Plus de 1,5 milliard de dollars par an économisés: Tebboune évoque le « miracle » céréalier

 

Un « miracle » qui doit faire économiser plus de 1,5 milliard de dollars par an à l’Algérie : c’est ainsi que le président Abdelmadjid Tebboune a qualifié, lundi soir, l’autosuffisance en blé dur que le pays s’apprête à atteindre au cours de la saison agricole en cours, lors de son entrevue périodique avec les représentants des médias nationaux, diffusée sur les chaînes de télévision et de radio publiques.

 

Le chef de l’État a attribué ce résultat à un changement d’approche technique et à un niveau de précipitations favorable, tout en y voyant un motif de « fierté nationale » et une étape vers la souveraineté alimentaire du pays. Cette annonce s’inscrit dans la continuité d’un objectif martelé depuis plusieurs années puisque l’Algérie importe habituellement entre sept et huit millions de tonnes de blé, majoritairement tendre, pour un coût dépassant régulièrement les deux à trois milliards de dollars.
Le président a élargi le propos à l’ensemble du secteur agricole, rappelant qu’il y a dix ans encore le pays importait oignons, ail et pommes de terre, alors que ces mêmes filières exportent désormais à l’étranger ; seule la filière des viandes, selon lui, demeure fragilisée par la spéculation, un point sur lequel l’État promet d’intervenir.
Il a situé ces progrès dans un contexte plus large de diversification économique, citant le raffinage pétrolier – autosuffisant en essence et en kérosène depuis 2022, avec des exportations appelées à grimper après l’entrée en service de la raffinerie de Hassi Messaoud – ainsi que l’industrie électroménagère et électrique, où les opérateurs réunis au sein du Conseil du renouveau économique algérien se sont engagés à exporter, hors hydrocarbures, l’équivalent de 30 milliards de dollars à l’horizon 2029-2030, soit un montant comparable aux recettes pétrolières actuelles.
Sur le plan des grands chantiers, le président a mis en avant la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, censée être réceptionnée en 2028 et présentée comme un levier de désenclavement du grand Sud, de baisse du coût du transport de marchandises et d’intégration africaine. Il a également évoqué l’accélération du programme de stations de dessalement d’eau de mer, destiné à porter à 62 % la part de la consommation nationale couverte par cette ressource d’ici 2029, érigeant l’Algérie en candidate au rang de leader mondial du secteur.
Le climat des affaires a par ailleurs été abordé à travers le rôle du guichet unique dédié aux investisseurs et la nécessité, selon le chef de l’État, d’une adaptation plus rapide du secteur bancaire; il a qualifié la sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) d' »acquis important », de nature à renforcer la confiance des investisseurs.

Renforcer la confiance des investisseurs

Sur l’inflation, il a revendiqué une baisse « considérable », à 2 % en 2026 contre plus de 11 % au cours des années précédentes, résultat selon lui des mesures de soutien au produit national et d’orientation vers les exportations hors hydrocarbures.
En matière diplomatique et économique européenne, Abdelmadjid Tebboune a plaidé pour une révision de l’accord d’association conclu avec l’Union européenne en 2005, estimant que ce texte, signé dans un contexte de dépendance quasi totale aux exportations pétrolières, ne reflète plus les capacités de production diversifiée du pays ; il a cité en exemple la cimenterie nationale, dont la capacité de production est passée de trois millions de tonnes importées en 2016 à plus de quarante millions de tonnes produites aujourd’hui, et a évoqué des échanges avec plusieurs dirigeants européens, notamment espagnols et allemands, pour obtenir une plus grande ouverture du marché européen aux produits algériens, l’Italie ayant selon lui répondu favorablement le plus vite.
Par ailleurs, le partenariat avec Berlin a occupé une place centrale du propos présidentiel : il a jugé cette relation parvenue à un « niveau d’excellence », citant le projet Opel de fabrication locale de moteurs automobiles comme porte d’entrée vers l’industrie mécanique de précision, l’ambition de faire de l’Algérie le principal fournisseur d’hydrogène vert de l’Allemagne via un gazoduc transitant par l’Autriche, un projet de centrales solaires destinées à exporter de l’électricité vers l’Europe via l’Italie, ainsi qu’un accord pharmaceutique portant sur quatre molécules de pointe, notamment dans la lutte contre le cancer. Avec l’Espagne, plusieurs accords bilatéraux, y compris dans l’énergie, doivent être signés en octobre, aux côtés d’un projet industriel dédié aux équipements de dessalement. Sur les hydrocarbures, le président a indiqué que l’Italie demeure le premier importateur de gaz algérien, devant l’Espagne puis la France.
Interrogé sur les relations avec Paris, le chef de l’État a nié avoir jamais réclamé un quota de visas ou des excuses et indemnisations, affirmant que « l’Algérie ne fera jamais la manche ». Il a par ailleurs réaffirmé la fraternité liant l’Algérie au Mali et assuré que « celui qui touche la Tunisie nous touche » face à la menace terroriste pesant sur le pays voisin, tout en situant l’Algérie aux côtés de l’Égypte et de l’Arabie saoudite sur les dossiers du Moyen-Orient.
Sur le registre culturel, il s’est félicité de l’inauguration de la Chaire Émir Abdelkader à l’université d’Oxford et a annoncé le lancement, fin 2027, du tournage d’un film consacré à la figure de l’Émir.

