{"id":2969,"date":"2023-10-16T18:16:33","date_gmt":"2023-10-16T18:16:33","guid":{"rendered":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=2969"},"modified":"2023-10-16T18:16:33","modified_gmt":"2023-10-16T18:16:33","slug":"arrete-puis-expulse-de-france-le-17-octobre-1961-de-zaouchi-mohand-salah","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/algeriepresse.dz\/?p=2969","title":{"rendered":"Arr\u00eat\u00e9 puis expuls\u00e9 de France : Le 17 Octobre 1961 de Zaouchi Mohand Salah"},"content":{"rendered":"<p>Il a 17 ans ou un peu plus lorsqu\u2019il d\u00e9barque, vers la fin des ann\u00e9es cinquante, dans la banlieue parisienne pour travailler. Zaouchi Mohand Salah s\u2019installe alors dans la commune de Puteaux, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le quartier du Vieux Puteaux. A l\u2019\u00e9poque, la cit\u00e9 est encore industrielle, peupl\u00e9e majoritairement d\u2019ouvriers et d\u2019employ\u00e9s. \u00ab Je suis rest\u00e9 deux mois sans travail \u00e0 cause de mon jeune \u00e2ge avant de trouver un poste dans une usine de teinturerie puis dans une autre de fabrication de crics \u00bb, raconte-t-il.bm<br \/>\nOn est dans les ann\u00e9es soixante et la guerre de lib\u00e9ration est marqu\u00e9e par les manifestations du 11 D\u00e9cembre. En France, la Septi\u00e8me wilaya est aux commandes de la communaut\u00e9 \u00e9migr\u00e9e. \u00ab Apr\u00e8s quelques mois de travail, j\u2019ai re\u00e7u la visite des \u00e9l\u00e9ments du FLN de la F\u00e9d\u00e9ration de France qui m\u2019ont demand\u00e9 de cotiser pour la Cause \u00bb. Zaouchi Mohand Salah s\u2019ex\u00e9cute de bon c\u0153ur, en payant mensuellement 10% de son salaire. \u00ab A l\u2019\u00e9poque, je touchais 30.000 anciens francs (un peu plus de 45 euros, ndlr) \u00bb, se rappelle notre interlocuteur dont le destin va bient\u00f4t basculer. \u00ab Le repr\u00e9sentant du parti de notre quartier, je crois un natif de Dellys, a disparu sans laisser de trace, alors deux des \u2018\u2018Fr\u00e8res\u2019\u2019 m\u2019ont contact\u00e9 pour prendre sa place \u00bb. Il accepte sans h\u00e9siter un instant et \u00ab avec fiert\u00e9 \u00bb, devenant, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans, l\u2019un des plus jeunes chefs de cellule du FLN \u00e0 Paris.<br \/>\nIl supervise ainsi la r\u00e9colte mensuelle de fonds et de documents et veille au strict respect des directives du Front \u00e9mises \u00e0 l\u2019adresse des Alg\u00e9riens de France \u00e0 l\u2019exemple de l\u2019interdiction de la consommation des boissons alcoolis\u00e9es, fin 1960.<br \/>\nLe 15 octobre 1961, l\u2019ordre est donn\u00e9 par la F\u00e9d\u00e9ration de France d\u2019une manifestation de tous les Alg\u00e9riens, en leur donnant rendez-vous, deux jours plus tard, \u00e0 la place de l\u2019Etoile (actuellement place Charles-de-Gaulle) sur les Champs-Elys\u00e9es. Le jour J, les chefs de cellules devaient informer les r\u00e9sidents alg\u00e9riens des quartiers dont ils avaient la responsabilit\u00e9 de se mettre en action \u00e0 partir de 17h en \u00e9vitant les attroupements.<br \/>\nNotre interlocuteur se souvient des forces de l\u2019ordre en alerte. \u00ab Ils nous attendaient. A chaque coin de rue, il y avait trois \u00e0 quatre CRS (Compagnies r\u00e9publicaines de s\u00e9curit\u00e9, ndlr) et toutes les issues \u00e9taient boucl\u00e9es \u00bb. Il ajoute que certains \u00ab anciens \u00bb savaient que quelque chose se tramait et ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rebrousser chemin.<br \/>\nAccompagn\u00e9 d\u2019un jeune issu du Sud alg\u00e9rien, Zaouchi Mohand Salah emprunte le pont de Suresnes qui traverse la Seine. \u00ab A l\u2019entr\u00e9e du bois de Boulogne, nous tombons sur deux policiers d\u2019un certain \u00e2ge install\u00e9s dans un fourgon. Comme s\u2019ils savaient ce qui nous attendait, ils nous ont conseill\u00e9 de rebrousser chemin et de rentrer chez nous \u00bb, raconte-t-il, ajoutant que devant son insistance, ils les ont laiss\u00e9 passer.<br \/>\nMais \u00e0 150 m\u00e8tres de la place de l\u2019Etoile, noire de policiers en cet instant, ils se font arr\u00eat\u00e9s. \u00ab Mon compagnon, que je n\u2019ai plus revu depuis ce soir, a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 dans un fourgon de police. Quant \u00e0 moi, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 dans un autre v\u00e9hicule apr\u00e8s qu\u2019on m\u2019ait fracass\u00e9 la m\u00e2choire \u00bb. Le calvaire ne fait que commencer pour lui puisqu\u2019\u00e0 chaque arr\u00eat du fourgon cellulaire, il re\u00e7oit sa ration de coups jusqu\u2019au Palais de Versailles. \u00ab Vers 2h du matin, il y avait quelque 8000 Alg\u00e9riens parqu\u00e9s l\u00e0-bas. A ce moment, je ne savais pas ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Nous avons pass\u00e9 deux nuits sur place et au troisi\u00e8me jour, on s\u2019\u00e9tait r\u00e9volt\u00e9 pour avoir de quoi manger \u00bb. Le menu pour deux personnes, un gros pain et une boite de corned beef.