Lutte contre les hépatites virales en Algérie : Entre progrès et alertes

Huit wilayas concentrent à elles seules près d’un tiers des cas d’hépatite virale B recensés en Algérie en 2023, soit 31,8 % du total national avec 730 cas : c’est ce qu’indique un rapport de l’Institut national de santé publique, rendu public alors que le ministère de la Santé organisait mardi à Alger une rencontre à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’hépatite.
Selon ce rapport, la wilaya de Tindouf affiche l’incidence la plus élevée du pays avec 9,90 cas pour 100 000 habitants, suivie d’Oum El Bouaghi (7,93), Aïn Témouchent (6,70), Tissemsilt et Tamanrasset (6,50 chacune), Béchar (6,08), Souk Ahras (6,07) et Tébessa (5,96). L’INSP relève par ailleurs une évolution en dents de scie sur la dernière décennie : après une hausse de 35,2 % entre 2013 et 2018, portant l’incidence nationale à un pic de 8,26 cas pour 100 000 habitants contre 6,11 en 2013, les cas d’hépatite B ont ensuite chuté de 66 % jusqu’en 2023, une trajectoire qui tranche avec l’image d’une progression continue de la maladie.
Ce repli statistique global masque toutefois des signaux plus préoccupants sur une période plus récente. Un autre rapport de l’INSP, portant sur la période depuis 2022, signale une augmentation significative des contaminations à l’hépatite virale sur le territoire national, avec une hausse de 27,4 % pour l’hépatite B et de 26,8 % pour l’hépatite C, 2 298 cas d’hépatite ayant été recensés en 2023 ; ce même rapport souligne que c’est la région Sud, avec des wilayas comme Tamanrasset, Illizi, Adrar et Béchar, qui enregistre le plus grand nombre de cas d’hépatites B et C, un phénomène attribué aux interactions avec des populations migrantes originaires de pays où l’incidence de l’hépatite B est élevée. Des praticiens de santé publique ont par ailleurs tiré la sonnette d’alarme sur une hausse des infections à l’hépatite C chez de jeunes usagers de drogues intraveineuses, liée à une tendance émergente de partage de seringues, facteur de transmission croisée avec le VIH.

Une priorité nationale

C’est dans ce double contexte – des progrès de long terme mais des signaux d’alerte plus récents et localisés – que le ministère de la Santé a réaffirmé mardi sa détermination à poursuivre la lutte contre la maladie. Dans une allocution lue en son nom par son chef de cabinet, Hadj Maâti Khalil Reda, le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a qualifié cette lutte de « priorité nationale dans le cadre des politiques de santé publique », présentant la Journée mondiale, célébrée cette année sous le slogan « Hépatite : briser les barrières », comme l’occasion d’évaluer les acquis et de identifier les défis restants. Il a rappelé que l’Algérie s’est dotée d’un Plan stratégique national pour l’élimination des hépatites virales couvrant la période 2024-2027, élaboré selon une approche participative associant les différents acteurs, avec pour priorité l’élimination de la transmission du virus de l’hépatite B de la mère à l’enfant, conformément à l’échéance de 2030 fixée par l’Organisation mondiale de la santé.
Sur le plan de la prévention, le ministre a mis en avant la vaccination contre l’hépatite B, rendue obligatoire dans le calendrier vaccinal des enfants dès 2003, ainsi que l’amélioration du dépistage dans les centres d’examen et le renforcement des campagnes de sensibilisation. Concernant la prise en charge, il a cité la mobilisation des ressources humaines et matérielles à l’échelle nationale, l’élaboration d’un guide de prise en charge thérapeutique et l’élargissement de la décentralisation des soins vers les structures locales, des mesures censées garantir à chaque citoyen le droit à la prévention, au dépistage, au traitement et à la prise en charge.
À l’échelle mondiale, l’OMS évalue à plus de deux millions le nombre de nouvelles infections enregistrées chaque année et à environ 287 millions le nombre de personnes vivant avec une hépatite B ou C chronique en 2024, ces infections demeurant l’une des principales causes de cirrhose et de cancer du foie.
T. Feriel

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