L’ANIRA dénonce des dérives médiatiques
28 morts et 36 blessés : c’est le bilan du renversement d’un autocar assurant la liaison Sétif-Boumerdès, survenu vendredi vers 9h41 sur la RN-24, au lieu-dit El Karma. C’est dans ce climat de deuil national, décrété pour trois jours par le président Tebboune, que l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA) est montée au créneau ce samedi pour dénoncer des pratiques médiatiques « choquantes » observées chez certaines chaînes audiovisuelles et plateformes électroniques dans leur couverture du drame.
Dans son communiqué, l’Autorité a haussé le ton à l’encontre de plusieurs médias. Elle affirme avoir relevé, « avec la plus vive réprobation », des comportements en totale contradiction avec les principes d’un journalisme professionnel, responsable et respectueux de la déontologie. L’Autorité pointe en particulier l’exploitation d’images de douleur et de détresse, un traitement des victimes et de leurs proches portant atteinte à leur dignité et à leur vie privée, ainsi que des questions jugées déplacées et provocatrices, dictées par la recherche du scoop et du buzz plutôt que par le sens des responsabilités.
Ce rappel à l’ordre n’est pas isolé : il fait écho à un précédent marquant survenu presque un an plus tôt. En août 2025, après l’accident d’Oued El Harrach à Alger, où la chute d’un bus dans le lit de l’oued avait fait 18 morts et 24 blessés, l’ANIRA avait sanctionné quatre chaînes privées El Bilad TV, El Wataniya TV, El Hayat TV et Echorouk TV – en suspendant leur diffusion satellitaire et numérique pendant 48 heures. L’Autorité leur reprochait alors d’avoir interrogé des blessés jusque dans les services d’urgence, poursuivi des familles en plein choc et diffusé des contenus sensationnalistes sans avertissement préalable, dans une logique de maximisation de l’audience sur les réseaux sociaux. C’est précisément à cette séquence que l’ANIRA fait référence samedi lorsqu’elle déplore que, « malgré les mesures rigoureuses prises auparavant… à l’occasion d’événements similaires », les mêmes manquements se reproduisent, cette fois dans la couverture de Boumerdès.
L’Autorité rappelle par ailleurs à l’ensemble des organismes de communication audiovisuelle, ainsi qu’aux plateformes numériques diffusant des contenus audiovisuels, l’obligation de se conformer strictement à la loi organique 23-14 relative à l’information et au décret exécutif 24-250 du 23 juillet 2024, qui fixe le cahier des charges applicable aux services de communication audiovisuelle – le même texte réglementaire qui avait servi de base juridique à la sanction des quatre chaînes lors de l’affaire d’Oued El Harrach. Elle insiste sur le fait que la liberté de la presse et le droit du public à l’information ne sauraient en aucun cas justifier une atteinte à la dignité humaine ou l’exploitation de la souffrance des personnes, et appelle les médias à davantage de discernement et de retenue face aux crises et accidents majeurs, en évitant le sensationnalisme, la dramatisation et la transformation des tragédies humaines en spectacle audiovisuel.
L’ANIRA conclut en réaffirmant qu’elle poursuivra, dans le cadre de ses missions légales, le suivi des contenus audiovisuels et qu’elle prendra toutes les mesures prévues par la législation à l’encontre de tout manquement aux règles éthiques et déontologiques de la profession – une mise en garde qui, au regard du précédent d’Oued El Harrach, pourrait se traduire par de nouvelles sanctions si les dérives constatées venaient à se confirmer.
G. Salima
