{"id":2692,"date":"2023-10-01T17:50:05","date_gmt":"2023-10-01T17:50:05","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=2692"},"modified":"2023-10-01T17:51:11","modified_gmt":"2023-10-01T17:51:11","slug":"2692","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=2692","title":{"rendered":"Des trajectoires bris\u00e9es : La d\u00e9pendance au bout d\u2019un joint"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00ab Le matin, au r\u00e9veil, c\u2019est un joint sinon je passe une mauvaise journ\u00e9e ou du moins une journ\u00e9e o\u00f9 je ne suis pas tout \u00e0 fait moi-m\u00eame \u00bb ; le t\u00e9moignage de Dj., 68 ans, peut \u00eatre celui de S., 31 ans ou encore de A., 48 ans, addict-e-s aux psychotropes. Des trajectoires de vie qui confirment les constatations faites par A.T., un professionnel de la sant\u00e9 et acteur actif du mouvement associatif.<\/strong><\/p>\n<p>Depuis une d\u00e9cennie, en effet, l\u2019addiction en Alg\u00e9rie est en plein essor, devenant un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique et de soci\u00e9t\u00e9, particuli\u00e8rement lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019usage de drogue par voie intraveineuse. Selon A.T., cette d\u00e9pendance s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de fa\u00e7on pr\u00e9coce puisque la prise de drogue se fait vers 12 \u00e0 13 ans, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du coll\u00e8ge. Elle s\u2019est \u00e9galement f\u00e9minis\u00e9e.<br \/>\nDj., se rappelle de sa premi\u00e8re fois alors qu\u2019il n\u2019avait que 14 ans. \u00ab C\u2019\u00e9tait par curiosit\u00e9 puis par ennui et depuis je ne peux plus m\u2019en passer \u00bb, me raconte-t-il. Avec l\u2019\u00e2ge, il est devenu v\u00e9ritablement accro \u00e0 sa dizaine de joints quotidien qu\u2019il commence \u00e0 consommer au r\u00e9veil. \u00ab Je prends mon caf\u00e9, ensuite je me roule le premier joint de la journ\u00e9e \u00bb. Un geste devenu rituel, au fil des ann\u00e9es, renforc\u00e9 par sa capacit\u00e9 \u00e0 ais\u00e9ment se procurer sa dose de cannabis.<br \/>\nDj., qui travaille avec des entreprises \u00e9trang\u00e8res, n\u2019a pas de probl\u00e8mes d\u2019argent pour se ravitailler, toutefois il m\u2019avoue que, parfois, il \u00e9prouve du mal \u00e0 se procurer du kif trait\u00e9 de bonne qualit\u00e9. \u00ab Parfois, je tombe sur de la bonne, mais souvent je dois me contenter de cannabis de qualit\u00e9 douteuse \u00bb. C\u2019est aussi le lot de S., qui est oblig\u00e9, me confie-t-il, \u00e0 faire confiance \u00e0 son dealer. \u00ab Je d\u00e9pend de lui pour ma barre de shit. Souvent, je suis satisfait de la marchandise ; pourtant, il lui arrive de me refourguer de la zetla bon march\u00e9 \u00bb. Tomb\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t dans l\u2019enfer de la drogue, S., n\u2019arrive toujours pas \u00e0 d\u00e9crocher malgr\u00e9 son pass\u00e9 de sportif de haut niveau. \u00ab Le joint rythme mon quotidien ; je fume en conduisant, en travaillant devant mon ordinateur et en toutes occasions \u00bb, ajoute-t-il, assumant pleinement sa toxicomanie.<br \/>\nDj., tout autant que S., sont confront\u00e9s \u00e0 cette difficult\u00e9 de s\u2019approvisionner en drogue de premi\u00e8re main les obligeant \u00e0 se rabattre sur une marchandise, g\u00e9n\u00e9ralement, m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 d\u2019autres produits pharmaceutiques. Un cas de figure qui a tendance \u00e0 se g\u00e9n\u00e9raliser, notamment, lors d\u2019usage de drogue dure qui s\u2019av\u00e8re malheureusement fatal pour ses consommateurs. A.T., qui s\u2019appuie sur une \u00e9tude du minist\u00e8re de la Sant\u00e9, \u00e9voque, \u00e0 ce propos, des cas d\u2019overdose de plus en plus nombreux allant jusqu\u2019\u00e0 provoquer la mort.