<br \/>\nApr\u00e8s un examen de situation, notre interlocuteur en compagnie d\u2019une cinquantaine de jeunes alg\u00e9riens sont conduits jusqu\u2019\u00e0 l\u2019a\u00e9roport d\u2019Orly pour \u00eatre expuls\u00e9s en Alg\u00e9rie. \u00ab Une file de camions militaires nous attendait sur la piste de l\u2019a\u00e9roport d\u2019Alger. Apr\u00e8s nous avoir d\u00e9barqu\u00e9s, on nous a intim\u00e9 l\u2019ordre de nous mettre \u00e0 genoux, les bras en l\u2019air, sur un terrain graveleux, pendant plusieurs heures et gare \u00e0 celui qui d\u00e9sob\u00e9it \u00bb. Les expuls\u00e9s sont ensuite dirig\u00e9s vers le centre de triage de B\u00e9ni Messous o\u00f9 un comit\u00e9 d\u2019accueil les attendait. \u00ab Les soldats s\u2019\u00e9taient align\u00e9s sur deux rang\u00e9es, en une forme de haie d\u2019honneur, et \u00e0 chaque fois que l\u2019un de nous passait, on lui d\u00e9chirait ses v\u00eatements \u00bb, se rem\u00e9more-t-il. Les prisonniers alg\u00e9riens seront ensuite enferm\u00e9s dans des chalets infest\u00e9s de puces.<br \/>\n\u00ab On m\u2019a intern\u00e9, par la suite, dans une caserne au Camp-Mar\u00e9chal (actuellement Tadmait, ndlr) o\u00f9 on nous menac\u00e9 de mort en cas d\u2019indiscipline. J\u2019\u00e9tais le plus jeune des prisonniers de mon pavillon et je vivais dans d\u00e9nuement total, portant pendant trois mois les m\u00eames v\u00eatements que lors de mon arrestation. Je n\u2019ai d\u00fb mon salut qu\u2019\u00e0 l\u2019intervention d\u2019un prisonnier qui a eu piti\u00e9 de ma condition \u00bb, rapporte Zaouchi Mohand Salah qui se souvient de l\u2019\u00e9pisode du 1er Novembre, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la caserne sous la menace des soldats fran\u00e7ais.<br \/>\nIl sera lib\u00e9r\u00e9 et assign\u00e9 \u00e0 domicile dans son village \u00e0 Ath L\u00e2aziz, dans la commune de Akbil, o\u00f9 il devait \u00e9marger \u00e0 la SAS (section administrative sp\u00e9cialis\u00e9e, ndlr). \u00ab Sur place, on m\u2019avait fait travailler comme un esclave jusqu\u2019\u00e0 1962 o\u00f9 j\u2019avais re\u00e7u mon ordre d\u2019appel sous le drapeau fran\u00e7ais \u00bb. Notre interlocuteur rejoint Blida et habill\u00e9 d\u2019un treillis, \u00ab je me suis senti devenir un harki \u00bb. Il sera ensuite envoy\u00e9 \u00e0 Toulouse pour passer son instruction militaire dans les forces a\u00e9riennes.<br \/>\nEn juillet 1962, les Alg\u00e9riens sous les drapeaux, devaient soit \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s soit suivre une carri\u00e8re militaire. \u00ab Moi, j\u2019ai opt\u00e9 pour le retour en Alg\u00e9rie. On m\u2019avait donn\u00e9 une permission de 15 jours avec instruction de rejoindre les forces locales pour le maintien de l\u2019ordre. Ce que je n\u2019ai jamais fait \u00bb, ajoute-t-il un sourire au coin.<br \/>\nM\u00eame s\u2019il n\u2019a jamais rien attendu, Zaouchi Mohand Salah se d\u00e9sole, quelque part, de n\u2019avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019aucun avantage de la part de l\u2019Etat alg\u00e9rien.<br \/>\n<strong>SAID OUSSAD <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il a 17 ans ou un peu plus lorsqu\u2019il d\u00e9barque, vers la fin des ann\u00e9es cinquante, dans la banlieue parisienne pour travailler. Zaouchi Mohand Salah s\u2019installe alors dans la commune de Puteaux, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le quartier du Vieux Puteaux. A l\u2019\u00e9poque, la cit\u00e9 est encore industrielle, peupl\u00e9e majoritairement d\u2019ouvriers et d\u2019employ\u00e9s. \u00ab Je suis &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2975,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5],"tags":[],"class_list":["post-2969","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-a-la-une","category-actualites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2969","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2969"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2969\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2978,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2969\/revisions\/2978"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2975"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2969"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2969"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/algeriepresse.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2969"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}