Marché des viandes rouges: Le Gouvernement veut reprendre la main

Vendue au départ entre 800 et 1 200 dinars le kilo, la viande rouge importée se retrouve aujourd’hui sur les étals à des prix proches de ceux de la viande locale. Un dossier que le Premier ministre, Sifi Ghrieb, a placé jeudi au centre d’une réunion du Conseil interministériel consacrée au suivi de la commercialisation des viandes rouges, selon un communiqué de ses services.
Cette réunion s’inscrit dans la mise en œuvre des instructions données par le président Abdelmadjid Tebboune lors du dernier Conseil des ministres, relatives à la régulation des prix des produits de large consommation et à la préservation du pouvoir d’achat. Elle s’est tenue en présence des ministres concernés, avec la participation du secrétaire général de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) et de représentants de la Fédération des viandes rouges qui en relève. Le communiqué précise que « les différentes préoccupations et propositions » de ces représentants ont été écoutées, notamment celles relatives à la disponibilité des viandes rouges en quantités suffisantes, de manière régulière et à des prix réglementés à la portée des consommateurs.
Pour rappel, le dossier a pris une tournure officielle le dimanche 18 octobre. Lors du Conseil des ministres, le chef de l’État a ordonné l’ouverture d’une enquête sur le rôle négatif de certains importateurs dans la monopolisation des viandes importées et dans la hausse de leurs prix, des boucheries les commercialisant au prix de la viande locale. Le Premier ministre a été chargé d’ouvrir immédiatement cette enquête, qui doit aussi porter sur les écarts de prix de la viande en boucherie entre les wilayas, voire entre les quartiers.
Le même Conseil a demandé au ministère du Commerce intérieur d’élaborer un dispositif de plafonnement des prix et de fixation des marges sur les légumes, les légumineuses, les pâtes et les viandes, et ordonné un encadrement strict des intermédiaires de vente. Mardi dernier, M. Ghrieb avait déjà présidé une réunion interministérielle consacrée à l’adhésion des mandataires des marchés de gros de fruits et légumes au nouveau dispositif de suivi quotidien des prix.
Les pouvoirs publics avaient commencé à sonder la filière avant la décision présidentielle. Le 24 septembre, la ministre du Commerce intérieur, Amel Abdellatif, avait réuni à Alger des importateurs de viandes rouges, en présence du secrétaire général de l’UGCAA, pour examiner les conditions d’une disponibilité régulière du produit. Les discussions avaient déjà porté sur la préparation du Ramadhan 2027. Le projet de loi de finances 2027, lui, maintient jusqu’au 31 décembre 2029 le taux réduit de 5 % de droits de douane sur l’importation des bovins et ovins vivants destinés à l’abattage et des viandes rouges fraîches, réfrigérées et conditionnées sous vide, avec un élargissement aux bovins destinés à l’engraissement.
Le sujet est ancien. En mars 2024, à la veille du Ramadhan, le ministre du Commerce d’alors, Tayeb Zitouni, avait reconnu que la viande ovine locale, à 2 800 dinars le kilo, avait dépassé « toutes les limites », alors que la viande importée avec os était fixée par l’État à 1 350 dinars. L’enquête ordonnée par le président doit désormais établir à quel niveau de la chaîne, entre l’importateur et l’étal, l’écart de prix a disparu.
G. Salima