« Patriotisme aigu »

Concernant le Mondial 2026, il a salué l’équipe nationale et l’accueil réservé aux Algériens à Kansas City, annonçant l’envoi d’une invitation au gouverneur et au maire de la ville, accompagnés d’une centaine de citoyens américains, pour une visite touristique en Algérie.
Le président est également longuement revenu sur les feux de forêt ayant touché le pays depuis le 8 juillet, saluant l’élan de solidarité citoyenne et l’action conjointe de la Protection civile, de l’Armée nationale populaire, des gardes forestiers, de Sonelgaz et de la jeunesse, dont il a loué le « patriotisme aigu ». Il a attribué ces incendies à un dérèglement climatique certain, rappelant que l’Algérie n’est pas isolée dans cette épreuve au regard des feux qui ont également touché le Canada et le bassin méditerranéen, et a évoqué des températures jugées anormales, atteignant 47 degrés à Alger et à Annaba et jusqu’à 50 degrés à Tizi-Ouzou sous l’effet d’un « dôme » climatique, avant d’annoncer des mesures pour valoriser l’engagement des intervenants de terrain.
Sur un registre plus douloureux, il a ordonné une enquête « très approfondie » sur l’incendie de l’établissement de l’enfance assistée de Mohammadia, dans la banlieue est d’Alger, qui avait fait dix morts parmi les enfants et une éducatrice de cinquante-deux ans dans la nuit du 15 au 16 juillet, un sinistre que la police nationale a attribué à une étincelle électrique partie d’un climatiseur ; le président a demandé que la responsabilité soit établie « du planton jusqu’au plus haut responsable » de l’établissement.
Sur le plan politique et social, le chef de l’État a réitéré son engagement à ouvrir, lors de la prochaine rentrée sociale, un dialogue avec les partis politiques remplissant les conditions légales, précisant que le prochain gouvernement serait désigné conformément à la Constitution en cas de majorité présidentielle au Parlement, avec une exigence de compétence, de pragmatisme et de proximité avec les citoyens.
Il a promis la poursuite, à partir de 2027, de la revalorisation progressive des salaires, des pensions de retraite et du salaire national minimum garanti, afin de préserver les équilibres économiques. Il a en outre insisté sur l’apport des compétences algériennes établies à l’étranger, notamment dans les programmes spatiaux, la médecine génétique et la cancérologie, annonçant que l’accès à des postes de responsabilité, y compris gouvernementaux, leur demeure ouvert, et présentant le Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger comme un outil pour attirer cette diaspora vers la création de cliniques de pointe ou d’universités privées spécialisées, avec facilitation de l’accès au foncier et aux prêts bancaires.
Enfin, sur la numérisation, il a défendu les avancées du portail Dzair Digital Services et la réalisation, décrite comme difficile, du Data Center national, rendant hommage à la ministre en charge du dossier, qu’il a dit avoir soutenue face à des tentatives de déstabilisation.

G. Salima

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