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">\u00ab Au d\u00e9but, c\u2019est toujours gratuit\u2026 \u00bb<\/h3>\n<p>Pour sa part A., a commenc\u00e9 \u00e0 se droguer \u00e0 la cit\u00e9 universitaire alors qu\u2019elle n\u2019avait que 18 ans. Elle m\u2019apprend que go\u00fbtant, pour la premi\u00e8re fois \u00e0 une relative libert\u00e9 loin des yeux inquisiteurs de sa famille, elle s\u2019est mise \u00e0 la fumette par curiosit\u00e9, histoire de faire comme tout le monde, mais aussi parce que son petit ami de l\u2019\u00e9poque \u00e9tait un grand consommateur de zetla. \u00ab Depuis, la drogue est devenue mon refuge, mon jardin secret. Elle m\u2019aide \u00e0 surmonter les moments difficiles dans ma vie et Dieu sait qu\u2019ils sont nombreux \u00bb. L\u2019addiction de A., l\u2019a men\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 se construire une double vie, celle de la m\u00e8re et \u00e9pouse mod\u00e8le en parall\u00e8le de la toxicomane, se d\u00e9brouillant comme elle peut pour s\u2019acheter sa barrette de cannabis. \u00ab G\u00e9n\u00e9ralement, je demande \u00e0 des amis, fumeurs addicts ou occasionnels, de me procurer du kif vu qu\u2019il est quasiment impossible pour une femme de s\u2019approvisionner dans la rue \u00bb. A ce sujet, je connais personnellement des femmes qui fument qui ont leurs propres dealers qu\u2019elles contactent par t\u00e9l\u00e9phones pour se faire livrer jusqu\u2019\u00e0 chez elles.<br \/>\nA., se livre \u00e9galement sur sa d\u00e9pendance au kif sans pour autant n\u2019avoir jamais touch\u00e9 aux autres produits psychotropes. Une polyd\u00e9pendance qu\u2019\u00e9voque A.T., expliquant qu\u2019un grand nombre de consommateurs de drogues dites douces, particuli\u00e8rement les plus jeunes, passent \u00e0 autre chose. Une polyconsommation de plus en plus pr\u00e9sente qui fait des ravages dans le milieu de la jeunesse alg\u00e9rienne. \u00ab Si on consomme du kif \u00e0 titre r\u00e9cr\u00e9atif pour beaucoup, l\u2019usage des autres produits psychotropes est devenu abusif \u00e0 tel point qu\u2019il est devenu un r\u00e9el probl\u00e8me soci\u00e9tal avec des r\u00e9percussions graves sur la sant\u00e9 physique et mentale ainsi que sur la qualit\u00e9 de vie des toxicomanes \u00bb, admet notre sp\u00e9cialiste.<br \/>\nEn une d\u00e9cennie ou un peu plus, la consommation des psychotropes a pratiquement explos\u00e9 dans le pays, touchant essentiellement la frange juv\u00e9nile de la soci\u00e9t\u00e9. Une v\u00e9ritable industrie s\u2019est mise en place inondant le march\u00e9 national et provoquant une s\u00e9rie de drames parmi ses adeptes. Pour Mourad, 23 ans, fin connaisseur des m\u00e9canismes de ce trafic, le contact avec la drogue se fait g\u00e9n\u00e9ralement pendant l\u2019adolescence pendant les ann\u00e9es coll\u00e8ges et lyc\u00e9es. \u00ab Au d\u00e9but, c\u2019est toujours gratuit, on t\u2019offre un cachet ou deux pour voir quel effet \u00e7a fait puis, progressivement, on fini par tomber dans l\u2019engrenage de la d\u00e9pendance \u00bb, m\u2019explique-t-il.