dit sans se d\u00e9clarer : une histoire, une tension, une pr\u00e9sence au monde. Leur \u0153uvre ne revendique pas, elle insiste comme une \u00ab\u00a0parole tenue au bord du silence\u00a0\u00bb, faisant du son un espace o\u00f9 m\u00e9moire, r\u00e9sistance et po\u00e9sie ne se distinguent plus, mais r\u00e9sonnent ensemble.<br \/>\nDans l\u2019ouverture du bal, le oud s\u00e9duit par son timbre grave et velout\u00e9, port\u00e9 par une force int\u00e9rieure qui semble battre comme un c\u0153ur sonore. Sous ses r\u00e9sonances, quelque chose s\u2019\u00e9l\u00e8ve tel un oiseau aux vingt printemps, fragile et libre \u00e0 la fois. L\u2019instrumental s\u2019harmonise alors dans une idylle sublime avec le verbe po\u00e9tique et r\u00e9sistant de Mahmoud Darwich, comme une grammaire de l\u2019indignation dress\u00e9e contre toutes les formes d\u2019oppression.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Hommage \u00e0 Mahmoud Darwich<\/h3>\n<p>La sagesse trouve sa profondeur dans une imagination m\u00e9taphorique capable de traverser les esprits. La po\u00e9sie devient alors lumi\u00e8re, grammaire et hygi\u00e8ne de vie : elle permet de comprendre le monde \u00e0 travers des mots vivants, charg\u00e9s d\u2019une puissance presque explosive. Une puissance qui instaure une double exigence, esth\u00e9tique et critique, faisant vibrer la pens\u00e9e.<br \/>\nEn pensant au merveilleux po\u00e9tique, \u00e9voquons Mahmoud Darwich, porteur d\u2019un lyrisme disciplin\u00e9, d\u2019un verbe m\u00e9lodieux alli\u00e9 \u00e0 une critique socio-politique d\u2019une rare intensit\u00e9 contre la tyrannie et l\u2019oppression.<br \/>\nDe son vivant, Darwich cultivait un go\u00fbt profond pour la libert\u00e9 et une aversion radicale pour toute forme de domination. Il n\u2019est donc pas surprenant que sa po\u00e9sie s\u2019attaque avec force \u00e0 l\u2019injustice. Dans nombre de ses po\u00e8mes, il m\u00e8ne un combat incessant contre l\u2019arbitraire et la violence politique.L\u2019exp\u00e9rience oppressante du peuple palestinien appara\u00eet chez lui comme une forme mortif\u00e8re de violence, impos\u00e9e par des pouvoirs tyranniques, plongeant tout un peuple dans une condition de d\u00e9possession et de pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eame.<br \/>\nD\u00e8s lors, il s\u2019agit de battre en br\u00e8che les discours qui banalisent ou diluent cette injustice, en soumettant \u00e0 l\u2019examen critique les pr\u00e9tendus projets de paix, souvent travers\u00e9s par une r\u00e9alit\u00e9 marqu\u00e9e par les crimes et les destructions.<br \/>\nLe po\u00e8te n\u2019a cess\u00e9 de d\u00e9noncer l\u2019ignorance et les id\u00e9es r\u00e9trogrades qui pr\u00e9cipitent les peuples vers le n\u00e9ant. Il se fait le chantre d\u2019un esprit frondeur, irr\u00e9ductible.Dans ce mouvement de lutte, le po\u00e8te, tel un chef d\u2019orchestre, magnifie le verbe pour sculpter une \u00e9thique de la r\u00e9sistance. Celle-ci passe par l\u2019\u00e9coulement de l\u2019encre et la vibration de la voix, engageante et lucide, dressant un rempart contre toute violence qui avilit l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\nDans sa touche finale, le chef d\u2019orchestre lance \u00ab Ahwak \u00bb de Mohamed Abdel Wahab comme une chor\u00e9graphie \u00e9mancipatrice. Sa r\u00e9ception dans le public s\u2019est alors d\u00e9ploy\u00e9e comme une onde vive, presque une aria en fusion, faisant danser le geste humain dans une envol\u00e9e lyrique o\u00f9 la sensibilit\u00e9 se lib\u00e8re et s\u2019exalte.<br \/>\nAdnan Hadj Mouri<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019Op\u00e9ra d\u2019Alger, au-del\u00e0 de sa structure architecturale qui se magnifie d\u2019une beaut\u00e9 presque silencieuse, le Trio Joubran a envo\u00fbt\u00e9 le public. 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