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">L\u2019enfer des drogues<\/h3>\n<p>Les produits les plus connus parmi les consommateurs sont la pr\u00e9gabaline qu\u2019on appelle lyrica ou saroukh dans le milieu. Il poss\u00e8de plusieurs d\u00e9riv\u00e9s aux appellations plus qu\u2019improbables comme \u00ab taxi \u00bb, \u00ab milka \u00bb ou \u00ab CRB \u00bb. Mourad m\u2019apprend aussi que son prix, 1000 dinars les trois comprim\u00e9s l\u2019a \u00ab d\u00e9mocratis\u00e9 \u00bb parmi les junkies. C\u2019est un m\u00e9dicament utilis\u00e9 dans le traitement des douleurs neuropathiques, de l&rsquo;\u00e9pilepsie et du trouble anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Ses effets les plus notables sont l&rsquo;\u00e9tourdissement, la somnolence et les troubles du comportement ou un sentiment euphorique ou confus selon la r\u00e9action de chacun au m\u00e9dicament ainsi que des troubles neurologiques comme des tremblements et des gestes d\u00e9sordonn\u00e9s entre autres manifestations.<br \/>\nLe tramadol, un antalgique calmant la douleur, est \u00e9galement pris\u00e9 par les consommateurs de psychotropes. Un produit que consomme Nabil, 25 ans, que j\u2019ai rencontr\u00e9 en compagnie de Mourad. Au premier abord, ce qui saute aux yeux, c\u2019est son \u00e9tat physique d\u00e9plorable. Les nerfs \u00e0 vif, il se tient constamment la t\u00eate entre ses mains. \u00ab Il souffre de terribles migraines \u00bb, m\u2019explique Mourad, parlant de cette fameuse \u00ab chqiqa \u00bb qui touche les consommateurs du tramadol ainsi que d\u2019autres effets secondaires notamment les d\u00e9mangeaisons. Son prix, 300 dinars l\u2019unit\u00e9, attire de plus en plus d\u2019amateurs parmi les jeunes. Nabil, les yeux dans le vide, confesse, difficilement, qu\u2019il est oblig\u00e9 de voler pour acheter sa drogue.<br \/>\nL\u2019autre produit phare, consomm\u00e9 surtout lors de soir\u00e9es festives, est la MDMA, plus connue sous le nom d\u2019ecstasy, halwa ou domino, une drogue de synth\u00e8se d\u00e9riv\u00e9e des amph\u00e9tamines. A 1500 dinars le comprim\u00e9, elle reste relativement ch\u00e8re mais rencontre beaucoup de succ\u00e8s aupr\u00e8s des f\u00eatards.<br \/>\nCet aspect festif ne doit pas nous faire oublier le c\u00f4t\u00e9 addictif de ces psychotropes, atout majeur dans sa commercialisation. En outre, A.T., attire mon attention sur l\u2019usage des drogues injectables de plus en plus invasive. A titre illustratif, il souligne les indicateurs relev\u00e9s par l\u2019Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT) qui d\u00e9montrent que la consommation d\u2019h\u00e9ro\u00efne est en \u00e9volution d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e et que sa consommation est bel et bien une r\u00e9alit\u00e9 en Alg\u00e9rie.<br \/>\nPlus r\u00e9cemment, ajoute-t-il, les h\u00f4pitaux d\u00e9plorent les ravages cr\u00e9\u00e9s par l\u2019arriv\u00e9e du \u00ab Subutex \u00bb chez les personnes usag\u00e8res de drogues. Ce m\u00e9dicament initialement prescrit en traitement de substitution aux opiac\u00e9s a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9 et est consomm\u00e9 par voie intraveineuse, entra\u00eenant le consommateur dans un \u00e9tat d\u2019addiction.<br \/>\n<strong>S.O<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Le matin, au r\u00e9veil, c\u2019est un joint sinon je passe une mauvaise journ\u00e9e ou du moins une journ\u00e9e o\u00f9 je ne suis pas tout \u00e0 fait moi-m\u00eame \u00bb ; le t\u00e9moignage de Dj., 68 ans, peut \u00eatre celui de S., 31 ans ou encore de A., 48 ans, addict-e-s aux psychotropes. 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